Demain j’arrête

C’est l’histoire, comprends-tu, de Julie, une jeune femme de 28 ans qui s’intéresse à son nouveau voisin, sans même l’avoir vu, parce qu’il porte un nom rigolo: Ricardo Patatras; c’est écrit sur sa boîte aux lettres. Après l’avoir croisé une fois, elle en tombe follement amoureuse et se voit très bien devenir son épouse légitime, Madame Julie Patatras. Un petit roman sans prétention rempli d’humour. Voici des bouts que j’ai bien aimés.

(Quand Julie fait les premiers pas en écrivant un petit mot, trois lignes, qu’elle glisse sous la porte de Ric)
Cent vingt-cinq brouillons, plus de six milliards de neurones sur le projet, trois dictionnaires, cinq millions d’hésitations, plus de deux heures pour décider si je conclus par « À bientôt » ou « Cordialement », « Amicalement », « Affectueusement » ou « De tout mon corps et de toute mon âme ».

(Quand ils se voient dans l’escalier, gênés tous les deux. Il habite un pallier au-dessus d’elle).
On va encore se séparer. On ne se connaît pas assez pour s’embrasser. On se connaît trop pour se serrer la main. Alors on reste là comme des manchots.

(Quand Julie apprend que Ric travaille en informatique)
Je ne suis pas une accro de l’informatique. J’ai constaté que souvent, plus les gens s’y intéressent, plus ils sont déconnectés de la vie.

(Quand Julie nous décrit son amie, Sophie)
Sophie a toujours eu le don de voir juste dans la vie des autres et de se faire avoir dans la sienne.

(Quand elle parle des sentiments que l’on peut éprouver pour une autre personne, en l’occurrence Ric, avec sa boulangère, une femme inspirante)
Il faut tout espérer, au risque d’être déçu. Il faut tout éprouver au risque d’être blessé, tout donner au risque d’être volé. Ce qui vaut la peine d’être vécu vous met forcément en danger.

(Quand Julie veille Ric qui a une grippe d’homme; ben oui, les choses ont évolué entre eux)
Les gens qui dorment ont toujours quelque chose d’émouvant. Ils sont vulnérables. Comme partis ailleurs, ils vous confient en quelque sorte leur corps.

(Quand ils finissent enfin ensemble, après diverses péripéties, et que Julie est couchée à côté de son homme après avoir accompli comme des bêtes l’acte de chair)
Tous les soirs, je m’endors une heure après lui pour pouvoir le regarder.

Ça, mesdames, c’est de l’amour. Oui mais combien de temps cela va-t-il durer? Trois mois? Trois ans, avant que Julie ne cesse de s’endormir une heure après Ric pour veiller sur lui? Va-t-elle plutôt, dans quelques années, se coucher avant lui en gros pyjama de flanellette avec des motifs de bonhomme de neige, pas du tout sexy pour être certaine qu’il ne la touche pas ou ne pas sentir les mains baladeuses de son chum à travers le tissu épais? Et quand le radioréveil sonnera le matin, après 5 ans de mariage, lui donnera-t-elle un coup de coude dans les côtes pour qu’il se lève lui préparer un café et des toasts? Ça, personne ne le saura jamais.

 

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