Nom d’un nénufar

À l’origine, nehn‑ufar est un mot sanskrit, langue indoeuropéenne parlée dans le sous-continent indien au 3e millénaire av. J.-C; il signifie « fleur de lotus bleu ». Le persan l’adopte ensuite sous la forme nilufar, l’arabe avec la graphie ninùfar. Le latin médiéval le convertit en nenuphar. La tournure /ph/ apparait sans doute sous l’influence de Nymphaea qui désigne un genre de plantes aquatiques aux feuilles rondes et flottantes.

Au 13e siècle, il passe à l’ancien français et s’écrit d’abord neuphar, neufar, puis neuenufar. Les deux formes actuelles reconnues par l’Académie, nénuphar et nénufar, coexistent depuis ce temps, adoptant tantôt l’orthographe latine dite traditionnelle, tantôt l’orthographe phonétique dite réformée.

Le mot décrit la plante aquatile aux fleurs solitaires, blanches, jaunes, violacées ou rougeâtres, aux feuilles arrondies et flottantes qui se développent avec une délicate mobilité à la surface des eaux calmes dans les contrées chaudes ou au climat tempéré : étang à nénufars : « … quand la demoiselle va errant avec son corsage bleu et ses ailes transparentes, autour de la fleur du nénuphar blanc, vous croiriez voir l’oiseau-mouche des Florides sur une rose de magnolia. » (François-René de Chateaubriand, 1802).

Elle adopte d’autres noms : lune d’eau, lis d’eau, lys d’étang, jaunet d’eau.

Le rhizome du nénuphar broyé est utilisé dans la préparation de cataplasmes : huile de nénuphar. Sa fleur peut aussi servir à préparer des sirops. Cependant, conseil aux micro-brasseurs, il vaut mieux ne pas intégrer des extraits de la plante à vos bières en développement car elle provoque l’impuissance masculine.

 

Devoir

Les plantes remplissent de multiples fonctions : utilitaires, médicinales, décoratives, alimentaires. Et parfois linguistiques. À quelle langue baobab, camphre, cumin, jasmin et lilas ont-ils été empruntés? Indice : ces mots viennent tous d’une civilisation très avancée où la médecine, l’esthétique et les saveurs sont à l’honneur.

Réponse

Comme nénufar, ce sont tous des noms de plantes empruntés à la langue arabe ou ayant transité par l’arabe avant d’être intégrés au français.

Baobab vient de l’arabe buhibab « fruit aux très nombreuses graines ». Il est intégré au français en 1592. Ses graines sont comestibles une fois grillées. Elles sont parfois utilisées pour remplacer le café. Camphre vient de l’arabe kafur par le latin camphora. L’extrait du camphrier est antispasmodique et énergétique. Il est attesté en français depuis 1256. Cumin vient de l’arabe kammun, en passant par le grec kuminon. Il est utilisé comme huile essentielle provenant de la distillation de ses graines. Il est intégré au français dès le 13e siècle. Jasmin vient de l’arabe yasimîn par le persan yâsamin. Il s’agit d’un arbuste méditerranéen aux fleurs tubuleuses particulièrement odorantes. Le mot est intégré au français au 16siècle. Il désigne aussi un prénom masculin et féminin, Jasmine. Lilas est issu de l’arabo-persan lilak. Le mot décrit à la fois une plante, un ornement et une couleur. Il intègre le français au 17siècle.