Certains mots, à force d’évoluer, finissent par signifier le contraire de leur sens initial. Mièvre, d’abord « vif, espiègle » dérive vers « puéril », puis se fixe : « fade, affecté. » Truculent voulait dire « brutal, féroce » et aujourd’hui « florissant, jovial ». Climat « inclinaison du ciel » devient « ensemble des conditions météorologiques. » Biberon « boisson » puis « bec », décrit aujourd’hui une petite bouteille destinée à faire boire un enfant. Subjuguer, « passer sous le joug, soumettre », devient « charmer, ensorceler ». Ces transformations sédimentent notre mémoire collective et laisseront un peu de notre histoire aux générations futures.
Source : Hubert Mansion, 101 mots à sauver du français d’Amérique.
« Le parler que j’ayme, c’est un parler simple et naïf, tel sur le papier qu’à la bouche. » (Michel de Montaigne, 1533-1592). Parler, c’est exprimer sa pensée par la conversation ou le discours. Parmi les façons de parler on trouve parler à cœur ouvert, « s’exprimer sans retenue » ; parler sous le coup de l’émotion, « impulsivement »; parler dans le vide, « sans être écouté »; parler de la pluie et du beau temps, « sans profondeur »; parler à bâtons rompus, « de manière désordonnée »; parler du nez, « nasiller »; au Québec, se faire parler dans le casque, « sans ménagement. »
Source : Bernard Lecherbonnier, Retour aux sources. Les tout premiers mots du français fondamental.
An, du latin annus, est autochtone de l’Italie, proche de l’osque akenei et de l’ombrien aenu. En janvier, le premier jour de l’année civile est férié dans de nombreux pays : Premier de l’an, Nouvel an, jour de l’An. Le mot désigne une période de douze mois et donne lieu à diverses locutions qui marquent le temps: une fois l’an, bon an mal an, le poids des ans. Bonne année, formule de souhait, se substitue à bon an au 18e siècle. Au Québec, il y a peu, Bonne année grand nez! s’employait pour présenter ses vœux pour la nouvelle année. Formule humoristique à laquelle on répondait : Pareillement grandes dents!
Source : Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert.
Mine vient du breton min « bec, museau ». Le mot est d’abord relevé dans l’expression faire mines, « faire des grimaces. » Puis dans d’autres locutions désignant l’apparence naturelle du visage mais aussi du corps, révélant sentiments, qualités, fortune : avoir bonne mine, avoir l’air en santé, faire grise mine, ne pas payer de mine, valoir mieux que son aspect peu engageant. Il produira minois « visage jeune et délicat. » Au Québec, bine décrit aussi le visage comme binette et fraise: se montrer la bine, drôle de binette, se paqueter la fraise, « s’enivrer » ou « manger avec excès. »
Source : Pierre DesRuisseaux, Dictionnaire des expressions québécoises.
Redoux décrit le bref radoucissement de la température au milieu de la saison froide. Le préfixe /re/ et ses variantes /ré/, /r/ et /res/ forment de nombreux verbes et noms en français. Pour indiquer le retour à un état antérieur : refermer, remballage. Un changement de direction : retourner, réexpédition. Un renforcement : remplir, rehaussement, ressemeler (ses bottes d’hiver). La répétition d’une action : refaire, rediffusion, resservir. Les mots formés avec ce préfixe s’écrivent tous sans trait d’union : reconsidérer, relecture. Certaines variantes sont admises sur une même base : réécrire ou récrire, réajustement ou rajustement.
Source : Maurice Grevisse, Le bon usage. Grammaire française.