Tenir auberge

« Figue verte et fille d’auberge mûrissent à force d’être pincées » (Miguel de Cervantès, 1547-1616). Auberge, d’abord alberge au 15e siècle, vient de l’ancien provençal alberga « campement sommaire, baraque », altération du vieux francique haribergôn  « loge des soldats, caserne. » Origine germanique qui s’apparente aujourd’hui au néerlandais herberg, à l’allemand Herberge, à l’anglais harbour « havre » et donnera héberger en français moderne. Le mot apparait au sens de « droit de gîte » et « logement ». Établissement modeste où les voyageurs de l’époque s’abreuvaient et se sustentaient à la même table. Puis se couchaient dans des chambres où se…

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Petite histoire des grands nuls

J’envie les gens qui ont la réplique facile et qui en usent à bon escient. Comme Frank Zappa (1940-1993) dans le livre de Marc Lefrançois, Petite histoire des grands nuls publié en 2022. Voici l’extrait : « Un militaire traditionaliste à qui il manque une jambe interpelle rudement le musicien. Si j’en juge par vos cheveux longs, vous êtes une fille. Prompte réaction de Frank Zappa : Si j’en juge par votre jambe de bois, vous êtes une table. » Trois cents ans plus tôt, un autre Frank, François de La Rochefoucauld…

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Lettre d’amour

Chère aimée, je veux que tu saches. Je t’ai trouvée belle à chaque âge de ta vie. À 15 ans, dans la même école, ton visage couvert de boutons d’acné et de taches de rousseur mais suintant la joie de vivre. À 18 ans, en jeune femme enjouée, insoumise, pétillante, gracieuse, séduisante, toute la vie devant toi et moi sur ton chemin. Tu m’as laissé te parler, te faire rire, te captiver, t’émouvoir, te séduire. Tout à coup amoureuse, une première fois, une dernière fois, de moi. Épris de toi…

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Changer de disque

« L’argot (…), les gens de faubourg l’ignorent, à moins que les disques d’un phonographe ne leur aient enseigné » (Jorge Luis Borges, 1899-1986). Disque vient du latin discus « palet », lui-même emprunté au grec diskos « ce qui est lancé. » Étymons qui trouvent des correspondants dans l’ancien haut allemand disc et le vieil irlandais diosc. Le mot est introduit en français au 16e siècle pour décrire le lourd palet circulaire, de pierre ou de métal, que les athlètes de l’Antiquité, les discoboles, s’exerçaient à lancer dans diverses compétitions. Remis à l’honneur au 20e siècle sous…

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Clins d’oeil 51-55

Tasse, le petit récipient à anse ou à oreilles servant à boire, vient du persan tâs; le mot parvient au français par l’intermédiaire de l’arabe tâssa au 12esiècle. Il est introduit grâce à l’importation de poteries orientales, notamment en provenance de Tyr : tasse de faïence. Jarre vient aussi de l’arabe djarra « grand vase», par le néerlandais wase. Chope est issu de l’alsacien schoppe, verre, du latin classique vitrum, gamelle, du latin par l’espagnol gamella. Gobelet, de gobbo « bouche » en gaulois, mug, « grande tasse en bois », du scandinave mugg et bock…

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Au premier regard

« Même si c’est la même fenêtre, tous ne voient pas la même chose. La vue dépend du regard. » (Alda Merini, 1931-2009). Regarder, « diriger sa vue sur » dérive de garder. Au 11e siècle, il éclipse les variantes de même sens eswarder, esgarder, égarder, agarder, engarder, surgarder et pourgarder. Le déverbal regard, écrit d’abord regart, exprime l’action de diriger ses yeux vers un objet, une personne, un spectacle pour voir, connaître, découvrir quelque chose : regard amical, amusé, amoureux, attentif, assassin, bovin, candide, condescendant, confiant, coquin, craintif, curieux, dédaigneux, ébloui, enflammé, ensorcelant, éperdu, étonné,…

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Tu es poussière…

Sa mère : Thomas, pas une fois en deux ans, je t’ai vu faire le ménage dans ta chambre. Voici un balai et un porte-poussière, c’est aujourd’hui que tu commences. Thomas, J’peux pas maman. Sa mère : Et pourquoi donc, grand paresseux? Thomas : Parce que c’était la chambre de grand-mère quand elle est morte. Sa mère : Et c’est quoi le rapport? Thomas : À mon cours de culture religieuse, le professeur a mentionné que c’est écrit dans la Bible, tu es poussière et tu retourneras poussière. On ne sait jamais, la poussière par…

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Trois femmes sur une balançoire

Trois femmes, trois générations. De la même famille, heureuses d’être ensemble. Camille, la plus jeune, vingt ans, demande à sa mère, Carole. Dis, maman, quel a été le plus beau moment de ta vie? Certainement le jour où tu es née. Tu es ma seule enfant et j’ai travaillé tellement fort pour que tu sortes de mon ventre. Plus de vingt-quatre heures à souffrir, sans dormir. Ton père était auprès de moi. Par distraction, il a mis sa main tout près de ma bouche et je l’ai mordue à pleines…

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Au pied du lit

« Le ciel est haut, la terre est basse; il n’y a que la table et le lit qui soient à la bonne hauteur » (proverbe français). Lit vient du latin lectus, étymon issu d’une racine indoeuropéenne legh- signifiant « coucher » ou « être couché. » Il s’écrit liet dans le dialecte normand, lei en bourguignon, leit en provençal, lét en wallon. Sa forme actuelle en français est attestée au 11e siècle. Le mot désigne le meuble composé principalement d’un cadre rigide de métal ou de bois supportant des parties souples (sommier, matelas) et garni de…

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Chant de gorge

« J’ai un remède parfait contre le mal de gorge : coupez-la » (Alfred Hitchcock, 1899-1980). Gorge vient du latin classique gurges « gouffre », « tourbillon d’eau », et, par figure, « gosier ». Onomatopée appliquée d’après les bruits de déglutition et d’expectoration qu’on peut y entendre. Le mot parvient au français au 12e siècle par les formes altérées du latin populaire gorga et du bas latin gurga. Il désigne la partie antérieure du cou de l’être humain. Spécifiquement, sa cavité intérieure à partir de l’arrière-bouche : mal de gorge, inflammation des muqueuses du pharynx et/ou du larynx. Siège de…

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Clins d’oeil 46-50

Acquis du verbe acquérir désigne le savoir ou l’expérience que possède une personne ou encore un ensemble d’avantages sociaux ou de droits obtenus. Acquit du verbe acquitter s’emploie au Moyen Âge pour « reconnaissance écrite du paiement d’une dette. » Son sens figuré de « se garantir de tout risque d’avoir quelque chose. à se reprocher » devient usuel au 19e siècle : par acquit de conscience, pour avoir la conscience tranquille. Car, dans ce sens, on acquitte sa conscience, on ne l’acquiert pas. Acquit fait partie d’une grande famille étymologique issue du latin quietus « en…

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Taper les doigts

« Quand le doigt ne sait où aller, il entre dans le nez » (proverbe bété, Côte d’Ivoire). Doigt vient du latin populaire ditus, contraction phonétique du latin classique digitus mais sa racine est indoeuropéenne : deik– « montrer ». En français du 11e siècle, il prend d’abord les formes deie, dei, doi et doit. Sa forme moderne réintroduisant le /g/ latin étymologique mais non prononcé, est attestée depuis le 16e siècle. En anatomie, le mot désigne chacune des « avances libres et mobiles qui terminent la main. » (Georges Cuvier, Leçons d’anatomie comparée, 1805) : les cinq doigts de…

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Rumeur de la ville

« J’ai soudain le sentiment d’être en harmonie avec moi-même, tout est parfait en cet instant, la douceur de la lumière, ce petit parfum dans l’air, la rumeur tranquille de la ville. » (Extrait du film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, 2001). Ville vient du latin villa « propriété rurale », puis « groupe de maisons. » Le mot s’écrit vile au 10e siècle; il adopte sa forme actuelle vers 1200. Espace construit, il désigne une agglomération assez importante dont les activités sont surtout orientées vers l’industrie, le commerce et l’administration : grande ville, petite ville, ville portuaire,…

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Clou du spectacle

« La vie est un passage, le monde est une salle de spectacles. On entre, on regarde, on sort. » (Démocrite, vers 460-370 av. J.-C). Loisir public, le spectacle est l’une des activités humaines qui occupent le plus de place dans la plupart des sociétés modernes : télévision, cinéma, théâtre, opéra, ballet, sport, cérémonies, religieuses ou profanes, défilés et autres célébrations. Le mot vient du latin spectaculum « vue, aspect » « spectacle de cirque », puis, en latin impérial, « merveilles.  » Dérivé de spectare « regarder, contempler », verbe qui se rattache à la racine indoeuropéenne spek- « observer. »…

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Permis de chasse

« La guerre, c’est comme la chasse, sauf qu’à la guerre les lapins tirent. » (Charles De Gaulle, 1890-1970). Chasser, d’abord chacier au 12e siècle, et cachier, cassier, deux formes attestées en ancien picard, prolonge le bas latin captiare « capturer » qui a progressivement éliminé le latin venari « poursuivre les animaux. » Son dérivé chasse exprime d’abord l’idée de « chevauchée rapide » mais reprend rapidement le sens usuel de son étymon latin. Avec une intention de saisie, le mot décrit l’action de poursuivre pour capturer ou tuer des animaux à l’état sauvage à des fins utilitaires…

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Pincée de sel

« Le rire est le sel de la vie » (Driss Chraibi, 1926-2007). Sel et ses variantes sau, sal et ser en ancien français, vient du latin sal. Mais d’une racine antérieure, indoeuropéenne, qui fournit sāļš en letton, salt en anglais, Salz en allemand, sól en polonais, salann en gaélique irlandais et salila en sanskrit. Le mot adopte sa forme actuelle au 12e siècle. Son rôle pour l’assaisonnement et la conservation des aliments, essentiel depuis le Moyen Âge, explique la variété des emplois et la diversité des dérivés. Il désigne la substance de…

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Clins d’oeil 41-45

Certains mots, à force d’évoluer, finissent par signifier le contraire de leur sens initial. Mièvre, d’abord « vif, espiègle » dérive vers « puéril », puis se fixe : « fade, affecté. » Truculent voulait dire « brutal, féroce » et aujourd’hui « florissant, jovial ». Climat « inclinaison du ciel » devient « ensemble des conditions météorologiques. » Biberon « boisson » puis « bec », décrit aujourd’hui une petite bouteille destinée à faire boire un enfant. Subjuguer, « passer sous le joug, soumettre », devient « charmer, ensorceler ». Ces transformations sédimentent notre mémoire collective et laisseront un peu de notre histoire aux générations futures. Source : Hubert Mansion, 101…

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Ascension en ballon

« Moi, ils me font rire les joueurs de foot, ils se prennent un ballon dans la tête, ils hurlent par terre en se tenant la jambe, pour une fois que ce sont les hommes qui simulent » (Anne-Sophie Bajon). Ballon vient de l’italien pallone « grosse balle », par l’italien dialectal ballone, le mot supplantant pelote et esteuf au jeu de paume au 16e siècle. Dès lors, son sens moderne et usuel se développe, désignant une grosse balle en caoutchouc gonflée d’air que protège une gaine de cuir, utilisée dans divers jeux ou sports…

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Top secret

« Un baiser est un secret raconté à la bouche au lieu de l’oreille » (Ingrid Bergman, 1915-1982). Secret, d’abord segrei, segreie, secroi et secré, vient du latin secretus « séparé », « solitaire », « isolé », « caché ». Attesté en Poitou au 12e siècle, il se répand en France deux siècles plus tard et connaît, comme nom et adjectif, des évolutions semblables. En parlant des interrogations philosophiques et religieuses, le mot décrit ce qui est impénétrable, insaisissable : secret des consciences, secret de Dieu. Ce qui n’est connu que d’un nombre limité de personnes, réservé à des initiés, des…

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