« J’ai un remède parfait contre le mal de gorge : coupez-la » (Alfred Hitchcock, 1899-1980).
Gorge vient du latin classique gurges « gouffre », « tourbillon d’eau », et, par figure, « gosier ». Onomatopée appliquée d’après les bruits de déglutition et d’expectoration qu’on peut y entendre. Le mot parvient au français au 12e siècle par les formes altérées du latin populaire gorga et du bas latin gurga.
Il désigne la partie antérieure du cou de l’être humain. Spécifiquement, sa cavité intérieure à partir de l’arrière-bouche : mal de gorge, inflammation des muqueuses du pharynx et/ou du larynx. Siège de diverses sensations. La soif : avoir la gorge sèche, se rincer la gorge, en général, boire une boisson alcoolisée. La respiration : prendre à la gorge, suffoquer. L’angoisse : avoir le cœur dans la gorge. Organe de la voix et de la production langagière qui s’exprime dans diverses locutions: avoir un chat dans la gorge, avoir une voix enrouée, rauque ou une gêne dans le pharynx; rester dans la gorge, ne pouvoir être exprimé; se racler la gorge, éclaircir sa voix; faire rentrer les paroles dans la gorge (à quelqu’un), l’obliger à se taire, à désavouer ses propos; chanter, parler, rire à gorge déployée, bruyamment, sans retenue. D’autres locutions évoquent des comportements autrement brutaux : couper la gorge, sauter à la gorge (de quelqu’un), le saisir violemment, en venir aux mains avec lui; au figuré, prendre ou saisir, serrer, tenir à la gorge, exercer sur quelqu’un une pression impitoyable ou les pires menaces tout comme avoir le couteau sur la gorge; faire rendre gorge (à quelqu’un), l’obliger à restituer ce qu’il a acquis par des moyens illicites.
En littérature surtout, le mot désigne jusqu’au 19e siècle, les seins de la femme. « Je (…) fus complètement fasciné par une gorge chastement couverte d’une gaze, mais dont les globes azurés et d’une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle. » (Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1836). Poitrine qui, dans un soutien-gorge, paraît bien faite, abondante, altière, bombée, délicate, épanouie, exubérante, ferme, forte, frémissante, généreuse, haletante, lourde, naissante, opulente, palpitante, plantureuse, pleine, rebondie.
Reprenant le sens de l’étymon latin, le mot désigne une vallée étroite et encaissée : Gorges du Verdon, du Tarn de l’Ardèche; appelé aussi canyon d’après l’espagnol du Mexique cañón. Ainsi que l’entrée d’un ouvrage fortifié : gorge de la redoute. Il développe des emplois spéciaux en anatomie : gorge de la trochlée humérale. En architecture : cadre de chêne à gorges et à moulures, creuses à profil curviligne. En mécanique : gorge d’une poulie, sa partie évidée où passe la corde. En serrurerie, gorge d’une serrure, pièce mobile qui immobilise ou libère le pêne. En céramique : gorge d’un vase, la partie comprise entre l’extrémité supérieure et le corps.
Les dérivés et composés sont nombreux. Gorger, gorgée, gorgeon, petit coup à boire dans l’argot lyonnais, gorgerin, partie inférieure d’un casque destinée à protéger le cou, gorget, rabot étroit utilisé pour façonner de petites moulures en creux, gorgerette, anciennement collerette de femme. Dégorger, dégorgement, dégorgeoir, dégorgeur, dégorgeage. Égorger, égorgeur, égorgiller, engorger, désengorger, engorgement. Regorger, regorgeant, regorgement, rengorger, se rengorger, prendre une attitude vaniteuse, faire l’important. Coupe-gorge, rouge-gorge, arrière-gorge.
Devoir
Quel verbe, dérivé savant de gurges, l’étymon latin de gorge, signifie « ramener des aliments non digérés de l’estomac jusque dans la bouche. »
Rég _ _ _ _ ter.
Réponse
Régurgiter, verbe qui a produit régurgitation.
