Les mâles

Chacun sait que la veuve noire trouve que son mâle ne sert pas à grand-chose à part la féconder. Aussi cette souveraine araignée s’efforce-t-elle, après un bref coït, de le démembrer et de l’engloutir vivant une seconde après l’accouplement. Dans le livre des records Guinness, il doit s’agir de la relation sexuelle la plus courte du monde animal.

Mais d’autres mâles subissent un sort pire encore. Chaque année dans le monde, 4 milliards de poussins mâles sont tués dès la petite enfance simplement parce qu’ils seront incapables de pondre un œuf. Et qu’ils n’ont aucune valeur commerciale puisque que seuls les reproducteurs des élevages de sélection et des élevages de multiplication sont nécessaires pour fertiliser les œufs.

La plupart des méthodes d’abattage des poussins s’exercent sans anesthésie ou étourdissement des oiseaux et avec la plus grande brutalité. Le broyage : les poussins à peine éclos sont placés sur la bande transporteuse d’un broyeur haut débit et déchiquetés séance tenante. La dislocation cervicale : le cou des oiseaux est brisé. L’électrocution : un courant électrique passe à travers le corps des poussins et les tue. L’asphyxie : les poussins sont placés dans des sacs de plastique réutilisables jusqu’à ce qu’ils étouffent. Le gazage : le dioxyde de carbone induit la perte de conscience et la mort des oiseaux. Quelques millions des poussins échappent à ce triste sort : ceux qui, dans le marché de l’alimentation animale, serviront à nourrir reptiles et rapaces.

Y a-t-il une alternative à ce massacre ? Oui : l’ovosexage. Procédé qui, pour les curieux, n’est pas une nouvelle position sexuelle mais une méthode récemment développée qui permet de déterminer le sexe des embryons dans l’œuf ; donc d’éliminer les oisillons mâles avant l’éclosion ; soit avant qu’ils ne deviennent sensibles à la douleur lorsqu’ils sont exterminés.

Question : l’élevage avicole industriel est-il un prélude à ce qui pourrait arriver aux mâles humains dans un avenir, espérons-le, pas trop rapproché? Puisque la femme n’a besoin qu’accessoirement de l’homme pour procréer, elle pourrait faire comme avec les poussins : sélectionner les meilleurs reproducteurs et conserver leur semence dans des éprouvettes pour assurer son avenir; garder quelques millions d’hommes pour réaliser les travaux lourds autour de la maison, tondre le gazon l’été et passer la souffleuse l’hiver; consigner quelques millions d’autres spécimens pour les travaux ménagers, préparer les repas et faire les courses, tous castrés, car comme dit le dicton, on ne fait pas d’hommelettes sans casser des œufs; établir une caste de bêtes de sexe enfermées dans des maisons closes pour assouvir ses bas instincts à la sortie des bars ou après une soirée au cinéma le vendredi soir car, comme chacun sait, LE VENDREDI, ON FAIT L’AMOUR.

Et, finalement, éliminer les milliards de bozos qui peuplent notre monde patriarcal en décrépitude depuis 5 000 ans. Émules de Donald Trump ou Vladimir Poutine, oligarques, machos, phallos, fachos, nonos, pseudos supérieurs aux autres, fendants, mal-pensants, insolents, intrigants et j’en passe. Les hommes ont eu leur chance de créer une société meilleure mais ne l’ont pas saisie. Alors, place aux femmes et à la voie matriarcale.