« Figue verte et fille d’auberge mûrissent à force d’être pincées » (Miguel de Cervantès, 1547-1616).
Auberge, d’abord alberge au 15e siècle, vient de l’ancien provençal alberga « campement sommaire, baraque », altération du vieux francique haribergôn « loge des soldats, caserne. » Origine germanique qui s’apparente aujourd’hui au néerlandais herberg, à l’allemand Herberge, à l’anglais harbour « havre » et donnera héberger en français moderne.
Le mot apparait au sens de « droit de gîte » et « logement ». Établissement modeste où les voyageurs de l’époque s’abreuvaient et se sustentaient à la même table. Puis se couchaient dans des chambres où se trouvaient souvent plusieurs lits pour accommoder tout le monde. Nombreux, proches comme étrangers, sont ceux qui pouvaient aussi dormir dans le même lit.
« Voyageur : Gamine, j’espère qu’aucun rustre n’était couvert de poux avant que je me couchotte dans cette alcôve parmi mes pairs.
Fille d’auberge : Non sire, les puces les auront dévorés. »
Il prend sa valeur actuelle à la fin du 16e siècle de petit hôtel à la campagne, dans les petites villes ou les faubourgs, où les voyageurs peuvent se loger et se restaurer : bonne auberge, garçon d’auberge, coucher à l’auberge. « (…) nous avons craint qu’étranger dans nos montagnes et fatigué d’une longue route à pied, vous ne trouviez pas dans le village une auberge où vous puissiez vous rafraîchir et vous reposer » (Alphonse de Lamartine, Les Confidences, 1849).
La locution tenir auberge signifie recevoir tout le monde à sa table ou prendre la maison de quelqu’un pour une auberge. « Ah çà, est-ce que je tiens auberge, moi? Pourquoi est-ce que j’ai des arrivages de voyageurs? La détresse universelle a des éclaboussures jusque dans ma pauvreté. Il me tombe dans ma cabane des gouttes hideuses de la grande boue humaine » (Victor Hugo, L’Homme qui rit, 1869). On n’est pas sorti de l’auberge signifie être victime d’une situation difficile qui n’est pas dénouée. La locution nominale auberge espagnole revêt divers sens : lieu où l’on ne sert pas à manger, où l’on ne mange que ce que l’on a apporté; groupe composite dont les participants ou membres proviennent d’horizons divers et variés, voire initialement opposés; ensemble hétéroclite, sans unité. Auberge de jeunesse décrit un établissement offrant à bas prix la location de lits dans des chambres ou dortoirs et des repas, pour une courte durée.
Le dérivé aubergiste, « personne qui tient une auberge », évoque le passé. Auberger, « loger, accueillir quelqu’un chez soi » est désuet; aubergerie « ensemble des services d’hébergement et de restauration propres à la petite hôtellerie rurale », peu usuel.
Devoir
Au Proche-Orient, comment nomme-t-on l’établissement de grande taille destiné à accueillir les caravanes ainsi que les voyageurs et leurs animaux de bât?
Car _ _ _ _ _ _ _ ail.
Réponse
Caravansérail. Au figuré, le mot désigne un endroit vivement fréquenté par un public hétérogène.
