M’enfin

L’adverbe enfin, orthographié aussi anfin, s’écrit d’abord en deux mots, en, fin au 12e siècle, par comparaison avec la locution latine in fine, francisée, qui s’utilise parfois avec un sens identique en français.

Synonyme de à la fin, finalement, pour terminer, il s’emploie avec une valeur temporelle. Pour indiquer que l’action se déroule après un long espace de temps, après une longue attente : « Après s’être empêtrés à plusieurs reprises dans les roulières boueuses et d’avoir poussé sur la voiture dans le but d’alléger la charge de Grattan, Elwin et Mary arrivèrent enfin à la cabane » (Lina Savignac, L’Irlandais, 2011). Que l’action marque la fin d’une description, d’un développement, d’une énumération : « Après les huîtres, qui furent trouvées très fraîches, une caisse de foie gras aux truffes, et enfin la fondue » (Jean Anthelme Brillat-Savarin, Physiologie du goût, 1825).

Synonyme de bref, en un mot, voilà, il s’applique avec une valeur logique aux discours qui doivent s’abréger, se conclure, s’interrompre : « (…) ces petites grandes filles m’agacent, ça a peur de se déchirer aux ronces (…), ça crie, c’est fatigué – insupportables enfin » (Colette, Claudine à l’école, 1900). Synonyme de cependant, néanmoins, malgré tout, il exprime l’opposition ou la corrélation : « Oh! Nous avons un jardin, dirent-elles, avec non pas de l’orgueil, mais enfin un peu de joie d’avoir quelque objet de luxe à montrer » (Stendhal, Souvenirs d’égotisme, 1832).

Le plus souvent dans une phrase exclamative, il revêt diverses valeurs émotionnelles. Comme la résignation : « Enfin, c’est la vie! » L’impatience : « Mais enfin! » Formule abrégée en M’enfin! par Gaston Lagaffe dans sa bande dessinée. La colère : « Laissez-moi passer enfin! » L’étonnement ou la peur : « Spectre, qui que vous soyez, dégagez de ma chambre, enfin! » La satisfaction, le soulagement : « Ma pitoune d’amour, enfin seuls! »

 

Devoir

Nous sommes en 2024 après Jésus-Christ. Toute la francophonie considère que l’adverbe enfin est invariable… Toute? Non. Des irréductibles locuteurs d’un français régional résistent toujours à l’envahissant français standard et utilisent l’adverbe à sa forme féminine, enfine. Et la vie n’est pas facile pour toutes ces garnisons de grammairiens retranchés derrière leurs règles. Qui sont-ces résistants?

Les Ban _ _ _ _ .

Réponse

Les Bantous « humains ». La famille des langues bantoues regroupe plus de 400 parlers africains dans une vingtaine de pays de la moitié sud du continent. Des règles d’accord propres à leur langue maternelle et à leur culture « genrée » se répercutent dans le français que les Bantous apprennent à l’école et utilisent dans la vie quotidienne. En voici un exemple: « Nous voulons des hôpitaux pour les hommes et des hôpitales pour les femmes, des écoles normales pour les jeunes filles et des écoles normaux pour les jeunes gens. Enfin et enfine, nous demandons la création de tribunales dans la brousse comme il y a des tribunaux dans les centres urbains. » (Jean-Pierre Makouta-Mboutou, Le français en Afrique noire. Histoire et méthodes de l’enseignement du français en Afrique noire, Bordas, 1973).