« Même si c’est la même fenêtre, tous ne voient pas la même chose. La vue dépend du regard. » (Alda Merini, 1931-2009).
Regarder, « diriger sa vue sur » dérive de garder. Au 11e siècle, il éclipse les variantes de même sens eswarder, esgarder, égarder, agarder, engarder, surgarder et pourgarder.
Le déverbal regard, écrit d’abord regart, exprime l’action de diriger ses yeux vers un objet, une personne, un spectacle pour voir, connaître, découvrir quelque chose : regard amical, amusé, amoureux, attentif, assassin, bovin, candide, condescendant, confiant, coquin, craintif, curieux, dédaigneux, ébloui, enflammé, ensorcelant, éperdu, étonné, exorbité, fourbe, franc, froid, hautain, honnête, impertinent, innocent, inquiet, ironique, langoureux, libidineux, mélancolique, narquois, noir, sévère, songeur, sournois, surpris, timide, tranquille, triste, vitreux. Mais aussi, selon les circonstances, regard d’admiration; de colère, de compassion, de défi, de mépris, de pitié, de regret, de satisfaction, de terreur.
Il s’emploie dans des locutions verbales indiquant qu’une chose est visible ou non : se découvrir, se dévoiler, se présenter, exposer, livrer, cacher, dérober, dissimuler, soustraire (quelque chose) au regard. « Mon logement, situé cinq mètres au-dessus du niveau de la rue (…) échappe au regard des passants. » (Georges Courteline, L’Article 330, 1900). Dans des situations. précisant le mouvement des yeux, les modalités ou le but de l’action : arrêter, attacher, braquer, diriger, fixer, porter, poser, promener son regard (sur quelqu’un ou quelque chose). Décocher, détourner, plonger son regard. Suivre du regard. Mieux, déshabiller, dévorer, embrasser du regard. Baisser, lever, tourner son regard. Dans des emplois faisant appel. à la sensibilité de chacun : accrocher, agacer, affliger, attrister, blesser, étonner, fasciner, fatiguer, frapper, offenser, réjouir le regard.
Au figuré, le mot décrit la manière de considérer, d’examiner quelque chose, la faculté de la représenter, de la juger : regard de la conscience, de l’esprit, de la raison, regard d’aigle, « net », regard historique, regard de Dieu. Par analogie, l’expression au premier regard signifie « au premier coup d’œil »; au regard de, « compte tenu de », « par rapport à », « du point de vue de » ou « en fonction de »; en regard de, « comparativement à ». La locution nominale droit de regard, droit de surveiller, d’exercer un contrôle.
Spécifiquement en géologie, il décrit l’ouverture entre une cavité souterraine et la surface. En architecture, le puits aménagé pour inspecter ou accéder à une infrastructure telle qu’un aqueduc ou une canalisation. En particulier, un soupirail : « Il finit par s’accroupir devant un des regards donnant sur les caves des halles. » (Émile Zola, Le Ventre de Paris, 1873). Et, en technologie, l’ouverture pratiquée dans la paroi d’un appareil, d’une machine pour surveiller son fonctionnement : regard vitré.
Devoir
Que signifie l’expression du 19e siècle regard à couper un clou?
- Manquer d’affabilité.
- Manquer d’amabilité.
- Manquer d’obligeance.
- Toutes ces réponses.
Réponse
Toutes ces réponses. Comme d’autres expressions qui dénotent la mauvaise humeur : Il s’est levé le cul en premier et être charmant comme une porte de prison (17e siècle), être de mauvais poil et être d’une humeur massacrante (18e), taper sur les nerfs et avoir un pet de travers (19e), faire la gueule et pas à prendre avec des pincettes (20e). Au Québec, les expressions usuelles être sur le gros nerf, se calmer le pompon, (ne pas) s’énerver le poil des jambes, respirer par le nez et avoir le feu au cul traduisent un état semblable de colère, de tension et d’énervement proche de la panique.
