Clins d’oeil 71-75

  • Bikini est cet atoll des îles Marshall dans le Pacifique où un essai de la bombe atomique a été effectué par les Américains. Dès 1946, le mot est enregistré comme marque déposée à Paris pour désigner un costume de bain féminin très réduit constitué d’un soutien-gorge et d’une culotte, laissant le ventre à découvert et dévoilant le nombril : enfiler un bikini. Qualifié de scandaleux à l’époque par le journal Le Monde parce que son souffle, cinglant comme l’explosion, provoquait « l’anéantissement de la surface vêtue » ainsi qu’une « minimisation extrême de la pudeur. » En 1964, le même maillot réduit à la culotte est lancé : le monokini.
    Source : Franck Resplandy, L’étonnant voyage des mots français dans les langues étrangères.
  • La racine latine minu- évoque l’idée de petitesse, valeur reprise dans la formation de plusieurs mots en français. Minute, « soixantième partie d’une heure » et « court instant » : minute de silence. Minutie, « attention portée aux détails », d’où minutieux. Minime et minuscule « très petit », « petite quantité d’argent » : somme minime, appartement minuscule; ou, en parlant d’un caractère d’imprimerie : lettre minuscule. Menu « fin, mince » : femme menue; et « qui a peu d’importance, peu de valeur » : menus détails. Menuisier, celui qui dégrossit, dans le sens de « réduire » et son composé amenuiser « rendre plus menu. »
    Source : René Garrus, Les étymologies surprises.
  • Oui marque l’acceptation en français, pour le meilleur et pour le pire : Oui je le veux. Mais il existe de multiples façons de l’exprimer. Dans le langage familier ou soutenu : ouais, OK, carrément dans le discours des jeunes, ça marche, ça roule, ,ça va en Belgique, dame oui, d’accord, entendu, pas de problème, pas de souci, bien, très bien, bien sûr, absolument, affirmatif, assurément, certes, certainement, évidemment, parfait, parfaitement, si, naturellement, exactement, tout à fait. Au Québec l’interjection familière ouin, prononcée avec une voyelle nasale allongée, s’emploie pour marquer un oui ironique ou hésitant, pour indiquer qu’on est sceptique face à une situation. L’équivalent du mouais en France.
    Source : Sous la direction d’Hélène Cajolet-Laganière, Pierre Martel et Chantal-Édith Masson, Dictionnaire Usito.
  • Le latin, l’arabe, le sanskrit, langue indo-aryenne, et ensuite l’espagnol, le portugais, l’anglais et le français figurent parmi les grandes langues de civilisation. Ces idiomes qui ont structuré des empires, véhiculé des religions majeures, porté des traditions philosophiques et littéraires, dont l’influence dépasse largement leur cadre géographique d’origine. Langues métissées comme les peuples qui les parlent. En français, si les grammairiens sont des créateurs de haute couture, des tailleurs sur mesure, qui habillent un mode de pensée, d’expression et d’échanges, ce sont ses locuteurs ordinaires qui en font un véhicule d’une spécificité culturelle, une commune attitude d’esprit, une construction faite d’une infinité de vocables réels, sonores, graphiques aux significations inépuisables.
    Source : Alain Rey, L’amour du français. Contre les puristes et autres censeurs de la langue.
  • Le suffixe -ille sert à former des noms féminins qui indiquent généralement l’idée de petitesse ou de diminution : brindille, faucille, flottille, gerbille, lentille. En espagnol, il prend la forme -illo, -illa à l’origine de plusieurs mots français qui revêtent cette même valeur diminutive : banderille initialement « petite bannière » de l’espagnol banderilla; cédille, le petit signe orthographique, de cedilla; cochenille, jonquille; manille, mantille « petit gilet » de mantilla; pacotille « marchandise de piètre qualité ou de faible valeur » de pacotilla; pastille « bonbon ou médicament à sucer » de pastilla; peccadille « faute légère, petit péché » de pecadillo; vanille de vainilla « petite gousse ».
    Source : Henriette et Gérard Walter, Dictionnaire des mots d’origine étrangère.