Plein la gueule

« Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des “je t’aime” pathétiques
Ont des petites gueules bien sympathiques. »
Georges Brassens, chanson Les amoureux des bancs publics, 1952).

Gueule vient du latin gula « gosier, gorge » mais sa racine est indoeuropéenne. Ce qui explique que de proches variantes soient attestées dans d’autres langues romanes comme le provençal guola, l’espagnol, le portugais et l’italien gola mais aussi dans le sanskrit gala et le zend gara, langue iranienne ancienne. En français du 10siècle, il prend d’abord la forme gola, puis gole et goule avant d’adopter sa graphie actuelle au 12e siècle.

Le mot désigne la bouche de certains animaux, surtout mammifères, carnassiers, reptiles, poissons : gueule d’un chien, d’un loup, d’un requin. « Attends d’avoir traversé la rivière pour dire que le crocrodile a une sale gueule. » (proverbe zambien). En vénerie, pratique de la chasse à courre, chien qui chasse de gueule décrit la bête qui aboie en suivant les traces de sa proie. La locution proverbiale se jeter, se précipiter, se fourrer dans la gueule du loup signifie « aller au-devant d’un danger certain. »

Chez l’être humain, il se dit familièrement du premier organe du tube digestif par lequel entrent les aliments : s’en mettre plein la gueule, puer de la gueule, fine gueule « gourmet », gueule de bois, sensation de bouche empâtée, sèche, après un excès de boisson. « L’arête est la vengeance du poisson et la gueule de bois, la colère des raisins. » (Tristan Bernard, 1866-1947). La gueule fait périr plus de gens que le glaive, proverbe populaire d’Érasme, le grand humaniste du 16e siècle, signifie que la gourmandise, les excès de table et l’alcool sont plus meurtriers que la guerre. Cavité buccale siège également de l’articulation de la voix : grande gueule, être bavard et grossier, fort en gueule, coup de gueule, crier, gronder, chanter fort, fermer sa gueule, se taire, crever la gueule ouverte, mourir privé de secours. « La dictature, c’est ferme ta gueule; la démocratie c’est cause toujours. » (Jean-Louis Barrault, 1910-1994).

Sémantismes plutôt grossiers et péjoratifs qui s’appliquent, par extension, au visage : sale gueule, gueule d’empeigne, gueule de raie, faire la gueule, bouder, se payer la gueule (de quelqu’un), se moquer de lui, avoir la gueule de l’emploi, avoir une apparence, une attitude ou un profil qui correspond exactement à ce que l’on attend pour une fonction donnée, casser la gueule, frapper quelqu’un violemment au visage, se casser la gueule, faire une chute, subir un échec, se fendre la gueule, rire, gueule noire, mineur travaillant dans les mines de charbon. Mais aussi belle gueule, gueule d’amour et, par référence à l’allure d’un objet, avoir de la gueule, avoir quelque chose qui retient l’attention, être bien fait, avoir du chic.

Par analogie, le mot s’emploie au sens d’« ouverture par laquelle entre ou sort quelque chose » : gueule d’un four, d’un haut fourneau, d’un canon. Charger un canon jusqu’à la gueule, bourrer le tube de poudre et de mitraille pour rendre son tir plus meurtrier.

Les dérivés et composés sont nombreux : gueuler, gueulement, gueulante, gueulée, gueulard, gueuloir, gueuleton, gueuletonner, dégueu, dégueuler, dégueulis, dégueulasse, dégueulasserie, dégueulasser, dégueulement, dégueulatoire, engueuler, engueulement, engueulade, bégueule, bégueulerie, bégueulisme, casse-gueule, amuse-gueule.

 

Devoir

Gueuler comme un cochon qu’on saigne signifie crier très fort, hurler de douleur, de colère ou de peur. Trouvez trois autres animaux à qui s’applique cette expression.

  • Gueuler comme un â _ _ .
  • Gueuler comme un put _ _ _ .
  • Gueuler comme un v _ _ _ .

Réponse

 

  • Gueuler comme un âne.
  • Gueuler comme un putois.
  • Gueuler comme un veau.

L’âne, en particulier, peut émettre un braiment puissant, rauque et désagréable pour qui s’en approche lorsqu’il est de mauvais poil.