Acquis du verbe acquérir désigne le savoir ou l’expérience que possède une personne ou encore un ensemble d’avantages sociaux ou de droits obtenus. Acquit du verbe acquitter s’emploie au Moyen Âge pour « reconnaissance écrite du paiement d’une dette. » Son sens figuré de « se garantir de tout risque d’avoir quelque chose. à se reprocher » devient usuel au 19e siècle : par acquit de conscience, pour avoir la conscience tranquille. Car, dans ce sens, on acquitte sa conscience, on ne l’acquiert pas. Acquit fait partie d’une grande famille étymologique issue du latin quietus « en repos » qui comprend acquittement, quittance, acquiescer, inquiétude et requiem.
Source : Alain Rey, 200 drôles d’expressions que l’on utilise tous les jours sans vraiment les connaître.
Étreindre, du latin stringere « presser », produira étreinte qui désigne à partir du 18e siècle l’action d’entourer quelqu’un de ses bras ou de son corps en le serrant fortement. Dans les rapports amoureux : étreinte passionnée, étreinte charnelle. Si la fréquence des rapports sexuels dans la vie littéraire tend à dépasser celle de la vie ordinaire, le choix est maigre pour les désigner. Amours? Cucul, Baises? Vulgaire. Transports? Dépassé. Ébats? Protocolaire. Mieux vaut les étreintes. « Chère aimée, (…) cette étreinte rapide et gourmande : il semble, sous la chaleur des chairs (…) que les corps, libérés des étoffes, se lient, se pénètrent. » (René Émery, Douces amies, 1920).
Source : Hervé Laroche, Dictionnaire des clichés littéraires.
En français, les doublets ne sont pas des clones. Il s’agit généralement d’une paire de mots issus d’une même racine mais qui subissent une évolution phonétique et sémantique différente. Ainsi, l’étymon latin acer fournit âcre et aigre. Amygdala, amygdale et amande. Articulum, article et orteil. Claviculum, clavicule et cheville. Frictionem, friction et frisson. Ministerium, ministère et métier. Pedestrem, pédestre, pitre et piètre. Potionem, potion et… poison. Scala, escale et échelle. Strictum, strict et étroit. Advocatum, avocat et avoué. Capitalem, capital et cheptel. Captivum, captif et chétif. Tractatum, tract et traité. Auscultare, ausculter et écouter. Singularis, singulier et sanglier quoique le sanglier est un animal singulièrement savoureux aux yeux d’Obélix.
Source : Henriette Walter, Le Français dans tous les sens.
Près de deux tiers du vocabulaire anglais comprend des mots d’origine latine; la plupart ont transité par le français. Après la victoire à Hastings en 1066 de Guillaume le Conquérant, le dialecte français de Normandie s’installe à la cour et les milieux nobiliaires anglais : language de langage, people de poeple (peuple), tresor, justice, crime, serf. Suivis, les siècles suivants, par des milliers d’autres. Prononcés à table : hors-d’œuvre, consommé, foie gras, vol-au-vent, soufflé, pot-au-feu, crème caramel, champagne. Comme formule de politesse : bon appétit, au revoir, bon voyage. Utiles dans une conversation sur la mode parfaitement british : prêt-à-porter, dernier cri, déshabillé, entre nous, bien entendu, tout à fait.
Source : Marie Treps, Les mots migrateurs. Les tribulations du français en Europe.
Une « grande métisserie » se produit à compter du 7e siècle, lorsque le latin, qui s’est répandu dans l’Empire romain, se divise et se transforme au contact des populations conquises qui pratiquent d’autres idiomes. Le gaulois est ainsi victime d’un linguicide tranquille. Il se créolise tout en conservant la structure du latin, puis devient l’un des dialectes romans. Chaque source latine fournit un mot hérité avec usure phonétique. Ainsi, au 10esiècle, diurnum « le jour » devient dj’ourn, djorn puis jour. Des siècles de création ont fait du français une langue élégante, claire, logique, solennisant la parole et l’écriture, un admirable réservoir de sens, de rythmes et d’images.
Source : Alain Rey, L’Amour du français. Contre les puristes et autres censeurs de la langue.