Clins d’oeil 66-70

  • Feu, du latin focus, est d’abord orthographié fou au 9esiècle. Il adopte plusieurs tournures usuelles dont au coin du feu, feu de joie, feu de forêt, baptême du feu, tempérament de feu, feux de signalisation. Parmi ses dérivés et composés figurent foyer, furole « feu follet » et couvre-feu. Cependant, son appellation ancienne fou est à l’origine de dérivés méconnus : affouage, droit de prendre du bois de chauffage dans la forêt communale; fouace, galette cuite sous la cendre ou au four; fouage, redevance féodale au Moyen Âge; fouaille, abats de sanglier cuits au feu, donnés aux chiens après la chasse; fouée, feu allumé dans le four du boulanger.
    Source : Laurent Dubé, Le printemps français ou de la naissance des mots.
  • Au 17esiècle, le premier Dictionnaire de l’Académie française recense près de 20 000 mots. Les grands dictionnaires de référence actuels (Larousse, Robert) en répertorient jusqu’à 200 000. Les plateformes en ligne (Wiktionnaire), plus de 400 000. Patrimoine culturel issu des auteurs classiques, mots appris à l’école, lus ou entendus dans les médias, langue des philosophes, des juristes, des tribunaux, de l’administration, des sciences et technologies, langage de la rue à la prodigieuse liberté créatrice. Créole du latin, le français, n’a pas cessé d’évoluer en modifiant, notamment, ses conventions orthographiques, changeantes comme les modes vestimentaires. Parler français, ce n’est plus habiter un territoire, c’est appartenir à une communauté linguistique universelle.
    Source : Pierre Encrevé et Michel Braudeau, Conversations sur la langue française.
  • Lorgner vient du francique lurni « guetter », une langue parlée du 5au 8esiècles par le peuple des Francs, dans des régions correspondant au nord de la France actuelle, à la Belgique et aux Pays-Bas. Porteur à l’origine d’une idée d’espionnage, le verbe prend, au 17esiècle, le sens de « regarder une femme avec désir, de loin, sans être repéré » et « fixer avec envie quelque chose. » Son principal dérivé lorgnette a d’abord désigné une petite ouverture qui, dans un éventail placé devant le visage, permettait aux dames de reluquer les élégants gentilhommes en toute discrétion. Aujourd’hui, le mot décrit une petite lunette d’approche portative.
    Source : Sous la direction de Chantal Lambrechts, Grand dictionnaire étymologique et historique du français. 
  • Entendu à la messe dans les années 1960 au Québec : Le prêtre : « Kyrie eleison » . Les fidèles en chœur : « Seigneur, prends pitié. » Expression grecque, reprise telle quelle en latin. Il s’agit d’une invocation liturgique répétée en boucle durant les offices catholiques. Kyrielle en est l’abréviation. Au 12esiècle, le mot désigne une suite interminable, fastidieuse de paroles, de mots, de choses : kyrielle d’invectives, kyrielle de reproches. « Je distribue des aumônes à tout ce monde, et recueille toute une kyrielle de bénédictions et de salams. » (Pierre Loti, Aziyadé, 1879). Par extension, il décrit un vaste cortège : kyrielle d’admirateurs, kyrielle d’amis.
    Source : Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition (2024). 
  • En boulangerie, croissant, à base de pâte levée et feuilletée, est indubitablement français : croissant au beurre, croissant aux amandes. Mais le mot résulte de la traduction de l’allemand Hörnchen « petite corne. » Pâtisserie, plutôt une brioche créée à Vienne en 1689 pour souligner la levée du siège de la ville par les Turcs dont l’emblème national arbore la forme d’un croissant de lune. Nouille vient aussi de l’allemand Nudel et désigne une pâte alimentaire popularisée au milieu du 17esiècle. Au 19esiècle, bretzel est emprunté à l’allemand Brezel, probablement par l’alsacien bretzel « bras »; le célèbre petit pain salé ayant la forme de deux bras enlacés.
    Source : Henriette et Gérard Walter, Dictionnaire des mots d’origine étrangère.