Rompre le charme

« La courtoisie donne du charme au savoir-vivre » (Parole de gentilhomme du 17e siècle).

Charme vient du latin carmen « formule magique, incantation » lui-même issu du sanskrit çañs  « célébrer. » Il entre dans la langue littéraire au sens élargi de « chant. » Sa forme actuelle est attestée au 12e siècle.

Le mot évoque d’abord une formule incantatoire et la puissance magique qui en résulte, synonyme d’enchantement, d’ensorcellement, d’envoûtement : être, tenir (quelqu’un) sous un charme, briser, dissiper, rompre un charme. Spécialement, en médecine : état de charme, état second de l’hypnose. Par image, il décrit l’objet ou le breuvage qui produit cet effet. « Sa mère, Sycorax, était sorcière (…) elle composait des charmes efficaces avec des crapauds, des escarbots et des chauves-souris. » (Anatole France, La Vie littéraire, 1892). La locution familière se porter comme un charme, comme par l’effet d’un charme, signifie jouir d’une santé robuste, déborder d’énergie et aller à merveille.

Littéraire, le mot décrit l’attrait puissant, la fascination que peut exercer sur nous une personne ou une chose : charme d’un regard, d’une promesse, de tristesse, de mystère, sauvage, secret, sensuel, céder au charme (de quelqu’un); le charme des eaux, de la lune, d’un paysage, des vieilles rues. « J’ai été pénétrée d’un tel charme, que j’ai eu simplement conscience d’une joie sans nom, tombant des feuillages, dormant sur les herbes. » (Émile Zola, La Faute de l’Abbé Mouret, 1875).

Usuel, il qualifie une qualité de grâce, de beauté, de rêve, de noblesse, ce qui a le pouvoir de plaire beaucoup, synonyme de douceur, délicatesse, bonheur, plaisir : charme du printemps, de l’amitié, de la bonté, de la nouveauté, avoir du charme, faire un numéro de charme. Et le caractère particulier agréable, poétique d’une atmosphère, d’un art, d’une occupation : charme de la conversation, de la flânerie, du football, des voyages. Au pluriel, le mot désigne les attraits physiques d’une femme. « Elle avait serré ses charmes dans un corset majestueux. » (Pierre Jean Jouve, La Scène capitale, 1935).

Les dérivés présentent la même évolution d’affaiblissement du sens initial. Charmer « soumettre à une opération magique » glisse vers le sens moderne de « plaire, séduire. » Charmeur, charmeuse, d’abord charmeresse au 13e siècle, désignait proprement la personne qui pratique la magie, valeur forte conservée dans charmeur de serpents. Le mot aujourd’hui se banalise en « personne qui séduit, qui fascine », puis, « personne aimable, adorable. » Charmant « agréable » conserve sa valeur de « séduisant à l’extrême », notamment dans l’expression empruntée aux contes de fées, Prince charmant.

 

Devoir

 Faire du charme signifie tenter de séduire quelqu’un. Complétez les expressions suivantes ayant le même sens. 

  • Conter fle _ _ _ _ _ _ .
  • Dra _ _ _ _ .
  • Faire du p _ _ _ .
  • Faire le joli co _ _ _ .
  • Faire les yeux d _ _ _ .

Réponse

 

  • Conter fleurette.
  • Draguer.
  • Faire du plat.
  • Faire le joli cœur.
  • Faire les yeux doux.

Comme d’autres expressions quasi-oubliées du passé : avoir la fesse tondue, se disant d’un séducteur malin et sans scrupules en matière amoureuse au 16e siècle, battre le briquet, courir la gueuse, faire des yeux de carpe frite, faire le genou, jouer de la prunelle, montrer ses estampes japonaises une invitation sans ambiguïté faisant référence à l’érotisme de ces gravures, et l’indémodable habitez-vous toujours chez vos parents!