Samedi matin, à l’épicerie. – Le client à la patronne : « Deux cents grammes de bologne, s’il vous plaît. » – La patronne au commis : « Un quart de livre de baloney, s’il te plaît. » Baloney, baloné ou béloné, est un emprunt à l’anglais nord-américain baloney, boloney, déformation phonétique de l’italien bologna. Le mot est un synonyme familier de saucisson de Bologne. Il s’écrit sans majuscule initiale lorsqu’il est pris comme nom commun: bologne. Au début du 20e siècle, il est relevé sous la variante balle-au-nez, découlant d’une étymologie populaire. Au Québec, il désigne…
Suite ...Année : 2019
Bain de minuit
Composé de mi- et nuit, minuit est d’abord attesté au féminin sous la forme mienuit, « milieu de la nuit »: soleil de minuit, le jour crépusculaire au-delà du cercle polaire. Devenu masculin au 16e siècle, minuit et demi, il conserve le genre féminin par archaïsme: la minuit. Centre de la nuit, favorable aux animaux maléfiques et aux puissances occultes, fantômes, sorciers et démons, le mot est naturellement chargé des fantasmes du monde nocturne : peur, secret, clandestinité, danger, à l’honneur dans la littérature fantastique. Les formules plaisantes sur les douze coups de…
Suite ...Mon beau sapin
Le mot sapin est issu du latin sappinus, par croisement du gaulois sap(p)us et du latin classique pinus « pin ». Il désigne un arbre résineux à tronc droit, à écorce épaisse et écailleuse, à branches inclinées et à feuilles persistantes, dont le fruit est un cône: gomme de sapin. Les sapins en bonnets pointus De longues robes revêtus Comme les astrologues Saluent leurs frères abattus Apollinaire, Alcools, « Les sapins ». Par métonymie, il désigne le bois blanc de cet arbre employé en menuiserie, en ébénisterie: planche de sapin. Par figure, la locution…
Suite ...Façon de parler
Parler est issu du latin ecclésiastique parabolare, qui, au sens évangélique, a donné parabole et parole (du Christ). Le verbe correspond à « émettre les sons articulés du langage humain » avec une insistance sur la matérialité sonore de l’acte: parler fort, parler du nez; « se servir d’une langue naturelle pour exprimer sa pensée »: faculté de parler; d’où, spécialement dans l’optique des grammairiens et des linguistes, « communiquer entre locuteurs à l’aide d’un système de signes vocaux propres à une communauté »: parler français, s’écouter parler, parler comme un livre. De manière restrictive, il…
Suite ...À l’heure de la prière
29 janvier 2017, 19 h 34. Les policiers de la Ville de Québec reçoivent un premier appel faisant état de coups de feu qui auraient été tirés dans le secteur du chemin Sainte-Foy et de la route de l’Église. Le sergent Filteau met moins d’une minute pour se rendre sur place. Il est rapidement suivi par une équipe de patrouilleurs. La fusillade a eu lieu au Centre culturel islamique, à l’heure de la prière. Dehors, des fidèles gisent dans la neige, morts, agonisants ou gravement blessés. Les policiers appellent les…
Suite ...Point de bascule
Basculer est la réfection de l’ancienne forme baculer, composée de l’adverbe bas et de cul avec adjonction de la désinence verbale –er. Par un rapprochement erroné avec le latin baculum « bâton », il signifie « taper le cul par terre » et « bâtonner par derrière », généralement à plusieurs reprises. Le sens moderne et honorable de « renverser » a été adopté d’après son déverbal, bascule, de l’ancien bacule, qui désignait un système utilisant le principe du levier et du contrepoids, sens réalisé d’abord en référence au dispositif qui abaisse…
Suite ...À grands cris
Il y en a différents types : de terreur, de surprise, de rage, de libération, de soulagement, de plaisir, de vie, de mort, de bête. Leur mode de production varie : émis, poussé, tiré, arraché, échappé, étouffé, retenu, contenu, réprimé. Cri est le déverbal de crier, du latin populaire critare, réduction du latin classique quiritare « alerter les citoyens, appeler au secours », lequel repose sur une onomatopée imitant le cri du sanglier, du verrat. Le mot désigne un son intense, strident, déchirant, perçant, émis par la voix humaine: cri de désespoir,…
Suite ...Tasse de thé
Originaire d’Asie, le thé, après l’eau, est la boisson la plus bue au monde. Plusieurs langues ont emprunté leur nom du thé au chinois classique cha, comme le portugais cha, le russe tchaï, l’italien cia et l’arabe du Machreq chây. L’ancien français connaissait chia ou tcha. La forme t’e, de dialectes chinois de Formose, est passée, par les voies commerciales, au malais têh, à l’arabe du Maghreb tay, au néerlandais thee qui l’introduit en Europe, à l’anglais tea, qui le transmet au français tay, puis thé. Le mot sert à…
Suite ...Surenchère
Cher vient du latin carus au double sens d’« aimé » et « coûteux », repris dans les langues italienne, espagnole et portugaise sous la forme caro. Les deux sens du latin sont passés en français. Le sens d’« aimé », en général antéposé: cher fils; dans les tournures amicales et les formules de politesse: cher lecteur, cher Monsieur; suggérant parfois la mondanité affectée: oui, très chère; ou décrivant, au figuré, ce qui revêt une grande valeur: sa mémoire nous est chère. Le sens de « coûteux »: voiture chère; exigeant…
Suite ...Voyage au bout de la nuit
Roman de Louis-Ferdinand Céline, connu davantage sous son nom de plume: Céline. Récompensé par le prix Renaudot en 1932. Le titre m’a d’abord accroché, puis le texte au dos du livre: « Oh! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand! Vous êtes répugnant comme un rat… – Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous…
Suite ...Vague de froid
Le mot froid est issu du latin classique frigidus. Il s’écrit freit au 11e siècle, ce qui n’est pas sans rappeler la forme « frette », familière en français québécois. Le mot adopte sa graphie définitive au 12e siècle. Il est employé au sens concret de « qui est à une température inférieure à celle du corps humain »: coup de froid, attraper froid. Par analogie, il s’applique au domaine visuel: lumière froide, couleur froide; puis à la cuisine: manger froid; et, au 19e siècle, à la mécanique: moteur froid. Au sens…
Suite ...Envie de dormir
Le verbe dormir, du latin dormire, signifie « reposer dans le sommeil ». Cet état léthargique peut être profond ou paisible: dormir comme un loir, une marmotte, une taupe, un ours, une souche, à poings fermés, sur ses deux oreilles, comme un bienheureux, d’un sommeil de plomb, du juste; ou léger: ne dormir que d’un œil, d’une oreille, les yeux ouverts, à demi. Il développe le sens de « rester inactif ou improductif »: dormir sur son travail, laisser dormir son argent, valeur rendue, au Québec, par les expressions familières dormir…
Suite ...Voie express
L’adjectif exprès, expresse au féminin, est issu du latin expressus « mis en relief, exprimé clairement ». Il est relevé au sens de « précis, formel » conservé en droit en parlant d’un ordre, d’une loi: (à la) condition expresse. Il qualifie, dans l’usage moderne, une expédition postale très rapide, à laquelle on veille particulièrement: colis exprès; en ce sens, l’adjectif est invariable en genre et en nombre: lettres exprès. Il s’emploie adverbialement dans le sens de « faire une chose qui semble délibérée »: faire exprès. Les Anglais ont emprunté le mot dont ils…
Suite ...Révolutions françaises
Durant le Régime français (1608-1760), la langue du Canada et de Paris est la même. Séparés de la France après la conquête anglaise, la langue des Canadiens, qui deviendront des Québécois, reste collée à la terre et aux gestes quotidiens, coupée de la modernité, constamment frottée à la langue et aux modes de faire du conquérant, se ressourçant pour survivre à son fonds ancestral. À Paris, l’entrée en scène de la classe intellectuelle des Philosophes et des Encyclopédistes, soutenue par la grande bourgeoisie, marque la fin de l’influence de la…
Suite ...Charallégorix
L’ensemble des termes français venus des Gaulois, nos ancêtres, forme, curieusement, une courte liste d’environ 70 mots. Ils reflètent surtout le mode d’existence de populations vivant des produits de la culture, de la pêche et de la chasse: crème, cervoise, ruche, mouton, castor, brochet, guenille, braguette. Char est issu d’un mot gaulois désignant le char à quatre roues, par le latin carrus « chariot, fourgon ». Il sert à nommer la voiture à deux roues qu’utilisaient les Anciens dans les combats, les jeux, les cérémonies publiques: course de chars; un type de voiture…
Suite ...Premiers flocons
Le mot flocon, de l’ancien français floc « petite houppe », est issu du latin floccus « flocon de laine ». Il désigne une petite masse peu dense d’une matière légère, de forme à peu près sphérique, d’abord une petite touffe de fibres textiles: flocon de laine, flocon de coton, flocon de soie; et, par extension, des particules en suspension dans l’air: flocons de fumée, flocons de brume, flocons de neige. « Les flocons d’écume, volant de toutes parts, ressemblaient à de la laine » (Victor Hugo, Les travailleurs de la mer, 1866). Par analogie de…
Suite ...Vache à lait
Le mot vache est issu du latin classique vacca, « femelle du taureau », d’origine indoeuropéenne. Il conserve le sens de l’étymon: vache laitière. Mais il est employé très tôt dans des locutions illustrant le comportement ou les caractères physiques de l’animal: manger de la vache enragée, « être de mauvaise humeur » ou « souffrir de dures privations »; laisser la vache et le veau, « abandonner une femme enceinte »; il pleut comme une vache qui pisse, « beaucoup »; vache sacrée, « personne, chose mise à l’abri de toute critique ». Le mot désigne la peau préparée de l’animal:…
Suite ...Mouvement d’immigration
« Tous les moyens de l’esprit sont renfermés dans le langage » (Émile-Auguste Chartier, dit Alain). Le français qui emprunte des mots à d’autres langues profite de manières de dire et d’écrire liées à d’autres valeurs, à d’autres émotions. Pareillement, un peuple qui accueille des étrangers s’enrichit de la singularité de leurs voix. Migration est emprunté au latin migratio « passage d’un lieu à un autre », dérivé de migrare, « s’en aller, sortir », verbe issu de la racine indoeuropéenne mei-, « changer ». Dès le 16e siècle, le mot revêt le sens de « déplacement d’une population qui…
Suite ...La physique des catastrophes
Brique de 822 pages publiée en 2007. Premier roman de Marisha Pessl. C’est l’histoire, comprends-tu, de Bleue Van Meer, une ado américaine dont la mère est décédée alors qu’elle n’avait que 5 ans. Elle suit son père, un intellectuel excentrique, qui la ballotte d’une ville universitaire à l’autre, au gré des charges de professeur qu’il obtient. En voici des petits bouts: (Alors que Bleue assiste à un cours de Biographies américaines et qu’elle s’ennuie à mourir) « Ma longue plongée vers la sinistrose aurait pu se poursuivre sans accroc s’il…
Suite ...Reste de la trâlée
Trôler est la forme moderne de troller, signalé dans la 1re édition du Dictionnaire de l’Académie française (1674). Le verbe est issu du latin populaire tragulare « suivre à la trace », dérivé du latin classique trahere « tirer ». Trôler est d’abord employé avec le sens de « aller, courir ça et là », « traîner, promener partout »: trôler sa femme. Il s’est maintenu dans les parlers régionaux de l’Ouest et du Centre de la France. Le déverbal trôlée et ses variantes trollée, trâlée, tralée, a beaucoup voyagé puisqu’il est attesté, dans l’usage général et familier,…
Suite ...Coup de fatigue
Fatiguer est emprunté au latin classique fatigare, « épuiser, harasser » qui, en latin impérial, développe le sens de « vexer, importuner ». En français, le verbe signifie « diminuer les forces » (d’un organisme, d’un organe) en lui faisant fournir des efforts excessifs: fatiguer la voix; et, par analogie, « peiner, forcer », en parlant de mécanismes: fatiguer le moteur. Il reprend le sens latin de « rebuter par l’ennui »: fatiguer les téléspectateurs. En agriculture, fatiguer la terre signifie « retourner la terre en la travaillant ou en l’épuisant par la culture répétée d’une même plante ». Fatigue a subi…
Suite ...La princesse et la grenouille
(Inspiré du conte des frères Grimm). En des temps très anciens, alors qu’il pouvait encore être utile de faire des vœux, vivaient un roi et sa fille. La princesse était si belle que le soleil s’étonnait chaque fois qu’il illuminait son visage. Non loin du château royal, se trouvait une grande et sombre forêt et, dans la forêt, sous un vieux tilleul, une fontaine. Un jour qu’il faisait très chaud, la princesse partit dans le bois, et s’assit au bord de la source fraîche. Elle prit sa balle en or,…
Suite ...Enfiler les perles
Le mot perle est issu du latin populaire pernula, diminutif de perna « cuisse » et, par analogie de forme, « coquillage ». Il décrit cette petite concrétion ronde, dure et brillante, d’un blanc argentin à reflets irisés, qui se forme par sécrétion de couches concentriques de nacre autour d’un corps parasite entré dans la coquille de certains mollusques marins: huître à perle. Par analogie d’aspect et d’usage, il se dit d’une petite boule de matière dure, percée de part en part, utilisée pour confectionner des bijoux ou diverses garnitures: collier de perles, perles…
Suite ...Parties de l’oraison
Le mot oraison est emprunté au latin oratio, « langage », spécialement « langage préparé, éloquence, style », oratio étant formé sur le supin oratum de orare, qui appartient à un ensemble de mots exprimant l’idée de parole solennelle. Terme religieux, il évoque une prière méditative centrée sur la contemplation divine: faire oraison; et une invocation collective qui termine les heures canoniales ou qui ponctue une célébration liturgique: oraison de la messe. En grammaire, il décrit un assemblage des mots et expressions dont est composé le langage écrit ou parlé: parties de l’oraison. Vieillis,…
Suite ...Montée de lait
On ne doit pas s’étonner que les mots latins, prononcés par des populations devenues bilingues sous l’occupation romaine de la Gaule, aient tout naturellement connu des altérations. Ainsi, certaines consonnes de syllabes prononcées de plus en plus faiblement ont fini par disparaître comme le /s/ de bestia, « bête » ou celui de testa « tête », comme le /s/ initial de schola, « école » et le /c/ de lactem, « lait ». La plupart des mots de la famille de lait ont été créés sur la base du mot français: laiterie, laitier, laitière, laitage, laitance, laiteron,…
Suite ...Débit de bière
Les premières mentions écrites de boissons fermentées à base de céréales datent de tablettes retrouvées en Mésopotamie, 4000 ans avant l’ère chrétienne. Il y a donc belle lurette que les êtres humains se nourrissent de ces décoctions qui leur ont permis de consommer l’eau même lorsqu’elle était corrompue ou d’utiliser le grain longtemps après la période de récolte. Le mot bière est un emprunt au moyen néerlandais bier ou au moyen haut allemand bier, les deux formes remontant au latin ecclésiastique biber « boisson ». Dans ces langues germaniques, il désigne…
Suite ...À l’abordage
Le mot bord est issu du francique bord (d’un vaisseau). Il est repris dans le parler des marins pour désigner l’extrémité supérieure de chaque côté d’un navire, puis chacun des côtés considéré par rapport au vent: bâbord, tribord, virer de bord; et, par extension, le navire lui-même: monter à bord, journal de bord, moyens du bord dont l’usage dépasse le contexte maritime. Par analogie, il se répand avec le sens de « contour, ligne formant l’extrémité d’une surface »: bord de mer, bord de l’eau. Au figuré, la locution au bord de…
Suite ...Subjonctif présent
Subjonctif est emprunté au bas latin grammatical (modus) subjunctivus « qui sert à lier », de subjunctum, supin de subjungere « atteler », d’où « subordonner ». Le mot désigne d’abord un mode personnel du verbe considéré comme propre à exprimer une relation de dépendance. Puis une action ou un état senti comme virtuel marquant la supposition, la prière, la volonté, l’obligation, l’affectivité, l’incertitude, l’éventualité, la crainte, l’interdiction, le doute, le désir: mode subjonctif. Son emploi est fréquent dans les phrases subordonnées introduites par « que » à l’un ou l’autre de ses quatre temps. Le présent: Joséphine…
Suite ...En caucus
Malgré son air latin, le mot caucus est issu de l’algonquin cau‑cau‑as‑u « celui qui conseille », par l’anglo-américain caucus, désignant, dans les années 1750, une alliance politique, le Caucus Club of Boston. Il est exclusif au corpus québécois, figurant dans les dictionnaires canadiens-français du début du 20e siècle et dans Le Petit Larousse illustré du 21e siècle, au sens de « réunion secrète de partisans d’un même parti politique ». Son usage courant se justifie du fait qu’il est à la fois utile, fonctionnel et qu’il dispense de recourir à des périphrases encombrantes et…
Suite ...Ligne à hardes
Le substantif féminin hardes s’écrit exclusivement au pluriel. Il est issu de l’ancien français farde « charge, bagage », emprunt à l’arabe farda « balle de vêtements, de marchandises ». Comme le catalan alfarda « pièce d’habillement qui couvrait le buste des femmes au Moyen Âge, l’espagnol alfarda et le portugais alffarda, de même sens. Il résulte de la formulation gasconne et béarnaise du mot où le /f/ se prononce /h/. Hardes se dit encore régionalement pour désigner l’ensemble des effets personnels (linge et meubles) que l’on emmenait dans ses…
Suite ...La fille de la supérette
De Sayaka Murata, romancière japonaise, qui a reçu le prix Akutagawa pour son livre, l’équivalent du prix Goncourt au Japon. C’est l’histoire, comprends-tu, de Keiko Furukura, une jeune femme singulière aux yeux de sa famille et de son entourage. Déjà, à l’école primaire, elle avait une manière bien à elle de résoudre les problèmes. Voyant deux garçons qui se querellent durant la récréation, elle abat une pelle sur la tête du premier. La bagarre prend fin alors qu’elle s’apprête à frapper le second; un prof lui enlève l’outil des mains!…
Suite ...Ouvrir les guillemets
« L’âge ne compte pas, à moins d’être un fromage » (Billie Burke). Le mot guillemet représente le diminutif de Guillaume formé d’après le nom ou le prénom de l’imprimeur inconnu qui inventa ce signe typographique, apparu en 1527 mais reconnu sous cette appellation en 1672. Presque toujours au pluriel, il désigne le petit chevron double placé au début, guillemets ouvrants, et à la fin, guillemets fermants, d’une citation, d’un discours direct, d’un mot ou d’une locution que l’on désire rapporter ou mettre en valeur : « Non fortiter in re, Madame, sed…
Suite ...En vogue
Le verbe voguer est d’origine incertaine. Selon certains, il est issu de l’ancien bas-allemand wogon « se déplacer »; selon d’autres, il reprendrait le provençal vogar « avancer par la force des rames », représentant le latin vocare « convoquer » et, spécialement, « exhorter (les rameurs) à se mettre en mouvement ». Il prend le sens de « se mouvoir sur l’eau, naviguer »: voguer sur l’Atlantique; et, par métaphore, « errer à l’aventure »: voguer vers d’autres rivages. Le dérivé vogue, pris à l’italien voga puis transmis du français à l’anglais vogue, apparaît avec une valeur figurée étrangère au…
Suite ...Feu de paille
Le mot paille, du latin palea, désigne la tige entière d’une graminée, en particulier de céréale, coupée et dépouillée de son grain: fétu de paille, botte de paille. Par figure, il signifie « tirer au sort » avec des brins de paille: tirer à la courte paille. Par extension, il qualifie la matière destinée à être filée et tressée que l’on utilise pour la confection d’objets de vannerie et de sparterie: chapeau de paille, natte de paille. Par analogie d’aspect, il désigne un tuyau de papier, de matière plastique: boire avec une…
Suite ...États d’âme
Le mot âme est issu du latin anima « souffle vital » qui a produit, en ancien français, les formes aneme, anme, dénasalisées en ame. Ce n’est qu’à partir du 18e siècle que le mot s’écrit avec un accent circonflexe. Dans une perspective religieuse, spiritualiste ou culturelle, le français reprend les valeurs héritées du latin de « forme de vie supérieure », « conscience morale », « partie immatérielle et éternelle de l’homme opposée au corps », séparée de lui après la mort: rendre l’âme. La phraséologie est abondante: perdre son âme, charge d’âme, salut de l’âme, âme…
Suite ...Y a du plaisir sous la couverture… et pour pas cher
Vendredi dernier, pèlerinage à la Librairie Raffin. J’en ressors avec 3 titres: Aux Cinq Rues, Lima de Mario Vargas Llosa, Valse-hésitation d’Angela Huth et La nausée de Jean-Paul Sartre. En livres de poche, c’est moins cher. Une facture de 47,41 $. Arrivé à la maison, l’idée me vint de calculer combien ce plaisir de lire allait me coûter… à l’heure. Calcul. Les romans comportent 307, 249 et 290 pages, soit un total de 846 pages. Considérant que je mets en moyenne 90 secondes pour lire une page x 846 pages =…
Suite ...Filet de maquereau
Maquereau est issu du moyen néerlandais makelaer « courtier, intermédiaire », dérivé de makeln « trafiquer » et maken « faire », correspondant à l’anglais to make. Le mot est d’abord attesté en Flandre et en Picardie au 13e siècle. Emprunt à l’argot, il désigne le tenancier d’une maison de tolérance, puis celui qui se fait entretenir, débauche et prostitue les femmes, vivant de l’argent qu’elles tirent de ce métier, et un entremetteur peu honorable dans divers domaines: maquereau politique. Mac, propre à l’argot qui a produit maquer « exploiter une prostituée », souteneur, plus neutre, et proxénète…
Suite ...Nature sauvage
Sauvage représente l’aboutissement du bas latin salvaticus, altération par assimilation vocalique du latin classique silvaticus « fait pour la forêt », dérivé de silva « forêt, bois ». Du 11e au 16e siècle, le mot s’écrit salvage, salvaige et saulvage. Il décrit ce qui se trouve à l’état naturel, primitif, ce qui n’a pas été modifié par l’être humain. Les animaux qui vivent en liberté, non domestiqués: cheval sauvage. Les populations considérées comme peu civilisées: hommes sauvages. Les plantes qui poussent et se développent naturellement sans être cultivées: fruits sauvages. Les…
Suite ...Job de coach
Coach est issu du hongrois kocsi « grande voiture couverte », dérivé de Kocs, nom d’un relais de poste sur la route entre Vienne et Pest. Le véhicule se répand à travers l’Europe au 16e siècle. On l’appelle cochio en vénitien et Kutsche en allemand. En France, le mot est déformé en coche. Il décrit une « grande voiture publique tirée par des chevaux, offrant le service aux voyageurs moins fortunés; les plus riches disposant de leur propre carrosse. Puis, le terme vieillit quand le véhicule est remplacé par la diligence. Le dérivé…
Suite ...Boucler le budget
Le mot budget est emprunté à l’anglais budget, déformation orale de tournures britanniques plus anciennes bowgette, boget, boudget, booget. Toutes dérivées du moyen français bougette, « petit sac », diminutif de bouge, « sac, bourse », venu, par le latin, du gaulois bulga, « poche, sac de cuir ». En Angleterre, budget désigne d’abord le sac du trésorier, puis la bourse des finances publiques, soit le budget de l’État présenté par le Chancellor of the Exchequer pour l’année à venir. Ce sens financier de « charges et recettes de l’État, des collectivités…
Suite ...Je pensais que mon père était Dieu
Dans le cadre d’une émission de radio, l’écrivain Paul Auster demande à ses auditeurs de lui envoyer des histoires. Aucune restriction quant aux sujets abordés mais les textes doivent être courts afin qu’il puisse les lire à l’antenne. Gros succès. Auster sélectionne 172 de ces histoires, les classe par thèmes et les publie dans une anthologie intitulée Je pensais que mon père était Dieu chez Actes Sud en 2001. Je vous en présente trois que j’ai résumées pour vous, par pure bonté d’âme! Première histoire Thème: L’amour Titre: La bonne…
Suite ...Patience dans l’azur
Azur est issu du persan lâdjaward par l’arabe lâzaward et le latin médiéval lazurus. L’italien azzuro et l’espagnol azul ont la même origine mais l’allemand Azur et l’anglais azure sont empruntés au français. Le mot désigne le lapis-lazuli, appelé encore pierre d’azur et pierre d’azurite, employé en bijouterie et en tabletterie. En littérature, il décrit la couleur d’un bleu clair et intense de cette pierre fine, en particulier la couleur du ciel et de la mer par beau temps: ciel d’azur, azurs verts (Rimbaud). La locution la Côte d’Azur désigne…
Suite ...Lignes de la main
L’hominien, se redressant, accède à la bipédie et libère ses mains pour toutes sortes d’offices : se gratter, s’épouiller, toucher, palper, masser, presser, tâter, frotter, effleurer, caresser, travailler, attaquer, se défendre. Main est issu du latin manus, se rattachant à une racine indoeuropéenne. Le premier langage humain fut gestuel: signes de la main. Terme d’anatomie, le mot désigne l’organe de la préhension et du toucher qui termine le bras: cinq doigts de la main, poignée de main, main baladeuse. Dès le 10e siècle, il se retrouve dans de nombreuses locutions à…
Suite ...Ordre de toasts
Les Anglais, excellents conservateurs du français médiéval, lui empruntent tostee, « tartine grillée », de l’ancien verbe toster, « rôtir », issu du latin populaire tostare, « griller ». Ils gardent le mot au chaud sous la forme toast que les Français reprennent au 18e siècle. Toast désigne une « tranche de pain grillée ». Il pénètre de façon indépendante en français d’Europe où son genre est masculin, du thé et des toasts beurrés, et en français d’Amérique où son genre est féminin, des toasts molles et du café. Au Québec, il est le synonyme courant de rôtie, terme auquel on recourt…
Suite ...Sur les talons
En littérature, « parties du corps très délaissées depuis qu’il n’est plus d’usage de les claquer et qui ne servent plus guère qu’à faire demi-tour »: tourner les talons, « s’en aller, partir brusquement ». Le mot talon est issu d’un latin populaire talonem, accusatif de talo, altération du latin classique talus. En anatomie, il forme la partie arrière du pied: s’asseoir sur les talons. Par métonymie, il désigne la partie d’une chaussure, d’une chaussette qui l’enveloppe: bas reprisé au talon; puis la pièce rigide et saillante qui exhausse le derrière du soulier, cette…
Suite ...Ne tuons pas la beauté du monde
Ne tuons pas la beauté du monde Chaque fleur, chaque arbre que l’on tue Revient nous tuer à son tour Ne tuons pas la beauté du monde Ne tuons pas le chant des oiseaux Ne tuons pas le bleu du jour Ne tuons pas la beauté du monde La dernière chance de la terre C’est maintenant qu’elle se joue Ne tuons pas la beauté du monde Faisons de la terre un grand jardin Pour ceux qui viendront après nous Paroles extraites de la chanson Hymne à la beauté du monde…
Suite ...Épluchures de rutabaga
Le français a emprunté quelques noms de légumes à des langues étrangères. Artichaut est issu de l’arabe, aubergine du persan, carotte du grec, cresson de l’allemand, radis de l’italien. Rutabaga vient du suédois dialectal du Götland rotabagge, aujourd’hui rotabaggar, « chou-navet », formé avec l’élément rot d’origine germanique, apparenté au latin radix « rave, racine ». On l’appelle aussi chou suédois, chou de Siam et colrave en Suisse. Le mot désigne la plante potagère issue d’une hybridation du chou frisé et du navet dont la grosse racine à chair jaune ou blanche est consommée…
Suite ...Placoter un peu, beaucoup, passionnément
Le verbe placoter est formé avec le suffixe -oter à valeur diminutive ou fréquentative. Comme grignoter, siffloter, tapoter, trembloter, baisoter. Il est le résultat, par métathèse, d’une inversion des consonnes [k] et [p] de clapoter/placoter. Sans doute pour l’association des sens de « patauger » et de « bavarder » dans les langues romanes. Le verbe est usuel au Canada français. Vers 1900, il revêt le sens vieilli de « s’agiter », « remuer ou marcher dans une matière liquide » et « s’occuper à de menues besognes, passer son temps à des…
Suite ...Quasi-unanimité
L’adverbe quasi est emprunté au latin quasi, « comme si, pour ainsi dire », puis « à peu près, environ ». Son emploi est rare avant le 16e siècle, puis jugé rapidement vieilli, familier, régional ou littéraire. Il sert à marquer une similitude, une approximation, une assimilation: quasi jamais, quasi autant, quasi automatique. Comme élément de composition, il entre dans la construction de nombreux substantifs et adjectifs. Les mots formés signifient que la qualité désignée par le deuxième élément est presque totale ou soumise à certaines conditions: quasi-certitude, quasi-monopole, quasi-fission, quasi-muet, quasi-veuf, quasi-stationnaire. Il…
Suite ...Coup de vent
Le mot vent vient du latin ventus « air en mouvement ». L’étymon appartenant à une famille qui regroupe le gallois gwynt et le gothique winds dont sont issus l’anglais wind et l’allemand Wind. En français comme en latin, le mot désigne dès ses premiers emplois les mouvements naturels de l’atmosphère et leurs effets: rafale de vent. Spécialement, les déplacements de l’air dans le contexte de la navigation à voiles: direction des vents, vent debout, vent arrière, vents contraires, sous le vent. En vénerie, il dénomme l’air agité qui porte…
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