Signe de piastre

Dollar est issu de l’allemand thaler, une monnaie d’argent frappée en 1519. Le mot désigne ensuite une unité monétaire anglo-américaine divisée en 100 cents. Laquelle est utilisée dans une trentaine de pays dont les États-Unis, l’Australie, la Jamaïque, la Namibie et Singapour. Au Canada, elle est la dénomination officielle depuis 1907. L’impérialisme de la monnaie américaine engendre les composés eurodollar et pétrodollar. Au Québec, dollar est appelé familièrement piastre, mot attesté en français depuis 1595 et emprunté à l’italien piastra qui signifie « plaque de métal »: billet de vingt piastres.…

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Pattes de mouche

Le mot mouche est issu du latin musca. Il possède des dérivés dans diverses langues aux racines indo-européennes comme le lithuanien musià, le slave mucha et l’islandais my. Jusqu’au 17e siècle, il désigne non seulement la bestiole elle-même mais aussi d’autres insectes: la mousche aux chevaus ou taon, la mouche à miel ou abeille, la mouche cornue ou scarabée, la mouche à chien ou tique et, au Québec, la mouche à feu ou luciole. Par analogie avec les caractéristiques des petits insectes, le mot développe plusieurs sens figurés dans diverses…

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Les souvenirs

Les souvenirs de David Foenkinos. Ben oui, encore lui. C’est l’histoire, comprends-tu, de la rencontre de Paul et Louise. Paul est un jeune homme solitaire. Il rêve de devenir écrivain. En attendant il travaille comme veilleur de nuit (quelle jolie expression) dans un hôtel. Puis il rencontre Louise. En voici des petits bouts. (Quand Paul se rend compte, très jeune, qu’il n’a pas le sens de la répartie et qu’il ne pognera jamais beaucoup avec les filles) J’ai si souvent été en retard sur les mots que j’aurais voulu dire.…

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Le marchand de ballons

Un enfant noir regarde un vieux marchand de ballons dans la rue. Ses yeux brillent. Il y a des ballons de toutes les couleurs: rouges, bleus, blancs, noirs, jaunes. Le garçon hésite, puis prend son courage à deux mains et s’approche du marchand. « Dis, Monsieur, est-ce que les ballons noirs volent aussi haut que les autres? » Le vieil homme sourit, prend le garçon dans ses bras et l’installe sur un muret. Puis il lâche tous ses ballons qui s’envolent en grappe et montent, montent dans le ciel, jusqu’à…

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Trousser la jupe

Le mot jupe vient de l’ancien italien du Sud jupa « veste d’origine orientale », par le sicilien giubba « tunique », pris à l’arabe djubba « veste de dessous, long sous-vêtement en laine ». Au 12e siècle, il désigne un pourpoint d’homme ou un vêtement de femme ajusté sur le buste. Il change de valeur au 17e siècle pour nommer un vêtement féminin qui descend de la ceinture aux pieds: jupe de dessous, jupe de dessus, qui supplante cotillon. Plus ou moins bas selon la mode et le reflet de mentalités…

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Effet boomerang

Certains mots sont immédiatement reconnus comme de provenance étrangère même si l’on ne peut pas toujours deviner la langue d’origine. Ainsi ersatz « produit de remplacement », est issu de l’allemand; geyser de l’islandais; fjord du norvégien; zakouski du russe, bien qu’il décrive aussi des hors-d’œuvre polonais; panini de l’italien; kiwi l’oiseau coureur, du maori; kiwi le fruit à la peau velue au goût acidulé, du chinois mais par allusion à l’oiseau quand on importa le fruit pour le cultiver en Nouvelle-Zélande en 1910. Les mots indigènes d’origine australienne, kangourou, koala,…

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Q comme Québec

L’alphabet radio international a été mis au point en 1956. Il s’agit d’un code phonétique qui consiste à désigner chacune des 26 lettres de l’alphabet par un mot entier ayant pour initiale la lettre représentée. Son objectif est de rendre les communications radio plus audibles, éviter les confusions qui risquent de se produire lorsqu’il y a des parasites et des interférences dans les transmissions, éliminer les ambiguïtés entre les sons proches comme « m » et « n », « b » et « p » et prévenir les problèmes d’incompréhension liés…

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Less is more

Économe, l’anglais abonde en petits mots et en formules courtes qui en disent davantage qu’un long discours; une bonne raison, pour les locuteurs de la langue française, de recourir à lui dans la conversation courante, surtout s’il s’agit de décrire une notion nouvelle propre à cette culture. Trip traduit l’état résultant de l’absorption d’hallucinogènes chez les toxicomanes. Dans le français courant, son sens évolue. De la notion de voyage mental, on passe à celle d’aventure intérieure puis à celle de préoccupation essentielle: la philatélie, c’est pas mon trip.  Comme toujours,…

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Bain sauna

L’apport des langues finno-ougriennes au français est modeste. Le hongrois a produit coche, goulache, hussard, paprika, sabre. Le same, parler des Lapons, a donné morse et toundra, en passant par le russe. Le finnois a fourni sauna, aussi orthographié sous cette forme en anglais, en danois, en espagnol, en italien, en lituanien, en néerlandais, en polonais, en portugais et en tchèque. Le mot est issu de savria, construit sur sakna « logement d’hiver », désignant un trou creusé dans la neige comme abri provisoire. Relevé en 1930 et répandu vers 1950,…

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Mélange des genres

Genre est issu du latin genus, generis « naissance », « origine commune », « manière ». Il revêt d’abord la valeur vieillie de « catégorie, espèce » liée à la notion de race, de lignée, qui subsiste dans génération, formé à partir du même étymon latin. Le sens de « sorte, type », genre de chapeau, s’applique dans les locutions en son genre, se donner un genre, genre de vie. Le mot prend ensuite sa valeur dominante de « classe d’êtres ou d’objets présentant des caractères communs »: genre humain, évolution…

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Dresser la guillotine

Le mot guillotine est formé sur le nom de famille de Joseph Ignace Guillotin. Médecin, homme politique et militant pour la réforme de la peine capitale, il préconisa, au début de la Révolution française, en ces temps où l’égalité des citoyens était fraîchement affirmée, l’usage d’un instrument de supplice unique pour tous les criminels. Procédé jugé moins cruel que la décapitation à la hache ou au sabre, la pendaison, l’écorchage, la strangulation, l’écartèlement ainsi que le chatouillement des pieds enduits de sel par une chèvre jusqu’à l’apoplexie hystérique, populaire chez…

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Signe de tête

Le mot tête est issu du latin testa, « récipient en terre cuite », d’où « coquille », « carapace », puis, par métaphore plaisante, « boîte crânienne ». Il désigne la partie supérieure du corps humain contenant le cerveau et les principaux organes des sens qui tient au tronc par le cou: mal de tête, synonyme familier de caboche. Il décrit spécialement la personne elle-même ou sa représentation: tête de pipe, tête de Turc; le visage quant aux traits et à l’expression: drôle de tête; une unité de mesure de cette…

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Sirop d’arabe

Rapporté des Croisades, le mot sirop est issu du latin médiéval syrupus, sirupus, adaptation de l’arabe charâb « boisson » ou « potion ». Il désigne une solution de sucre dans de l’eau ou du jus de fruits d’aspect visqueux, additionnée de substances aromatiques ou médicamenteuses ou d’autres agents utilisés comme correctifs de goût: sirop de groseille, sirop de cerise, sirop pectoral. Par analogie, il se dit de l’état liquide des confitures avant qu’elles aient pris la consistance de la gelée en refroidissant. Il s’emploie, par plaisanterie, pour désigner l’eau naturelle, l’eau de…

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Facile à émouvoir

Le verbe émouvoir représente l’aboutissement du latin populaire exmovere du latin classique emovere « mettre en mouvement ». Ce sens étymologique de « remuer, bouger » ne subsiste en français que dans un emploi littéraire : « Un léger souffle émouvait les peupliers; je les entendais frémir » (François Mauriac). Au 17e siècle, le sens figuré aujourd’hui courant de « susciter un sentiment », « toucher en éveillant une sympathie profonde, un intérêt puissant », émouvoir l’être, émouvoir le cœur, élimine le sens propre, réservé à mouvoir. Il revêt la même valeur à la…

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En cas de bonheur

J’ai terminé la lecture de En cas de bonheur, mon cinquième roman de David Foenkinos. C’est l’histoire, comprends-tu, de Claire et Jean-Jacques qui vivent depuis  8 ans ensemble. Ils ont une petite fille de 6 ans. Une relation sans histoire, sans rebondissements. Pis un jour, Jean-Jacques, va savoir pourquoi, décide de tromper sa femme avec Nadia, une collègue de bureau. Claire le sait tout de suite parce que Jean-Jacques se met à s’absenter de la maison, lui qui ne s’absente JAMAIS de la maison. Elle le fait suivre par un détective…

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Jusqu’au cou

Cou est issu du latin collus, devenu collum. Chez les vertébrés, le mot désigne la partie amincie du corps qui unit la tête au tronc: naissance du cou. Par analogie de forme, il décrit la partie étroite et allongée d’un vase, le goulot d’une bouteille, d’un récipient. En ameublement, cou de cygne est un motif de style Empire. Au figuré, il entre dans la formation de nombreuses locutions expressives: saisir par la peau du cou, se pendre au cou (de quelqu’un), se jeter à son cou, « l’embrasser avec effusion », se…

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Voir du caoutchouc

Avec la découverte du Nouveau Monde, un vocabulaire exotique s’introduit puis devient usuel dans la plupart des langues du Vieux Continent. Caoutchouc est emprunté au quechua cahutchu, littéralement « bois qui pleure », soit l’arbre et la résine que les autochtones du Pérou en tirent. En 1736, le naturaliste Charles-Marie de La Condamine répand le mot et la chose en France et, de là, en Europe. Aujourd’hui, il désigne la substance élastique, imperméable et résistante, obtenue par coagulation du latex de certaines plantes ou élaborée artificiellement, caoutchouc naturel, caoutchouc synthétique,…

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Biodiversité

L’élément préfixal bio- est emprunté au grec bio-, représentant de bios, nom-racine thématique désignant la vie en tant que phénomène organique. Il est peu productif avant le 19e siècle, formant biographe et biographie, « fait d’écrire le récit d’une vie, ouvrage portant sur la vie d’une personne », desquels sont issus les dérivés devenus usuels biographique, biographier, autobiographie. Ce genre littéraire, qui existe depuis l’antiquité gréco-latine, est illustré d’abord par les vies de saints et, depuis la Renaissance, d’artistes, de savants et de personnages historiques. Il sert à former des composés…

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La marche de l’empereur

Depuis deux semaines, l’Urgence des hôpitaux du Québec déborde de patients qui s’y présentent avec des fractures des jambes, des épaules, des bras, de la hanche, du bassin, du crâne. Victimes du temps froid et du verglas qui a transformé les trottoirs et la chaussée en patinoires. Peuple des pays polaires, voici cinq choses que vous devez savoir pour prévenir les chutes sur les trottoirs, « glissants comme de la glace glissante », disait Passe-Montagne. Évaluez la chaussée. Foncez si elle est sèche. Ralentissez si elle réfléchit la lumière, vous…

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Rongé d’ulcères

Le mot ulcère vient de l’ancien provençal ulcera par le latin ulcus, ulceris « blessure à vif », et « plaie » physique ou morale, sens que l’on rapproche du grec elkhos « blessure ». En français comme en latin, c’est un terme médical qui qualifie la perte de substance de la peau et des muqueuses, formant une ou plusieurs plaies qui ont tendance à ne pas se cicatriser et dont l’évolution s’avère chronique: ulcère de l’estomac, ulcère du poumon, ulcère tuberculeux, ulcère variqueux, ulcère gastrique. Par analogie, il s’emploie en botanique…

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Faire languir

Le verbe languir vient du latin tardif languire, altération du latin classique languere « abattu, nonchalant, mou », d’une racine indoeuropéenne exprimant le relâchement que l’on retrouve aussi dans lâcher et laisser. En français, il conserve ce sens vieilli d’« état d’abattement prolongé affaiblissant le corps et l’esprit »: languir de chagrin. Il signifie « manquer d’animation, d’entrain, de vigueur », en parlant d’une chose, d’une œuvre de l’esprit: la conversation languit; « rester dans une situation pénible »: languir en exil: « attendre avec impatience, ressentir péniblement l’absence de quelqu’un »: faire languir,…

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Tellement drabe

En français québécois, l’adjectif drabe est emprunté à l’anglais drab « fade, terne, morne, gris ». Le mot s’écrit généralement drab jusqu’aux années 1970. On trouve aussi, plus rarement, les variantes anciennes drap, drape, drappe et drable. Dans un registre familier, mais aussi chez les lettrés, écrivains et journalistes, il signifie « qui est de couleur beige ou d’une couleur s’y apparentant »: costume drabe, tapis drabe. Au figuré, il prend le sens de « qui est dépourvu d’intérêt, triste, moche, ennuyeux »: vie drabe, conversation drabe, matins drabes, s’appliquant à des personnes,…

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Semer le doute

Douter est issu, par évolution phonétique, du latin dubitare, « hésiter », d’après dubius « indécis », dérivé de duo, « deux ». Le verbe exprime d’abord l’idée de « craindre », sens sorti d’usage au profit de redouter. Il se fixe ensuite avec son sens actuel, « être dans l’incertitude de la réalité d’un fait, de la vérité, d’une assertion »: douter de tout. La forme pronominale se douter de signifie « supposer, suspecter ». Le déverbal doute suit le même développement pour désigner l’hésitation, l’inquiétude, quelquefois avec une nuance de soupçon, de manque de…

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Pratique du zapping

La langue française montre chaque jour sa faculté d’adaptation, utilisant les ressources qu’elle possède pour fournir les unités lexicales nécessaires à l’expression de nouveaux concepts. Zapper est la francisation du verbe to zap qui provient de l’onomatopée zap, utilisée en anglais des États-Unis pour suggérer le bruit d’une balle d’arme à feu et, au figuré, un phénomène rapide, un événement brutal. En 1964, au moment de la guerre du Vietnam, to zap prend chez les soldats américains le sens de « tuer », puis « éliminer (quelqu’un) dans une compétition », «…

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Ce qu’il faut savoir avant de mourir

Je ne lis pas de livres de développement personnel. Mais j’ai lu Ce qu’il faut savoir avant de mourir de John Izzo aux éditions Un monde différent, paru en 2009. D’abord parce qu’une collègue de travail me l’a offert en cadeau. Ensuite parce que je suis vieux, que ma dernière heure approche, pas trop vite j’espère, et que je me demande si je suis devenu sage à 67 ans. Ça tombe bien, ce livre dévoile les cinq perles de la sagesse: demeurez fidèle à vous-même; ne laissez aucun regret derrière…

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À l’assassin!

Assassin et haschisch sont proches par l’étymologie et l’histoire. Les deux mots sont issus de l’arabe. Le premier est formé sur Assassiyoun, « fondamentalistes », de asâs « fondement » (de la foi), adeptes, au 11e siècle, d’un ordre musulman semblable aux Templiers, en lutte contre les Turcs Seldjoukides, alors maîtres de l’Islam. Le second est formé sur Haschischiyoun, de hachchâchîn « fumeurs de haschisch », surnom donné par leurs ennemis aux Assassiyoun se suicidant lors d’attentats publics, laissant penser qu’ils étaient drogués en commettant ces actes. C’est avec cette valeur rapportée en…

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Mine de rien

L’évolution du sens d’un mot peut aboutir à son contraire. Ainsi, école vient du grec scholè dont le sens primitif était « loisir ». Rien est issu, par évolution orale, du latin rem qui signifiait « quelque chose ». Par affaiblissement, ce sens devient « peu de chose »: un rien l’habille, s’attacher à des riens, « à des choses insignifiances, futiles », pour rien, « sans aucun résultat », « pour une somme modique ». Comme nominal indéfini, il décrit quelque chose dans un contexte qui n’est pas affirmatif:…

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Lettres d’amour

Amour est un emprunt au latin amor. Le mot est employé surtout au féminin jusqu’au 17e siècle avant de devenir masculin, sauf au pluriel: premier amour, premières amours. Au Moyen Âge, l’expression provençale fine amor illustre l’amour courtois des troubadours, dont l’idéologie sentimentale et érotique remplace la manière plutôt fruste des Francs de faire la cour aux dames. En ancien français, il exprime toutes les nuances de l’affection. La disposition favorable à l’égard de ce qui est senti ou reconnu comme bon: pour l’amour de Dieu. L’attachement, souvent considéré comme…

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