Clins d’oeil 41-45

  • Certains mots, à force d’évoluer, finissent par signifier le contraire de leur sens initial. Mièvre, d’abord « vif, espiègle » dérive vers « puéril », puis se fixe : « fade, affecté. » Truculent voulait dire « brutal, féroce » et aujourd’hui « florissant, jovial ». Climat « inclinaison du ciel » devient « ensemble des conditions météorologiques. » Biberon « boisson » puis « bec », décrit aujourd’hui une petite bouteille destinée à faire boire un enfant. Subjuguer, « passer sous le joug, soumettre », devient « charmer, ensorceler ». Ces transformations sédimentent notre mémoire collective et laisseront un peu de notre histoire aux générations futures.
    Source : Hubert Mansion, 101 mots à sauver du français d’Amérique.
  • « Le parler que j’ayme, c’est un parler simple et naïf, tel sur le papier qu’à la bouche. » (Michel de Montaigne, 1533-1592). Parler, c’est exprimer sa pensée par la conversation ou le discours. Parmi les façons de parler on trouve parler à cœur ouvert, « s’exprimer sans retenue » ; parler sous le coup de l’émotion, « impulsivement »; parler dans le vide, « sans être écouté »; parler de la pluie et du beau temps, « sans profondeur »; parler à bâtons rompus, « de manière désordonnée »; parler du nez, « nasiller »; au Québec, se faire parler dans le casque, « sans ménagement. »
    Source : Bernard Lecherbonnier, Retour aux sources. Les tout premiers mots du français fondamental.
  • An, du latin annus, est autochtone de l’Italie, proche de l’osque akenei et de l’ombrien aenu. En janvier, le premier jour de l’année civile est férié dans de nombreux pays : Premier de l’an, Nouvel an, jour de l’An. Le mot désigne une période de douze mois et donne lieu à diverses locutions qui marquent le temps: une fois l’an, bon an mal an, le poids des ans. Bonne année, formule de souhait, se substitue à bon an au 18e siècle. Au Québec, il y a peu, Bonne année grand nez! s’employait pour présenter ses vœux pour la nouvelle année. Formule humoristique à laquelle on répondait : Pareillement grandes dents!
    Source : Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert.
  • Mine vient du breton min « bec, museau ». Le mot est d’abord relevé dans l’expression faire mines, « faire des grimaces. » Puis dans d’autres locutions désignant l’apparence naturelle du visage mais aussi du corps, révélant sentiments, qualités, fortune : avoir bonne mine, avoir l’air en santé, faire grise mine, ne pas payer de mine, valoir mieux que son aspect peu engageant. Il produira minois « visage jeune et délicat. » Au Québec, bine décrit aussi le visage comme binette et fraise: se montrer la bine, drôle de binette, se paqueter la fraise, « s’enivrer » ou « manger avec excès. »
    Source : Pierre DesRuisseaux, Dictionnaire des expressions québécoises.
  • Redoux décrit le bref radoucissement de la température au milieu de la saison froide. Le préfixe /re/ et ses variantes /ré/, /r/ et /res/ forment de nombreux verbes et noms en français. Pour indiquer le retour à un état antérieur : refermer, remballage. Un changement de direction : retourner, réexpédition. Un renforcement : remplir, rehaussement, ressemeler (ses bottes d’hiver). La répétition d’une action : refaire, rediffusion, resservir. Les mots formés avec ce préfixe s’écrivent tous sans trait d’union : reconsidérer, relecture. Certaines variantes sont admises sur une même base : réécrire ou récrire, réajustement ou rajustement.
    Source : Maurice Grevisse, Le bon usage. Grammaire française.