À l’ombre des jeunes filles en fleurs

Roman de Marcel Proust (1871-1922). Écriture serrée, petits caractères, 568 pages. Me suis rendu à la 112e. Pas capable de le terminer. Comme ce fut le cas pour L’éducation sentimentale de Gustave Flaubert (1821-1880). Dont le héros met 900 pages sur 950 à avouer à la femme qu’il convoite qu’il voudrait coucher avec elle. J’ignore encore s’il a réussi (quelqu’un pourrait me raconter la fin?).

Proust s’est mérité le Prix Goncourt, édition 1919, pour ce roman. Maître incontesté de la concordance des temps verbaux, marquant la simultanéité, la postériorité ou l’antériorité du verbe principal au verbe subordonné. Dans les constructions les plus difficiles: passé simple au passé du subjonctif, conditionnel présent à l’imparfait du subjonctif, passé antérieur au plus-que-parfait du subjonctif.

Ce qui donne des phrases très longues (j’en ai compté une de 29 lignes à la page 18) et très complexes comme celles-ci: « Je me rendis compte aussitôt que ces phrases que j’avais prononcées et qui, faibles encore auprès de l’effusion reconnaissante dont j’étais envahi, m’avaient paru devoir toucher M. de Norpois et achever de le décider à une intervention qui lui eût donné si peu de peine, et à moi tant de joie, étaient peut-être (entre toutes celles qu’eussent pu chercher diaboliquement des personnes qui m’eussent voulu du mal) les seules qui pussent avoir pour résultat de l’y faire renoncer. »

Ou cette autre: « Mais, même si j’avais pu me rendre compte que la mission dont ne s’acquitta pas M. de Norpois fût restée sans utilité, bien plus, qu’elle eût pu me nuire auprès des Swann, je n’aurais pas eu le courage, s’il s’était montré consentant, d’en décharger l’ambassadeur et de renoncer à la volupté, si funestes qu’en pussent être les suites, que mon nom et ma personne se trouvassent ainsi un moment auprès de Gilberte, dans sa maison et sa vie inconnues. »

Le roman, dans cette première centaine de pages, m’a fait curieusement penser au film Amadeus sorti en 1984. Quand Joseph II, empereur du Saint-Empire, dit à Mozart, venu jouer pour lui à Vienne, qu’il y a trop de notes dans sa musique.

Il y a trop de mots dans le roman de Proust. Ainsi écrit-il: « En sachant que l’aveu d’une forte sensation produite par une femme rentre, à condition qu’on le fasse avec enjouement, dans une certaine forme particulièrement appréciée de l’esprit de conversation, il éclata d’un petit rire qui se prolongea pendant quelques instants, humectant les yeux bleus du vieux diplomate et faisant vibrer les ailes de son nez nervurées de fibrilles rouges. »

Traduction: L’ambassadeur rougit à la vue d’une belle femme et mûrit une pensée cochonne.

Ou cette autre: « Ils (les parents) avaient demandé qui avait sonné, et apprenant que c’était moi (l’ami de leur fille), m’avaient fait prier d’entrer un instant auprès d’eux, désirant que j’usasse dans tel ou tel sens, pour une chose ou pour une autre, de mon influence sur leur fille. »

Traduction: Dis-moi le jeune, quossé qu’a veut, notre fille?

Un long bavardage donc, mais très bien écrit, qui évoque une autre époque dont Proust résume la mentalité, pour une fois, dans un petit bout de phrase: « … ce qui rapproche, ce n’est pas la communauté des opinions, c’est la consanguinité des esprits. »

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