Mine de charbon

Le mot charbon vient du latin carbo « charbon de bois, ce qui résulte de la combustion » et, dans les textes médiévaux, « charbon à usage graphique », « charbon de terre. » En français du 13e siècle, il s’écrit charbun. Il désigne le combustible de couleur noire riche en carbone, utilisé comme source de chaleur et d’énergie : brûler du charbon, chauffage au charbon. D’abord, le charbon de bois, ce résidu de la combustion incomplète du bois à l’abri de l’air, dans les meules, ou sous-produit de sa distillation, dans les fours ou les cornues.…

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Actes de révérence

Révérer est issu du latin revereri « craindre avec respect » et, « avoir de la déférence, des égards pour quelqu’un ». Peu usuel, le verbe, autrefois, couvrait une aire d’emploi étendue : sa mère et son père, les tantes, les oncles, les grands-parents, les enseignants, les magistrats, les choses sacrées, la classe politique et économique, les gens d’âge et de mérite : révérer ses maîtres (à penser), révérer les écritures comme dépositaires de la parole divine. Le dérivé révérence s’inscrit dans le voisinage de « respect profond, grande considération », tout en réalisant une notion accessoire de…

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Courant d’idées

Idée vient du grec idea, anciennement wieda, « forme visible, aspect », étymon qui remonte lui-même à la racine indoeuropéenne weid/woid/wid exprimant la notion de « voir ». Platon en modifie profondément le sens en « forme idéale concevable par la pensée ». Le mot, avec cette valeur, transite ensuite par le latin philosophique idea avant d’intégrer le français au 12e siècle. Il décrit une pure construction de l’esprit, ce qui se conçoit dans l’imagination par opposition à ce qui existe en fait, dans la réalité, de façon concrète. Au singulier : exprimer une idée, vague idée,…

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Les pieds dans la slush

Au Québec, slush ou sloche, slutch, slotch, slotche et slottche est un emprunt à l’anglais et désigne une neige fondante mêlée de boue ou imprégnée de saletés qui s’accumule au sol. Son emploi, attesté depuis 1886, perdure, malgré certaines condamnations, au profit du néologisme névasse, qui n’a jamais réussi à s’imposer. Quant à gadoue, ce mot désigne plutôt un mélange analogue qui se forme dans les champs et les terrains vagues à la suite d’une pluie d’hiver ou de la fonte printanière. Les variantes slocher « passer à l’état de sloche » et…

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Zone de confort

Conforter est issu du latin chrétien confortare « renforcer » et « consoler », formé sur fortis « fort ». En ancien français, celui des années 980, il s’emploie au sens de « soutenir moralement » mais sort d’usage au 17e siècle. Il réapparait vers 1970 avec les valeurs de « donner des forces (à un régime, une thèse) » et « raffermir (quelqu’un) dans sa position », qui bénéficient alors, par recherche d’élégance, d’une grande vogue dans le discours politique ou journalistique. Le dérivé confort « encouragement, consolation » subit le même sort que le verbe. Mais sa renaissance survient plus tôt, au…

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Taille-mannequin

Le mot mannequin est issu, au 15e siècle, du néerlandais mannekjin formé de man- « homme » et kjin « petit ». Ce sens de « petit homme » disparait en français mais se maintient avec la valeur de « figurine humaine articulée à laquelle on peut donner diverses attitudes et servant de modèle aux peintres et aux sculpteurs »: mannequin de bois, mannequin de cire. La malléabilité de cette statue inspire le sens figuré encore vivant de « personne sans caractère que l’on peut mener à son gré. » Par une autre…

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Mot d’ordre

Le mot ordre est issu du latin ordo, ordinis « rang, rangée, alignement », d’où « succession » et « arrangement des éléments d’un tout. » En français, il est attesté depuis 1080 mais change régulièrement de genre, masculin ou féminin, jusqu’au 17e siècle. Il désigne d’abord, par calque du latin chrétien, les différents degrés auxquels élève le sacrement, conférant le pouvoir d’exercer des fonctions ecclésiastiques, en particulier la prêtrise : entrer dans les ordres, ordre monastique. Puis, les compagnies de caractère religieux et militaire créées à l’époque des croisades pour soigner les pèlerins et combattre les infidèles :…

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De mieux en mieux

Mieux est issu, par évolution phonétique, du latin melius, neutre pris adverbialement de melior « meilleur ». Du 9e au 13e siècles, il est d’abord relevé sous les formes melz, mius, miex et mieuz. Comme adverbe, adjectif ou en emploi nominal, il sert comme comparatif ou superlatif de bien, au lieu de « plus bien » et de « plus meilleur » : aller mieux « être en meilleure santé, se rétablir », « s’améliorer, prospérer »; faire mieux, comprendre mieux, mériter mieux, valoir mieux « avoir plus de valeur, d’avantages, de qualités », dormir mieux, vivre mieux »; tant mieux, ce qu’il…

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Recettes de gâteau

Gâteau vient du francique wastil signifiant « nourriture » dans cette langue germanique parlée au 5e siècle. Il transite ensuite par le latin médiéval wastellum et adopte en ancien français les graphies wastel, gastel, gastiau et gasteau. Sa forme actuelle est attestée en 1626. Le mot décrit une préparation de pâte sucrée cuite au four, généralement dans un moule, et destinée à être consommée fraîche après avoir été éventuellement garnie d’une crème, d’un glaçage : gâteau au chocolat, gâteau des anges, gâteau de mariage; gâteau monté, une pièce de pâtisserie compliquée et volumineuse;…

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Nom d’un nénufar

À l’origine, nehn‑ufar est un mot sanskrit, langue indoeuropéenne parlée dans le sous-continent indien au 3e millénaire av. J.-C; il signifie « fleur de lotus bleu ». Le persan l’adopte ensuite sous la forme nilufar, l’arabe avec la graphie ninùfar. Le latin médiéval le convertit en nenuphar. La tournure /ph/ apparait sans doute sous l’influence de Nymphaea qui désigne un genre de plantes aquatiques aux feuilles rondes et flottantes. Au 13e siècle, il passe à l’ancien français et s’écrit d’abord neuphar, neufar, puis neuenufar. Les deux formes actuelles reconnues par l’Académie, nénuphar…

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Décrocher la lune

« La preuve que la lune est habitée, c’est qu’il y a de la lumière » (Francis Blanche). Le mot lune vient du latin luna qui, dans cette langue, qualifie à la fois l’astre, une divinité romaine et le mois lunaire. En français, il désigne le satellite naturel de la Terre : phases de la lune, pleine lune, clair de lune. Parfois celui d’une autre planète : lune de Jupiter. Qui l’éclaire d’une lumière pâle dans le ciel de nuit : rayon de lune, croissant de lune. À partir du 16e siècle, on relève une…

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Trou de mémoire

Trou vient du latin populaire traucum par le latin médiéval traugum. Mais il est sans doute d’origine préromaine, soit des peuples celtes qui occupaient la Gaule avant Astérix et Obélix; trau, de même sens, figurant dans l’ancien provençal. Dès les premières attestations au 12e siècle, le mot désigne une ouverture au travers d’une surface ou d’un corps solide : trou d’aiguille, trou de serrure. Il développe rapidement de nombreuses acceptions. L’abaissement ou l’enfoncement de tout élément qui présente un vide : chaussée pleine de trous, trou d’eau, trou d’air, « brusque dépression », trou…

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Envie de pisser

Pisser, « uriner », vient du latin populaire pissiare, de même sens. L’allemand pissen et l’anglais to piss sont pris au français. Longtemps considéré comme familier, le verbe est jugé d’emploi vulgaire au 19e siècle jusqu’au début du 20e siècle, après le nettoyage du vocabulaire pratiqué à la fin de la période classique : pisser au lit, pisser de travers, pisser dru. Par extension, il prend la valeur de « faire jaillir un liquide » : pisser le sang, pisser du lait. Les locutions figurées sont abondantes : pisser dans ses brayes, qui annonce pisser dans sa culotte…

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Sondage d’opinion

Le verbe opiner vient du latin opinari « exprimer un avis ». Il demeure peu usité sauf dans la locution opiner du bonnet, « acquiescer d’un signe de tête », en référence aux maîtres de la Sorbonne du 17e siècle qui levaient leur bonnet de professeur en guise d’assentiment lorsque leurs étudiants leur fournissaient de bonnes réponses. Le dérivé opinion offre, au contraire, une grande vitalité de sens. Il a signifié « hypothèse, théorie » avant d’être exclu du champ scientifique. Il désigne une manière de penser, de juger qui tient pour vraie ou fausse, accepte…

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Règne animal

En latin, anima désigne le souffle de la vie, l’âme. De là procède, en français, le sens premier des mots comportant la base anim- : animer « donner une âme », unanime « n’avoir qu’une seule âme ». Comme substantif, animal, « être pourvu de souffle vital », désigne un être vivant organisé, élémentaire ou complexe, doué de sensibilité et de motilité. Soit l’être humain, animal raisonnable, animal politique, ou, par opposition à l’homme et aux plantes, l’être zoologique caractérisé par son milieu : animal aquatique; sa morphologie : animal vertébré; son habitat et ses mœurs : animal sauvage, animal…

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Péripéties

L’élément formant péri- vient du grec peri, préposition exprimant les valeurs de « tout autour de », « dans l’entourage de », « au-dessus de »; revêtant aussi le sens de « dépasser ». Étymon qui remonte lui-même à une racine indoeuropéenne de structure consonantique p-r dont le sens primitif était « en avant ». Il entre dans la construction de nombreux composés à partir du 18e et du 19e siècles, principalement en anatomie : péricarde, « membrane qui enveloppe le cœur »; périoste, « membrane conjonctive et fibreuse qui constitue l’enveloppe des os »; péritoine, « membrane qui tapisse les parois intérieures de l’abdomen ».…

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Bara gwin

Le breton, langue d’origine celtique, a été revivifié dans l’ouest de la France à partir des îles Britanniques au 5e et 6e siècles par des populations chassées d’Angleterre après les invasions des Angles, des Saxons, des Jutes et des Frisons. Baragouin est un composé des mots bretons bara, gwin, proche de bread, wine, pain, vin. Le mot se répand après la réunion de la (petite) Bretagne à la France comme terme d’injure xénophobe à l’endroit des pèlerins bretons qui, entrant dans les auberges françaises pour faire connaître leur faim et…

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Vue brouillée

L’origine de brouiller est nébuleuse. Il serait issu, au 13e siècle, du gallo-roman brodiculare, dérivé du verbe brodicare, postulé par le dialecte italien de Bergame brodigar « souiller » et du germanique brod « bouillon ». Dès l’ancien français, il s’emploie pour « rendre trouble par agitation d’un liquide » : brouiller un vin, en remuant la lie. Ce sens a disparu en dehors d’un emploi spécial en cuisine : œufs brouillés. De nos jours, il s’emploie surtout au figuré avec le sens de « mettre du désordre » : au passif, avoir la…

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Nouveau challenge

De nos jours, challenge est considéré comme un emprunt à l’anglais challenge. Toutefois, au 11e siècle, c’est d’abord l’anglais qui l’emprunte au français chalenge qui signifiait « débat, chicane » puis « défi ». Cet anglicisme réintroduit donc dans la langue de Molière un mot oublié de l’ancien français avec une spécialisation sportive « épreuve dans laquelle le vainqueur obtient un prix, un titre, jusqu’à ce qu’un vainqueur nouveau l’en dépossède » et « prix de cette épreuve » : challenge de rugby. Au figuré, il se répand avec le sens général que lui donne l’américain : « entreprise difficile dans…

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Peur d’échouer

L’origine du verbe échouer est incertaine. Au 16e siècle, on a proposé de le rattacher à échoir mais il pourrait aussi être issu du latin populaire excautare, de cautes, « rocher ». En emploi intransitif, le plus usuel, le sujet désignant un navire, une embarcation ainsi que leur équipage, il signifie « heurter, par accident ou volontairement, le rivage ou le fond marin et s’y immobiliser, ne plus pouvoir flotter »: échouer sur un écueil. Par analogie, il s’applique aux mammifères marins qui en sont victimes. Par extension, il décrit…

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S’enfarger dans les mots

Enfarger est l’une des formes prises par le verbe enfergier, « charger de fers », un régionalisme berrichon, usité également au centre de la France, de fierges issu du latin ferrea, « chaînes ». En milieu rural, il a le sens de « retenir » : enfarger un cheval, au moyen d’une enfarge ou d’une enferge, entrave de bois ou de fer mise aux pattes ou au cou d’un animal pour l’immobiliser et l’empêcher de s’échapper. « La vieille grise approche de la haie en faisant sonner ses enfarges. » (George Sand). Par analogie,…

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L’air tannant

Tan est issu du gaulois tann- « chêne », proche parent du breton tann, du cornique gals-tannen et de l’ancien irlandais teine ou tinn. Mais le mot désigne surtout l’écorce de l’arbre pulvérisée utilisée dans la préparation des cuirs. La plupart des dérivés relatifs à ce traitement sont passés dans l’usage courant. Tanner, d’abord tenner, remonte à l’ancien français. Il décrit le traitement des peaux brutes d’animaux pour les transformer en matières souples et imputrescibles : tanner le cuir. Dès les premières attestations vers 1195, par référence au cuir que l’on bat pour…

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Formage de berbis

En linguistique, la métathèse désigne le phénomène de déplacement de voyelles, de consonnes ou de syllabes à l’intérieur d’un mot. Ainsi, fromage, issu du latin formaticus, à côté de la forme attendue formage attestée en 1180, provient d’une interversion qui a détaché le mot de son origine. Au figuré, l’expression se retirer dans un fromage se dit d’une « situation de tout repos », d’après le sens que lui a donné Jean de La Fontaine dans la fable Le rat qui s’est retiré du monde. Dans l’argot des théâtres, le mot désigne…

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Du blabla

L’onomatopée blabla, avec ou sans trait d’union, est attestée à l’écrit en 1945; blablabla, en 1947. Mais il est certain que les deux formes sont usitées antérieurement à l’oral. Le mot évoque le mouvement des lèvres qui remuent en continu, se rapprochant du radical bab- de babine. Un rapport avec le verbe blaguer « tenir des propos ridicules, en l’air », n’est pas exclu. Il s’emploie familièrement à propos de paroles creuses destinées à masquer le vide de la pensée de son auteur. De même sens, l’anglais blah-blah ou sous ses formes…

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Salade grecque

La longévité de la langue grecque est surprenante puisque plus de trente-cinq siècles séparent le mycénien, sa forme la plus ancienne remontant au 2e millénaire avant J.-C., du grec moderne. L’influence de cette langue sur le français est indirecte lorsqu’il s’agit des innombrables mots grecs à l’origine empruntés par le latin et francisés ensuite par cette voie : humanité, bibliothèque, chronique, conscience, écho. Les emprunts directs débutent à la Renaissance. Le grec sert alors à former des mots savants dont plusieurs sont passés depuis dans le langage usuel : symptôme, thérapie, hygiène. Certains…

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Opérations de commando

Le portugais comando désigne une petite troupe exécutant des expéditions parmi les populations indigènes. L’afrikaans le reprend à son compte sous la forme kommando pour décrire une unité tactique d’une centaine d’hommes de l’armée boer d’Afrique du Sud en lutte contre la Grande-Bretagne (1899-1902). L’anglais commando préserve ce sens et y ajoute celui de « petite troupe de militaires entraînés en vue d’une mission précise et difficile. » Le français emprunte le mot à l’anglais au début du 20e siècle et conserve la graphie commando. Il présente d’abord la valeur de « groupe…

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Effet bœuf

Le mot bœuf est hérité du latin bos, bovis, terme générique qui englobe le mâle et sa femelle, la vache, ainsi que le veau. En français, il s’écrit buef au 12e siècle, beuf au 15e avant d’adopter sa graphie actuelle vers 1534, année marquant l’arrivée de quelques spécimens, de Jacques Cartier et des premiers Français en terre du Canada. Il désigne un genre, le mammifère ruminant de la famille des bovidés, qui comprend notamment le taureau, le buffle, le yack et le bison. Dont la domestication remonte au 7e millénaire…

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Offre de service

Service est issu de servus « esclave », du latin classique servitium, « esclavage ». Dans le latin ecclésiastique, il désigne l’obligation de servir Dieu et les activités qui en résultent : service funèbre. Avec la même valeur d’obligation, le mot s’emploie en parlant de l’ensemble des devoirs envers une collectivité : service public; et rappelle la fonction de ceux qui servent l’État : service militaire, chef de service. Parallèlement, il désigne une activité particulière que l’on doit accomplir auprès d’une personne, les obligations de la personne qui sert un maître, un employeur : être de service. Il…

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Pogné dans le trafic

Le verbe pogner est une déformation de poigner, un archaïsme signifiant « saisir, prendre, attraper ». Il est issu de poing, du latin pugnus, « main fermée ». La dérivation est assez riche : poigne, sa variante pogne, « à la force du poing », poignée, poignet, empoigner, empoigne, empoignade, empoignant, pognon. Affectionné des Québécois et considéré comme un québécisme, pogner s’entend dans les situations langagières les plus familières, exprimant des idées de rapidité, de précipitation et d’insistance que l’on peut regrouper par grandes catégories de sens : « attraper avec la main », pogner une balle; « surprendre », se…

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Passage à vide

Vide est la réfection des graphies anciennes voide, « terre en friche », vuit et vuide, du latin populaire vocitus, variante du latin classique vacuus, « vide », « libre de » et « vacant ». Le mot apparait sous sa forme moderne au 14e siècle. Toutefois, l’Académie française ne l’officialise que dans l’édition 1762 de son dictionnaire. Comme adjectif, il définit ce qui ne contient rien de concret, ce qui est dépourvu de son contenu : appartement vide, rue vide « déserte », avoir le ventre vide, « être affamé ». Au figuré, ce qui n’est pas occupé par une activité :…

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Le tout pour le tout

Tout est issu du bas latin tottus, altération du latin classique totus qui a donné todo en espagnol et en portugais. Il s’utilise en considérant les objets dans leur extension avec le sens d’ « entier, intégral ». Les emplois qui ont donné lieu à des locutions sont attestés surtout aux 16e et 17e siècles. Le tout signifie « toutes les choses en question » et « ce qui est essentiel ». L’expression risquer le tout pour le tout est d’abord employée dans le langage du jeu. Les expressions usuelles après tout, du tout au tout, c’est tout dire,…

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Partir en balade

Le mot ballade, avec double /l/, est issu de l’ancien provençal ballada « pièce vocale et instrumentale destinée à la danse, petit poème chanté ». Après le 12e siècle, il décrit successivement un poème lyrique chorégraphié, chanté ou récité; un poème à forme fixe composé d’au moins trois couplets et d’un refrain : la Ballade des pendus de François Villon; un poème narratif relatant une tradition historique ou épique, populaire chez les Anglo-Saxons; une composition musicale d’inspiration littéraire : ballades de Chopin; et, enfin, au 20e siècle, grâce à Gérard Lenorman et quelques autres…

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Démailloté

Le mot maillot provient, par changement de suffixe, de l’ancien français maillol « pièce de toile, bande de linge enveloppant le corps des nouveau-nés », dérivé de maille. La forme Maillol a survécu comme nom propre. Le sens métonymique d’« enfant nouveau-né » a décliné après l’abandon de cette technique pour langer les enfants mais, en France, on continue de dire être au maillot, « être dans la petite enfance ». Par analogie avec le sens premier d’« étoffe serrant le corps », il désigne un vêtement souple et moulant qui se porte sur la peau, que ce…

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Temps d’arrêt

Le verbe arrêter vient du latin populaire arrestare formé, au 11e siècle, sur le latin classique restare, « être immobile », « rester ». En français, il développe divers sens : « cesser d’avancer », « prendre fin, en parlant d’un tournoi », « empêcher de bouger », « confisquer des biens », « capturer », « suspendre une activité, un processus. » Le déverbal arrêt, orthographié d’abord arrest puis arest, constitue son principal dérivé. Il désigne l’action d’interrompre une situation, l’état qui en résulte : arrêt de travail, arrêt du cœur, arrêt pipi. Le point où doivent s’arrêter les voitures et les véhicules de transport en commun : arrêt…

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Yo -mane!

L’élément formant -mane est tiré des mots grecs mania et mainesthai qui désignent un état de folie, de fureur et de passion souvent employé en parlant des guerriers, d’hommes ivres ou mis hors d’eux par la divinité. Manie, dans l’usage ancien, signifiait « fureur, démence », supplanté par folie dans l’usage courant. En psychiatrie, il reste un terme clinique désignant un syndrome mental caractérisé par divers troubles de l’humeur. Au 17e siècle, il prend le sens de « passion excessive pour quelque chose ». Un maniaque est un fou, égaré, passionné jusqu’à la déraison,…

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Vive les vacances

Le mot vacance dérive de vacant « absent, oisif », du latin vacare, « être vide » d’où « être libre » et, à contresens, « avoir du temps pour », vaquer. Au singulier, il évoque l’état d’une charge inoccupée, d’un poste sans titulaire et, en politique, une situation où les organes institutionnels cessent de fonctionner : vacance de succession, vacance du pouvoir. Au pluriel, vacances décrit le temps consacré à des occupations saisonnières pour se distraire, se reposer et ne pas « bronzer idiot » : grandes vacances; le repos de l’adulte échappant au bureau ou au chantier : vacances annuelles, vacances…

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Mode gothique

Gothique, du bas latin gothicus, est issu de Gut-thiuda en langue des Goths, qui forme au 4e siècle, avec celle des Burgondes et des Vandales, le rameau du germanique occidental. Le gothique, remplacé aujourd’hui par sa variante graphique gotique, a laissé des traces dans la Romania parce qu’elle est la seule langue germanique ancienne dont on possède un témoignage écrit. Parmi les 76 étymons dont certains ont été transmis en gallo-roman par l’intermédiaire du latin populaire, 24 ont encore des représentants en français moderne, tels choisir du gotique kausjan, fange du gotique fani,…

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Boucher un coin

Le mot coin vient du latin cuneus, « triangle rentrant », « objet servant à fendre le bois ou à serrer des assemblages ». En français, il conserve ce sens d’outil en fer ou en bois très dur de forme prismatique triangulaire pour fendre les matériaux et serrer les objets : coin du bûcheron, enfoncer un coin, par métaphore, « séparer »; et celui copié sur le latin médiéval d’empreinte gravée en creux servant à frapper les pièces et les médailles : monnaie à fleur de coin. Il désigne un angle rentrant ou…

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Tout ouïe

Ouïr, l’un des plus vieux mots français, apparaît au 11e siècle sous la forme oïr. Il est issu du latin audire, « entendre », d’où « prêter l’oreille à » et « écouter ». La conjugaison de ce verbe présentant le double inconvénient de la brièveté à certaines formes et de l’irrégularité, il est peu à peu supplanté par entendre. Au 16e siècle, il est encore utilisé à l’indicatif présent, à l’imparfait et au passé simple. Au 17e siècle, seuls sont usités l’infinitif et le participe ouï, avec lequel on peut former des temps composés. De nos jours, ouïr…

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Tout un cartable

Le suffixe –able est issu du latin –abilis. Formant d’innombrables adjectifs à partir de verbes transitifs directs exprimant une possibilité passive : applicable, détachable, identifiable, maniable, négligeable. Certains dérivés impliquant plutôt l’idée d’obligation que celle de possibilité : admirable, irrémédiable. Le suffixe forme aussi des adjectifs à partir de verbes intransitifs ayant une tournure active : délectable, fermentable, périssable, serviable, variable. Et, par extension, des dérivés servant à qualifier le lieu où l’action est susceptible de se dérouler : route carrossable, piste cyclable, voie navigable, chemin praticable, domaine skiable. Plus rarement, le suffixe forme des…

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Tire la chevillette et la bobinette cherra

Chevillette est un mot qui a d’abord été utilisé au sens anatomique de « petite cheville », puis en charpenterie. Bobinette, attesté pour la première fois en 1696 dans le conte de Perreault Le Petit Chaperon rouge, désigne la petite pièce de bois mobile maintenue par la chevillette et censée servir à fermer la porte de mère-grand au méchant loup. La forme cherra (ou choira) est la troisième personne du singulier au futur simple de l’indicatif du verbe choir. À cause de sa conjugaison irrégulière, ce verbe a été abandonné et remplacé par…

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Quel plaid!

Le mot plaid vient du latin classique placitum « principe, dogme », puis, en latin chrétien, « dessein, projet, résolution » et « accord, consentement, pacte ». Attesté dans Les Serments de Strasbourg en 842, document considéré comme le premier texte rédigé en français, il se spécialise dans l’usage juridique pour désigner une convention, un accord, un engagement, puis un procès, un jugement : tenir les plaids, « tenir audience » en province ou dans les juridictions inférieures. Son dérivé plaider le supplante dans l’usage courant vers 1100. Mais déjà en 1080, dans La Chanson de Roland, il s’emploie…

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Bayer aux corneilles

Bayer est issu du latin tardif batare. Il forme un verbe onomatopéique évoquant le bruit bat que l’on fait en ouvrant la bouche. Il signifie « ouvrir grand », soit « ouvrir la gueule » pour un animal et « ouvrir la bouche » pour un être humain. Par abstraction, il évoque le fait de « demeurer la bouche ouverte dans une attitude passive d’étonnement ». Depuis le 17e siècle, ce mot n’est plus guère employé sauf dans la locution bayer aux corneilles, qui signifie « rêvasser, perdre son temps à regarder en l’air niaisement ». L’interprétation moderne de cette locution…

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Modèle de vertu

Au 11e siècle, le mot vertud, puis vertu, se forme sur virtutem, accusatif du latin classique virtus « courage, énergie morale ». Virtus dérivant de vir « homme » comme dans viril, son emploi évoque d’abord les valeurs considérées masculines de « vaillance » et de « force physique », propres au combat : vertu militaire. Puis, la disposition constante à pratiquer le bien, à accomplir son devoir, à se conformer à un idéal : triomphe de la vertu, apparence de vertu. L’aptitude à accomplir des actes moraux par un effort de volonté,…

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For!

Fore! est l’interjection claironnée souventes fois par les golfeurs pour avertir les autres joueurs de prendre garde, car la balle qui vient d’être (mal) frappée se dirige dans leur direction. For est un emprunt au latin classique forum qui a désigné l’enclos autour de la maison, puis qui a pris la valeur de « place publique, marché ». Les affaires publiques ou privées se discutant sur le forum, le mot a pris le sens de « convention » et de « tribunal » puis de « juridiction de l’Église » : for ecclésiastique. C’est de cette spécialisation religieuse que…

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Pareil, pas pareil

Pareil vient du latin tardif pariculus, forme élargie du monosyllabe latin classique par, paris « égal »; de la même façon que soliculus est l’élargissement de sol « soleil ». Comme adjectif, souvent antéposé, le mot qualifie ce qui est semblable par l’aspect, la grandeur, la nature, ce qui revêt les mêmes caractéristiques : en pareille circonstance, à pareille heure, « à la même heure », choses pareilles. Comme nom, il décrit des personnes de même caractère, de même qualité, de même condition, d’un rang égal, souvent précédé d’un adjectif possessif : son pareil, ses pareilles. Une chose…

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Complètement capoté

La cigale ayant rôdé Tout l’été Capota dans la panade Quand la brume fut venue. Pas la moindre bartavelle À tarabuster Jusqu’à la saison nouvelle… Le verbe capoter, comme les autres mots écrits en gras qui travestissent cette fable de La Fontaine, vient du provençal far caboto « saluer, faire la révérence », par une forme intermédiaire far capota, « plonger la tête en avant » où capota est employé par dérision de cap « tête ». Terme de marine, il signifie « chavirer » en français standard, puis « être renversé sens dessus dessous », en parlant d’une embarcation,…

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Se faire la malle

Le mot malle est issu, au début du 12e siècle, du francique malha, reconstitué d’après l’ancien haut allemand mal(a)ha « besace, sacoche » et le moyen néerlandais male « sac de voyage, coffre ». Le mot désigne un coffre résistant et lourd, généralement rectangulaire, plus long que haut dans lequel on enferme les effets et les vêtements qu’on emporte en voyage : malle de bois, malle de cuir, malle d’osier, malle cerclée, malle à couvercle bombé. Au 16e siècle, il revêt la valeur spéciale de « valise de courrier ». Il entre alors dans les syntagmes de…

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Sauce barbecue

Barbecue, anciennement barbacue, barbecu, barbacot, barbicue, est issu de l’anglo-américain barbecue, attesté en 1697. Lequel est lui-même emprunté à barbacoa, un mot de la langue arawak autrefois parlée en Haïti et dans toutes les Caraïbes mais qui de nos jours n’est utilisée qu’à Cuba. À l’origine, il désigne les piquets de bois où l’on accroche de la viande à sécher ou à fumer au-dessus d’un feu. Aux États-Unis, où il est parvenu par les États du Sud, il a pris tour à tour le sens d’« appareil mobile de cuisson à…

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Rempli d’amertume

L’adjectif amer est issu du latin amarus « triste », proche étymologiquement d’autres langues indoeuropéennes telles le sanskrit amlah « maigre » et le suédois amper « aigre ». En français, il reprend les sens concrets et abstraits du mot latin. Celui de sensation d’âpreté souvent désagréable, parfois stimulante, comme l’écorce de citron ou une décoction obtenue par infusion d’herbes à saveur rebutante pouvant servir de tonique ou de médicament: goût amer. Acrimonie qui est cause d’affliction, de chagrin, de tristesse : souvenirs amers. Qui exprime de l’aigreur, de l’animosité : paroles…

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