Droit au but

« Le seul voyage qui vaille est celui que nous faisons là où nous sommes, toutes écoutilles au vent, quand notre but n’est pas de conquérir le monde mais d’être conquis par lui. » (Francis Cabrel).

But vient de butr « bûche » en ancien norrois, langue parlée par les Vikings du 8e au 14e siècle et qui désignait une pièce de bois servant de cible pour le tir à l’arc. Des formes signifiant « rondin, billot » existent encore dans le même groupe germanique : l’anglais butt, l’allemand Butze, le danois but et le néerlandais bot.

En français, le mot est rare avant le 16e siècle. Il désigne un point, un objet que l’on vise afin de le toucher avec un projectile : tirer au but, toucher le but, synonyme de mettre dans le mille, faire mouche. Spécialement, chez les militaires des 16 et 17e siècles, les exercices de tir au canon ou avec des armes à feu, l’expression tirer de but en blanc signifiant, d’une butte, « viser le blanc de la cible. » Sens qui évoluera en « brusquement, sans détour » : « Au milieu du lac, il me demanda, de but en blanc, si je voulais apprendre à nager. »

Par extension, le mot décrit un point de l’espace que l’on s’efforce d’atteindre : but d’une expédition, arriver le premier au but. Qui s’applique à plusieurs aspects des sports d’équipe : espace délimité par des poteaux et une barre transversale : but (au football) dans lequel les joueurs doivent placer le ballon et l’acte de marquer, but en or, le premier but inscrit en prolongation qui arrête le match; but (au hockey), ligne de but, zone de but, gardien de but; au baseball, la position des joueurs à l’avant-champ : premier but, deuxième but, troisième but, et le nom des bases que les frappeurs, en cognant la balle, doivent franchir pour marquer un point.

Au figuré, il indique la fin que l’on se propose d’atteindre, l’intention animant un acte ou motivant une démarche, une orientation fondamentale que l’être humain s’efforce de donner : poursuivre un but, converger vers un but, but éducatif, commercial, politique, utilitaire, philanthropique, thérapeutique, criminel, intéressé, synonyme d’objectif. « La formule sacrée du positivisme : l’amour pour principe, l’ordre pour base et le progrès pour but. » (Auguste Comte, 1798-1857). L’expression usuelle aller droit au but signifie « faire preuve de sincérité, dire les choses franchement. » Toucher au but, « résoudre une difficulté. »

Parmi la dérivation de but, riche en développements sémantiques, figure butte, un temps son féminin, dont l’influence explique en partie la prononciation du /t/ final du mot en France : être en butte (à), être la cible de vexations, quolibets, tourments. Buté, butée, dispositif arrêtant ou limitant le mouvement d’une pièce, butant, butoir, date butoir, buter qui a évolué avec l’idée voisine de « toucher violemment à », « heurter », « se braquer », rebuter, au 12e siècle, « repousser du but », rebut qui exprime d’abord l’action de rejeter quelqu’un ou quelque chose, rebutant/rebutante, rebutage.

 

Devoir

Dans le domaine du jeu, quel autre dérivé de but a eu d’abord le sens de « coup pour décider qui jouera le premier » avant de prendre la valeur plus générale de « commencement d’une action »?

D _ _ _ _ .

Réponse

Début. À noter que débutant a d’abord désigné, au 18e siècle, toute personne commençant dans le domaine du spectacle et que débuter a signifié à la pétanque « écarter du but, le cochonnet, la boule d’un adversaire » avant d’adopter leur sens usuel.