Chanter la pomme

Le mot pomme est issu du bas latin poma, pluriel neutre à valeur collective, du latin classique pomum désignant le fruit comestible d’un arbre, qu’il soit à noyau ou à pépins. Cette valeur générale de « fruit » est sortie d’usage, sous la concurrence d’une dénomination plus concise: pomme de paradis étant évincé par banane; pomme grenate par grenade, mais conservé dans l’anglais pomegranate; pomme d’orange étant éliminé au profit d’orange. Il prend le sens particulier de « fruit du pommier ». En cuisine, il forme divers syntagmes: pomme cuite,…

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Il y a un -ique

Le suffixe est un élément lexical qui s’ajoute à la fin d’un mot existant pour former un nouveau mot. Il change la catégorie syntaxique du mot de base de nom à verbe: zigzag, zigzaguer; d’adjectif à nom: robuste, robustesse; de verbe à nom d’action: renverser, renversement; de verbe à nom d’agent: chercher, chercheur; de nom à adjectif: crasse, crasseux. S’il ne la change pas, il y ajoute une nuance sémantique ou stylistique: tousser, toussoter, jaune, jaunâtre. L’élément –ique, du latin –icus, « relatif à, qui est propre à », est le suffixe…

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Nounouneries

Nono est hérité des parlers régionaux de France relevé en lorrain: nono « homme irrésolu »; et, sous des formes voisines, en bourguignon et en franc-comtois: nioniot, « nigaud »; en picard, en franc‑comtois et dans le parler populaire de Paris: gnogno « niais »; en poitevin, en bourguignon et en wallon: nonot; en picard et en français du 19e siècle: gnognote « personne de peu de valeur », « femme simple d’esprit ». Au Québec il est relevé depuis 1950 comme nom masculin dépréciatif pour désigner un imbécile, quelqu’un qui n’est pas très malin. Il est employé familièrement dans…

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Niveaux de lecture

PREMIER NIVEAU Le mot lecture est emprunté au latin médiéval lectura « fait de lire », « étude, érudition, commentaire juridique ». Les premières attestations réalisent le sens de « récit, enseignement » et la spécialisation religieuse de « texte liturgique » lu ou chanté: lecture de l’office. Le sens courant d’« action de prendre connaissance d’un texte en le lisant pour soi, pour l’instruction ou le plaisir », est attesté depuis le 16e siècle: salle de lecture, goût de la lecture. Par métonymie, il désigne « ce qu’on lit », des livres, des journaux, des…

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Chair à canon

Le français a emprunté à l’italien tout un vocabulaire relatif à la guerre. Certains mots ne sont plus que des souvenirs littéraires: mousquet, tromblon. D’autres sont restés usuels: soldat, de soldato, « celui qui touche une solde », sentinelle de sentire « entendre », estafette de staffa « étrier », bombe de bomba. Canon est issu de l’ancien italien cannone, augmentatif de canna « tube, conduit, tuyau ». Pièce d’artillerie, l’italianisme a remodelé le sémantisme du mot avec une phraséologie propre: poudre à canon, chair à canon. Il symbolise une politique belliqueuse. En…

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Dire amen

Amen est issu de l’hébreu āmēn « sincère, vrai ». Le mot se rattache au verbe amn « être fidèle », « être établi », « croire »; racine qui a aussi fourni les formes emouna « foi » et emana « confiance ». Il décrit une formule d’assentiment prononcée à la suite d’un discours général ou d’une prière. Qu’on retrouve dans la Bible hébraïque, les Évangiles et le Coran. Chez les Juifs, amen est une déclaration de foi et d’affirmation d’une assemblée pour marquer l’accord à ce qui vient d’être dit. Chez…

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Au compte-gouttes

Le mot goutte est issu du latin gutta « goutte de liquide », « tache en forme de goutte », et, au figuré, « petite partie, parcelle ». Il conserve le sens latin de « petite quantité de liquide » dans la locution adverbiale goutte à goutte et dans les expressions figurées se ressembler comme deux gouttes d’eau, ne pas avoir une goutte de sang dans les veines, avoir la goutte au nez. Par extension, il désigne une unité de mesure en pharmacie et une petite quantité de boisson alcoolisée.…

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Les affres de la création

Affres est issu du gotique aifr, « horrible, terrible » par l’ancien provençal afre, « horreur, épouvante ». Il signifie d’abord « effroi » puis, par extension, « angoisse née d’inquiétudes intellectuelles, morales, psychologiques »: les affres du désespoir, les affres du doute, les affres de l’amour, les « tourments provoqués par l’amour ». L’emploi au singulier est limité au domaine littéraire, notamment en poésie. (La ville) Victorieuse, elle absorbe la terre Vaincue, elle est l’affre de l’univers. (Émile Verhaeren, Les villes tentaculaires) Dans les romans, les personnages y sont « en proie » à tout propos, plongés dans les affres de…

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Intérieur nuit

Marisha Pessl écrit des briques. Son premier roman, La physique des catastrophes, publié en 2007, comportait 822 pages. Intérieur nuit, publié en 2015 chez Gallimard, mon cadeau de Noël de l’année dernière, en contient 849. C’est l’histoire, comprends-tu, de Scott McGrath, journaliste d’investigation, qui veut faire la lumière sur le présumé suicide d’Ashley Cordova dans le Chinatown de New York. Ashley est la fille de Stanislas Cordova, légendaire réalisateur de films d’horreur. Un être réputé maléfique avec qui Scott a eu des démêlés dans le passé en cherchant à le…

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Ligne de départ

L’emploi du verbe départir, au sens ancien de « partager, faire le départ entre deux choses, distinguer nettement », s’est progressivement restreint puis est sorti d’usage au profit de répartir et départager. Le sens de « se séparer d’un lieu », « s’en aller » ne survit que dans le déverbal départ qui est devenu le nom d’action correspondant à partir, créant une anomalie morphosémantique. Le mot exprimant le « fait ou le moment de partir » est entré dans quelques locutions usuelles: heure du départ, préparatifs de départ, être sur son départ, « prêt à partir », départ à…

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