Complètement capoté

La cigale ayant rôdé Tout l’été Capota dans la panade Quand la brume fut venue. Pas la moindre bartavelle À tarabuster Jusqu’à la saison nouvelle… Le verbe capoter, comme les autres mots écrits en gras qui travestissent cette fable de La Fontaine, vient du provençal far caboto « saluer, faire la révérence », par une forme intermédiaire far capota, « plonger la tête en avant » où capota est employé par dérision de cap « tête ». Terme de marine, il signifie « chavirer » en français standard, puis « être renversé sens dessus dessous », en parlant d’une embarcation,…

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Se faire la malle

Le mot malle est issu, au début du 12e siècle, du francique malha, reconstitué d’après l’ancien haut allemand mal(a)ha « besace, sacoche » et le moyen néerlandais male « sac de voyage, coffre ». Le mot désigne un coffre résistant et lourd, généralement rectangulaire, plus long que haut dans lequel on enferme les effets et les vêtements qu’on emporte en voyage : malle de bois, malle de cuir, malle d’osier, malle cerclée, malle à couvercle bombé. Au 16e siècle, il revêt la valeur spéciale de « valise de courrier ». Il entre alors dans les syntagmes de…

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Sauce barbecue

Barbecue, anciennement barbacue, barbecu, barbacot, barbicue, est issu de l’anglo-américain barbecue, attesté en 1697. Lequel est lui-même emprunté à barbacoa, un mot de la langue arawak autrefois parlée en Haïti et dans toutes les Caraïbes mais qui de nos jours n’est utilisée qu’à Cuba. À l’origine, il désigne les piquets de bois où l’on accroche de la viande à sécher ou à fumer au-dessus d’un feu. Aux États-Unis, où il est parvenu par les États du Sud, il a pris tour à tour le sens d’« appareil mobile de cuisson à…

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Rempli d’amertume

L’adjectif amer est issu du latin amarus « triste », proche étymologiquement d’autres langues indoeuropéennes telles le sanskrit amlah « maigre » et le suédois amper « aigre ». En français, il reprend les sens concrets et abstraits du mot latin. Celui de sensation d’âpreté souvent désagréable, parfois stimulante, comme l’écorce de citron ou une décoction obtenue par infusion d’herbes à saveur rebutante pouvant servir de tonique ou de médicament: goût amer. Acrimonie qui est cause d’affliction, de chagrin, de tristesse : souvenirs amers. Qui exprime de l’aigreur, de l’animosité : paroles…

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Chercher le magot

Le mot magot est attesté en 1640; il est l’altération de l’ancien français mugot, « trésor caché », de musgot, « lieu où l’on conserve les fruits ». Il évoque une quantité d’argent assez importante amassée et mise de côté, synonyme de bas de laine, pécule : amasser un magot. Son homonyme magot, attesté en 1476, est tiré du nom propre biblique Magog où Gog désigne le roi du pays de Magog, en Asie mineure, qui devait prendre la tête d’une grande armée pour détruire Jérusalem (Apocalypse, 20, 7-10). Le mot est réintroduit au 16e siècle…

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Au menu

Le mot menu vient du latin minutus « petit, mince, fin », lequel contient la base latine min-, issue de la contamination de deux racines indoeuropéennes exprimant la notion de « petitesse », men- et mei-. Il est d’abord relevé au 11e siècle dans l’expression la gent menude, « le bas peuple ». Comme adjectif, il décrit ensuite une personne de conformation frêle, chétive : enfant menu, doigts menus; ce qui est de faible intensité : voix menue. Les animaux de petite taille : menu bétail. Les choses dont le volume, le poids ou les dimensions sont…

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Aller clopin-clopant

La locution adverbiale clopin-clopant, du type cahin-caha et couci-couça, est une formation attestée à l’époque classique par Jean de La Fontaine. Elle est issue de clopin, un dérivé de l’ancien français clop, qui provient du latin cloppus signifiant « boiteux », et qui est demeuré sous la forme cliopin en jersiais, un dialecte normand parlé sur l’île de Jersey. Le second élément est le participe présent du verbe cloper attesté en 1534 par Rabelais dans son roman Gargantua. L’expression signifie d’abord « en boitant, en tirant la jambe », puis, par extension, « dans un état…

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Tenir en haleine

Le verbe haleiner ou halener est issu du latin populaire alenare, altération du latin classique anhelare « respirer difficilement, exhaler ». Le h initial vient d’une réfection orthographique, d’après le latin halare « souffler ». Il conserve ces valeurs en français y ajoutant celles de « prendre l’odeur » (de la proie) en parlant des chiens à la chasse et, au figuré, « deviner, flairer ». Son principal dérivé est haleine, déverbal attesté d’abord sous la forme aleine au 11e siècle. Le mot décrit l’air, souvent odorant, qui sort des poumons au moment de l’expiration : haleine fraîche, mauvaise…

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En temps et lieue

Le mot lieue, qui s’écrit d’abord liue, est l’un des 71 mots d’origine gauloise qui sont parvenus au français d’aujourd’hui. Il désigne une mesure de distance terrestre. À la réflexion, il est fort curieux que ce peuple, qui avait adopté la civilisation romaine, ait réussi à conserver et à transmettre, de génération en génération, sa propre unité de longueur, la lieue gauloise (2 222 mètres) à la place du mille romain (1 485 mètres). Or, même si les Gallo-Romains avaient tous les jours sous les yeux les bornes que les Romains avaient installées sur…

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Prêcher le pardon

Le verbe pardonner est issu du latin tardif perdonare qui signifie, dans un contexte abstrait, « faire remise de ». Il est d’abord attesté sous la forme perdonner au 10e siècle dans l’ancienne expression perdonner vide a : « faire grâce, laisser la vie sauve à » (un condamné). Très vite, il prend son sens actuel de renoncer à punir un manquement, une faute, une offense en n’en tenant pas rigueur à l’auteur et en n’en gardant aucun ressentiment : savoir pardonner, pardonner les injustices, pardonner à son ennemi. Il s’emploie à la forme passive :…

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Loft storie

Loft est un mot d’origine scandinave introduit en anglais au Moyen Âge. Il désignait l’air ou le ciel. La même racine se retrouve dans le mot allemand luft « air » comme dans Luftwaffe, l’aviation militaire allemande durant la Seconde Guerre mondiale, ou comme dans Lufthansa, compagnie d’aviation bien connue. Ce n’est qu’au 13e siècle que loft acquiert le sens de « grenier », hayloft étant un « grenier à foin ». Aux États-Unis, ce mot signifie « grand local à usage industriel ». Emprunté par le français dans les années 1980, il prend le sens de « local transformé en…

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Cris de guerre

Guerre vient du francique werra « tumulte, querelle », qui élimine le latin bellum « combat » au 9e siècle. Substitution correspondant à la germanisation des armées romaines, puis leur remplacement par l’organisation militaire franque. Étymon qui a donné war en anglais, guerra en espagnol, en italien et en portugais. Le mot désigne une situation conflictuelle entre groupes humains ou entre États conduisant souvent à une lutte armée. Par un syntagme générique : guerre civile, guerre sainte, crime de guerre, correspondant de guerre, machines de guerre. Ou spécifique : guerre de Troie, Seconde Guerre mondiale,…

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Virage à dextre

Dextre, en usage depuis le 14e siècle, est un emprunt au latin dextra, féminin de dexter signifiant « droit », par opposition à sinister, « gauche ». Dans la langue augurale, il s’applique à un présage favorable arrivant du côté droit, lié à une croyance largement répandue selon laquelle la droite est associée à un sort heureux et le côté gauche à un sort malheureux. Le mot prend aussi le sens d’adroit, l’accent étant cette fois mis sur le fait de savoir se servir habilement de la main droite par opposition à la gauche. Sa…

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Souvenance de la Sagouine

La Sagouine, ce personnage d’Antonine Maillet, ne parle ni joual, ni chiac, ni français standard. Elle parle la langue populaire de ses pères descendus à cru du 16e siècle. Elle est à elle seule un temps, un peuple, un livre. « J’avons accoutume de défricheter la gazette quand c’est des nouvelles françaises mais je sons pas instruits et je parlons pas en grandeur coume ceuses-là qui virent ben leux phrases. Je disons ce qui me passe par la tête avec les mots que j’avons dans la bouche. J’allons pas à…

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La mue des mots

Muer est issu du latin mutare qui signifie « modifier », marquant à la fois une idée de changement et de mouvement. Son évolution exprime bien comment les mots qu’employaient nos ancêtres sont arrivés jusqu’à nous sous une forme écrite et sonore qu’il est le plus souvent impossible de reconnaître. Mutare ––> mudhare ––> mudher ––> muer Ainsi le latin mutare devient mudhare au 8e siècle, l’usage de la graphie /dh/ étant alors employée pour représenter un /t/ latin entre deux voyelles. Elle se prononçait comme le /d/ de nada en espagnol contemporain.…

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Hymne au printemps

Le mot printemps, d’abord printans, résulte de la soudure de l’ancien français prins « prime » et tans « temps » d’après le latin primus tempus, « première saison ». Dans l’hémisphère Nord, du 21 mars au 21 juin, il évoque la première des quatre saisons : équinoxe du printemps; celle qui succède à l’hiver, où la température s’adoucit, la végétation renaît et reverdit : le Sacre du printemps; qui marque le retour des oiseaux migrateurs et des snowbirds de Floride. Il a pris, par métaphore, le sens figuré de période pendant laquelle des espoirs de libération, de…

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Paix sur terre

En latin, pax signifie « fait de passer une convention entre deux parties belligérantes. » Mais aussi, dans la Rome antique, il évoque la divinité Pax qui préside à la bienveillance. En français du 10e siècle, le mot devient pais, puis paix, par adjonction du x étymologique. Il désigne les rapports entre personnes qui ne sont pas en conflit, en querelle : vivre en paix. La cessation des antagonismes : faire la paix, juge de paix, celui qui sert de conciliateur entre particuliers. Une référence à une norme de vie sociale et citoyenne : paix…

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Charge cosaque

Cosaque est issu du turc quzzak « aventurier », par l’intermédiaire de l’ukrainien kozak qui figure parmi les langues slaves orientales avec le russe et le biélorusse. Au 16e siècle, les cosaques sont des pillards des bords septentrionaux de la Mer Noire, puis, au début du siècle suivant, des cosache, des cavaliers originaires d’Ukraine au service du roi de Pologne. Sur le plan géographique, le mot décrit spécifiquement les habitants du sud-est de la Russie aux coutumes et au style vestimentaire distincts, anciennement colons guerriers et nomades qui fournissaient une cavalerie irrégulière…

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Croque-mitaine

Mon premier dérive de mite, « chatte » en français ancien, par imitation du cri de cet animal. Mon second est le suffixe -aine qui entre dans la formation de mots à valeur onomatopéique et de séquences où le radical est répété : bedaine, bedondaine, dondaine. Mon tout décrit un gant généralement fourré pour protéger du froid, ne laissant qu’une séparation pour le pouce : mitaine. Si, en France, le mot a été supplanté par moufle, au Québec, il est usuel sur tout le territoire et a développé d’autres acceptions. Il désigne une pièce…

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Cocktail météo

Le mot météore vient du grec meteôra « phénomènes ou corps célestes », pluriel neutre substantivé de l’adjectif meteôros « qui est en haut, qui s’élève dans les airs ». En français du 17e siècle, il entre dans le langage courant au sens particulier de « petit corps céleste généralement lumineux qui passe dans le ciel ou tombe sur la terre. » Il produit météorite « fragment de matière cosmique qui s’abat sur la croûte terrestre après s’être embrasé en traversant l’atmosphère » : chute d’une météorite. La tradition consistant à voir des présages dans la manifestation de certains…

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Expirez

Hêtre est un mot issu du francique haistr, langue des Francs, peuple germanique qui envahit et occupe la Gaule à partir du 5e siècle au moment de la chute de l’Empire romain. L’influence des Francs se manifeste, notamment, par l’introduction dans les populations gallo-romaines conquises d’une nouvelle consonne, le /h/, produit par une forte expiration de l’air, comme celle que l’on entend dans le mot anglais hair. Cette prononciation, qui s’est pourtant manifestée il y a seize siècles, explique pourquoi, en français contemporain, l’élision est nécessaire dans l’homme (et non le…

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L’e dans l’o

Le français utilise l’alphabet dit latin; lequel est inspiré de l’alphabet grec; qui dérive lui-même de l’alphabet phénicien. Notre langue comporte vingt-six lettres : six voyelles, introduites par les Grecs, et vingt consonnes. Lettres auxquelles il faut ajouter divers signes graphiques : accents, tréma, cédille, apostrophe, trait d’union, divers symboles comme & et les signes de ponctuation. Mais aussi les digrammes, des mots formés de deux lettres collées, « à ne plus pouvoir se séparer » : curriculum vitæ, et cætera, exæquo. L’e dans l’o est une « ligature » orthographique qui combine ces deux…

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Horde primitive

Le mot horde est connu en Europe dès le 13e siècle. On le relève en latin médiéval sous la forme orda. Il est également attesté en allemand orthographié horda. Il constitue un emprunt au turc ordu « armée, camp militaire » et au mongol ordu, orda « camp, tribu » : grande horde, horde d’Or, la dynastie mongole de Djötchi, le fils aîné de Gengis Khan. Il est introduit avec le sens de « tribu errante, nomades » en parlant des peuples d’Asie centrale : horde tartare; cet emploi est aujourd’hui didactique. Il revêt, avec une valeur péjorative,…

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Manières de voir

Le mot manière vient du latin videre « percevoir par la vue », étymon lui-même issu de la racine indoeuropéenne weid- indiquant la vision en tant qu’accès à la connaissance. En français, il est l’aboutissement d’une évolution phonétique attestée par les formes veder (980), vedeir (1080), veeir, (1155) et veoir (1200). Son orthographe définitive est attestée depuis 1636. De nos jours, ces principaux sens reprennent l’ensemble des acceptions du latin. Ceux de « percevoir les images des objets par le sens de la vue » : avoir des yeux pour voir et des oreilles…

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Gros câlins, gros bisous

Le verbe câliner est attesté depuis la fin du 16e siècle. Il vient du latin populaire calina de calere « être chaud », proche de calor « chaleur », qui produira calorifère : chaud comme un calorifère, qualité peu romantique chez un homme mais particulièrement appréciée d’une amoureuse l’hiver. Le normand caliner lui donne le sens de « faire des éclairs de chaleur ». Dans ce dialecte, il se dit aussi des animaux qui se reposent à l’ombre pendant les grandes touffeurs de l’été. En français, l’évolution sémantique de « réchauffer » à « cajoler », et « se tenir dans l’indolence,…

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Dommage collatéral

Dam, vieux de plus de mille ans, vient du latin damnum « préjudice », « perte matérielle », d’où « amende et peine encourue ». En emploi isolé, il n’est plus usité depuis le 16e siècle : peine du dam, châtiment des réprouvés, qui consiste à être éternellement privé de la vue de Dieu. De nos jours, seule survit la locution au grand dam (de quelqu’un), à son détriment, à son grand regret. Le mot souffre de sa brièveté. Il est progressivement remplacé par son dérivé dommage dont la forme primitive damage, au 11e siècle, est empruntée…

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Carnaval, Mardi gras, carnaval

Le mot carnaval est un emprunt à l’italien carnevale, altération de carnelevare, « ôter la viande », « s’abstenir de viande ». Dans l’Europe chrétienne, son sens premier est « entrée en carême », où la viande était interdite, puis « veille de l’entrée en carême ». Mardi gras étant le dernier jour d’une période de festivités caractérisée par des ripailles et des divertissements, commençant à l’Épiphanie, prenant fin le mercredi des Cendres, qui marque le début du jeûne et de la repentance. Par allusion à ces rituels calendaires, le mot prend le sens de…

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S’armer de patience

Le mot patience est un emprunt au latin patientia « action d’endurer ». Il désigne la vertu qui consiste à supporter sans révolte et sans colère les désagréments, les malheurs de la vie, les défauts, les actions d’autrui : patience d’ange; l’aptitude à persévérer dans une activité malgré les difficultés rencontrées : ouvrage de patience; la disposition d’esprit d’une personne qui sait attendre ce qui tarde, en gardant son calme et son sang-froid, réalisée dans la locution prendre patience et en emploi interjectif : patience! Il s’applique à une réussite aux cartes : jeu de patience.…

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Système immunitaire

Le mot immunité vient du latin immunitas « exemption, dispense, remise » qui se rattache à la racine indoeuropéenne mei- « changer », « échanger ». À l’époque franque (476-987), il évoque une des institutions qui annoncent la féodalité. Au 14e siècle, il qualifie une exemption de charge, prérogative accordée par la loi à une catégorie de personnes, historiquement la noblesse et l’Église : immunité fiscale; ensuite, avec l’idée de « franchise  , une forme de passe-droit : immunité diplomatique, privilèges résultant de l’exterritorialité et qui soustraient les diplomates, leurs familles et le personnel officiel des ambassades, aux juridictions…

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À demain

Demain est issu de l’expression latine de mane, « à partir du matin du jour suivant », passée dans les parlers gallo-romans, tels l’ancien provençal deman et l’italien domani. Employé comme adverbe et comme nom, il exprime, par extension, un avenir proche, parfois avec une valeur ironique : c’est pour demain? Il entre en composition dans après-demain, « dans deux jours » et lendemain, « le jour qui suit le jour considéré », issu de l’agglutination de l’article le élidé et de la proposition en, par prosthèse, un procédé qui consiste, en linguistique, à additionner une lettre…

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Dans le creux de l’oreille

Le mot oreille est issu du latin populaire auricula également noté oricula et oricla, diminutif du latin classique auris « oreille ». Il désigne chacun des deux organes constituant l’appareil auditif, correspondant au sens de l’ouïe, puis leur partie visible : pavillon de l’oreille. Il développe le sens de « manière d’entendre » : oreille musicale. Le mot possède de nombreux sens concrets exploitant l’idée d’une analogie de forme ou d’aspect, par paire, avec l’organe :  écrou à oreilles, oreilles d’une charrue, oreilles de l’ancre, « d’une partie élargie à chaque extrémité de la patte d’une ancre », oreilles…

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Homo sapiens

L’élément homo, emprunté au latin homo, hominis, désigne l’espèce zoologique formée par l’homme au sein des primates : homo erectus, syntagme désignant un homme fossile, homo sapiens, l’homme en tant qu’espèce capable de pensée abstraite. L’élément homo-, tiré du grec homos « semblable », par opposition à heteros « autre, différent », sert à former de nombreux mots composés de forme savante : homogène, « de même nature, de structure uniforme », homogénéisateur, homogénéisation, homogénéité, « cohésion, harmonie, unité », homothétie, homocentrique, homocerque, homocyclique, homographie, homofocal, « dont les foyers sont communs », homocinétique, homozygote, homomorphisme, homomorphie, « homogénéité des formes ». Homologue, « équivalent »,…

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Parties intimes

Le mot intime est issu du latin intimus « qui est le plus en dedans, au fond », superlatif de interior. L’adjectif qualifie d’abord une personne étroitement liée avec une autre par ce qu’il y a de plus profond : union intime, ami intime; puis s’applique à la vie intérieure, généralement secrète, invisible, impénétrable d’une personne : nature intime, hygiène intime. Au siècle romantique, par extension de l’idée d’« union avec autrui », il évoque une réunion, une cérémonie qui se passe entre intimes : fête intime; en un lieu tenu caché : endroit intime; et ce qui…

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Vrai snob

Le mot snob apparaît en français pour la première fois en 1857 dans Le Livre des Snobs, traduction d’une œuvre du romancier britannique William Makepeace Thackeray, The Book of Snobs (1848). Il signifie « cordonnier » en anglais dialectal. À Cambridge, dans l’argot des étudiants de lignée aristocratique, il qualifie de façon méprisante leurs camarades de classe de plus basse condition, les « étrangers à la noblesse » qui ne pouvaient, of course, appartenir à l’université. L’abréviation pédante s.nob, formée sur l’expression latine s(ine) nob(ilitate), « non noble », apparaît après coup. Avec la publication du…

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Bon bougre

Bougre est issu du latin médiéval bulgarus. L’évolution sémantique du mot vient des hérésies bulgares que l’on prête, au 10e siècle, aux célèbres bogomiles, ennemis de la hiérarchie ecclésiastique, qui niaient le sacrement du mariage et qui étaient taxés du « péché capital » d’homosexualité. Si le sens péjoratif d’« individu méprisable » et de « mauvais drôle » existe depuis le 16e siècle, il s’est ensuite transformé pour devenir, en français moderne, une « sympathie mêlée d’indulgence », un bon bougre désignant alors un brave homme. Malgré cette évolution renversante, le mot est encore employé…

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Silicone vallée

Le mot silice, formé au 18e siècle, dérive du latin siliceus d’après silex, « pierre dure, caillou ». Il fournit, je parie que vous l’ignoriez, plusieurs dérivés savants et composés didactiques en chimie et en minéralogie : siliceux, silicique, silicate, silicaté, silicatiser, silicatisation, silicatage, silicater, silicicole, adjectif qui s’applique aux plantes poussant bien en terrain siliceux, siliciure, siliciuration, silicocalcium. Silicose désigne une maladie provoquée par l’action de poussières de silice sur les poumons; le mot a produit silicotique. Le silicium doit son nom au chimiste suédois Berzelius en 1829. Il s’agit…

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L’air magané

Maganer, mehaigner en vieux français. En 1606, Jean Nicot formule ainsi le sens du verbe dans son Thrésor de la langue francoyse, tant ancienne que moderne : « Fouler les forces du corps par labeur extreme, chagrin d’esprit, battures, contusions, foulures de membres ». Le mot se rattache au francique maidanjan « mutiler, estropier ». Considéré comme un archaïsme en France, il revêt, au Québec, plusieurs acceptions familières. Il signifie « abîmer, détériorer par un mauvais usage, par un usage trop fréquent » : maganer son auto, au passif, chemins maganés, « en mauvais état »; « affaiblir quelqu’un, causer du…

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Tempête de neige

Le verbe neiger est issu du latin nivicare, attesté au 4e siècle sous la forme nivit, un dérivé de nix et nivis qui contiennent la racine indoeuropéenne nigwh ou snigwh « neige », que l’on retrouve dans les lettres /sn/ de l’anglais snow. Neige est son principal dérivé. Il désigne la vapeur d’eau atmosphérique congelée qui s’agglomère sous forme de fins cristaux blancs : flocons de neige. Qui, en tombant, forment une surface dure, épaisse, croûteuse, fine, fondante, fraîche, glacée, lourde, molle, poudreuse, éblouissante. Le mot connaît de nombreux emplois analogiques…

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Quartiers d’hiver

Le mot hiver est emprunté au latin classique hibernum « saison hivernale » d’une base indoeuropéenne. Il désigne la plus froide des quatre saisons de l’année dans l’hémisphère Nord et aux jours les plus courts : rude hiver. Il s’emploie au sens de « température froide » : mois d’hiver; et dans quelques syntagmes usuels : sports d’hiver, pneus d’hiver. Temps où la nature est froide et muette, il exprime, au figuré, la tristesse ou la sécheresse des sentiments : hiver du cœur; les années qui apportent la vieillesse : soixante-dix hivers, hiver de la vie. Son genre est…

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Full sentimental

Sentir vient du latin classique sentire « percevoir par les sens, par l’intelligence », « connaître par l’intuition ». Dérivé du verbe, sentiment désigne le fait de sentir, d’éprouver : sentiment d’infériorité. Il développe des acceptions liées au domaine affectif avec ses émotions, ses sensations et ses passions, une tendance assez stable et durable à propos de l’inclination d’une personne pour une autre, avec ses bases que sont l’instinct, la pulsion, le désir, les ébranlements corporels : éprouver des sentiments, sentiment amoureux; puis « rancune, animosité » : ressentiment. L’adjectif sentimental est calqué sur l’anglais sentimental. Il dénote une…

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Traiter de tous les noms

Nom est issu du latin nomen « dénomination », et, par extension, « renom ». La présence de correspondants dans d’autres langues, le sanskrit nama, l’arménien anum, l’anglais name, l’irlandais (celtique) ainm et le vieux slave ime, confère au mot une racine commune indo-européenne. Signe du langage, signifiant et signifié, il s’étend, en français, à tout le lexique puisqu’il est, à la fois, appellation et catégorie grammaticale : nom propre, nom commun, nom composé, pronom. Il est attesté comme désignation individuelle d’une personne selon les sociétés, les coutumes, les époques : nom de famille, nom à…

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En résumé

Résumer vient du latin resumere qui signifiait « reprendre », puis « reprendre en abrégeant » et « répéter les points principaux. » En français, le verbe apparaît au 14e siècle avec le sens concret de « reprendre (un objet jeté) » et, au figuré, « reprendre ce que l’on dit », répéter. Les développements de sens actuels procèdent de cette idée de répétition : condenser (un texte, un discours) en peu de mots en ne donnant que les informations principales : résumer une thèse; rendre compte de façon succincte : résumer la situation; définir par un petit nombre de traits caractéristiques, présenter…

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Secrets d’alcôve

Le mot alcôve, comme d’autres mots français en /al-/, est un emprunt à l’arabe al qubba, /al/ ou /el/ étant l’article défini « le, la » dans cette langue sémitique. Il passe au français par l’espagnol alcoba, lui-même fortement influencé du fait de la présence arabe dans la péninsule ibérique du 8e au 15e siècle. Le français le transmet ensuite à d’autres langues européennes, alcove en anglais, alcòva en italien, alcova en slovène, alkoven en allemand, alkóv en hongrois, alkoof en néerlandais, alkovna en tchèque, alkovi en finnois. Le sens arabe de « coupole »…

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Le français africain

Héritier du colonialisme, le français est parlé par environ 140 millions de personnes comme première ou deuxième langue de communication dans 31 pays d’Afrique. Ce qui en fait le continent avec le plus grand nombre de locuteurs francophones dans le monde. Situation unique sur ce continent où le plurilinguisme est de rigueur, le français devant coexister avec 750 autres langues maternelles. Le français africain, parlé ou écrit, présente donc des traits linguistiques très variés, du français de la classe dominante, presque identique au français européen, aux sabirs (petit français) profondément…

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Par métamorphose

Le mot métamorphose est issu du latin metamorphosis « changement de forme », transcription du grec tardif metamorphôsis, dérivé de metamorphein « se transformer ». Il est relevé pour la première fois en français au 14e siècle dans le titre des poèmes mythologiques d’Ovide, Les Métamorphoses, qui relatent 246 fables choisies dans le répertoire des traditions grecque et romaine. Ouvrage publié la première fois en l’an 8 ap. J.-C. Sur des thèmes qui exposent des transformations de dieux ou d’hommes en animaux, en végétaux ou en objets. Pour leur permettre de satisfaire tous leurs désirs. La…

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Code zébré

Le mot zèbre, curieusement, n’est pas issu d’une langue indigène des savanes africaines. Il vient plutôt du portugais zebra, forme empruntée au latin populaire eciferus, du latin classique equiferus « cheval sauvage ». Il désigne, à l’origine, un équidé de la péninsule ibérique appelé ezebra puis cebra en espagnol. L’appellation de l’onagre européen fut transférée à l’animal d’Afrique à la robe blanche rayée de bandes noires ou brunes, à la crinière en brosse et au galop très rapide. Des métaphores sont fondées sur la vitesse de l’animal, sur le fait qu’il…

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Remuer la salade

Le mot salade naît à la fin du 13e siècle. Il vient de l’italien salada, tournure dialectale de insalata, formé, par préfixation du in- latin et du participe passé du verbe salare « saler »; dérivé de sal « sel ». Il désigne d’abord un mets composé d’herbes potagères ou de légumes, assaisonnés d’huile et de vinaigre ou de citron, de poivre et de sel : salade verte, salade romaine, nom donné à une espèce de laitue elle-même importée d’Égypte par les Romains qu’ils consommaient en fin de repas; avant de reconnaître les bienfaits apéritifs…

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Garrocher partout

Garrocher ou arrocher, « lancer violemment », est un régionalisme de zone d’oïl, à l’Ouest de la France, qui couvre le Poitou-Saintonge, la Touraine et une partie du Berry, l’Anjou, la Haute-Bretagne et la Normandie. Sous ces deux formes, on reconnaît le mot rocher, le premier sens du verbe étant « lancer des pierres ». En Europe francophone, il est considéré comme un archaïsme. Au Québec, toutefois, il revêt la valeur familière de « jeter, lancer » : garrocher des cailloux, garrocher sa bicyclette. Au figuré, on le retrouve dans de nombreuses expressions pittoresques : garrocher son argent par…

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Onde de choc

Le verbe choquer, orthographié d’abord chuquier au 13e siècle, provient du moyen néerlandais ou du germanique ancien schocken « heurter, donner un coup. » Il se spécialise au sens figuré de blesser moralement, de déplaire, de scandaliser en heurtant les idées, les habitudes : choquer les bonnes mœurs; de frapper désagréablement, de produire une impression désagréable : choquer la vue. D’après l’anglais to schock, il développe au 20e siècle un nouveau sens propre, celui de faire subir un traumatisme, surtout au passif : rester choqué. Le déverbal choc exprime l’idée d’affrontement brutal, de collision…

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Régimes de retraite

L’ancien verbe retraire, « retirer », issu par voie orale du latin retrahere « être en arrière » a produit les dérivés restés vivants retrait et retraite, les deux formes différenciant progressivement leurs sémantismes. Retraite, « action de se retirer, de s’écarter » désigne, en contexte militaire, l’abandon délibéré et méthodique du champ de bataille par une armée qui ne peut s’y maintenir : battre en retraite, sonner la retraite; puis, plus largement, l’action de se retirer de la vie active ou mondaine : mise à la retraite, retraite à la campagne; pour se consacrer, parfois, à la…

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