D’accord, les relations monogames sont quasiment inexistantes chez les animaux. Treize espèces répertoriées seulement, à poils, à plumes, à écailles, sur… 10 000 000, demeureraient fidèles « toute la vie ou jusqu’à ce que la mort nous sépare ». Les inséparables ou lovebirds comme les surnomment les Anglo-Saxons, les cygnes, les urubus noirs, les albatros, les tourterelles, les pygargues à tête blanche, les poissons-anges, les campagnols, les dik-diks, une antilope naine. Les manchots, qui ne sont réunis sur leur banquise que trois mois par an, révèlent que les relations à distance, même…
Suite ...Année : 2019
Bar ouvert
Bar est issu de l’anglais bar, « barre de bois ou de métal » séparant, à l’origine, les buveurs du comptoir où ils consommaient des boissons alcooliques, puis le comptoir où sont posées les consommations et enfin le lieu lui-même où l’on boit. Le mot est emprunté à l’ancien français barre « barrière, séparation ». Au 19e siècle, dans un contexte américain, la forme bar-room, abrégée bientôt en bar, désigne un débit de boissons, quasi-obscur, où l’on consomme debout ou assis sur de hauts tabourets devant un long comptoir: tournée des bars. Il…
Suite ...À l’ombre des jeunes filles en fleurs
Roman de Marcel Proust (1871-1922). Écriture serrée, petits caractères, 568 pages. Me suis rendu à la 112e. Pas capable de le terminer. Comme ce fut le cas pour L’éducation sentimentale de Gustave Flaubert (1821-1880). Dont le héros met 900 pages sur 950 à avouer à la femme qu’il convoite qu’il voudrait coucher avec elle. J’ignore encore s’il a réussi (quelqu’un pourrait me raconter la fin?). Proust s’est mérité le Prix Goncourt, édition 1919, pour ce roman. Maître incontesté de la concordance des temps verbaux, marquant la simultanéité, la postériorité ou…
Suite ...À bout de souffle
Le verbe souffler, du latin classique sufflare de flare, conserve en français son sens étymologique d’« expulser de l’air par la bouche ou par le nez ». De cette valeur découlent de multiples emplois, concrets ou figurés: souffler comme un phoque, souffler à l’oreille, souffler sur ses doigts, pour les réchauffer, souffler sur son potage pour le refroidir, souffler le verre, souffler un peu, « prendre du repos », souffler quelqu’un, « le stupéfier ». Le déverbal souffle décrit le mouvement naturel ou forcé de l’air: souffle de vent, souffle d’un ventilateur; produit, notamment, par la…
Suite ...N’effeuillez pas les marguerites
C’est au Cimetière Côte-des-Neiges que la mère de ma femme est enterrée. Section P. Je connais bien l’endroit, j’y ai travaillé cinq étés lorsque j’étais étudiant à l’Université de Montréal. Je guide ma femme quand elle veut s’y rendre. Une année, nous avons trouvé une marguerite sur la tombe. Une seule petite fleur, rustique et sympathique, à pétales blancs et à cœur jaune. Nous l’avons exhumée puis replantée chez nous dans une plate-bande. Mise à l’abri des mauvaises herbes par une mini-clôture de broche. Le plant n’a pas refleuri l’été…
Suite ...Vie de bohême
Bohème ou bohême est issu du latin médiéval Bohemus de Boihemum, nom qualifiant, selon Tacite, le pays des Boïens, ancien peuple celtique de la Bohême et de l’Aquitaine. Le mot désigne un habitant de la Bohême ou ce qui s’y rapporte, puis un membre des groupes nomades (tsiganes ou tziganes) que l’on supposait originaires de ce pays. Au 19e siècle, il acquiert la valeur culturelle de « personne menant une vie vagabonde, sans règles », qui lui vient du mouvement romantique: vie de bohème. Le féminin la bohème désigne ce mode d’existence…
Suite ...Traits de caractère
Caractère forme l’un des premiers mots du français fondamental. Il est issu du latin character « manière d’être propre à un style, comportement, marque, signe d’écriture », sens développés à partir du grec kharaktêr, « signe gravé, empreinte ». Il connaît une grande expansion avec l’invention de l’imprimerie au 16e siècle: caractère alphabétique, caractère typographique, caractère romain; puis s’applique à d’autres systèmes d’écriture: caractère pictographique, caractère idéographique (chinois, japonais), caractère hiéroglyphique (égyptien). Mélange de son et de sens, il développe des valeurs abstraites de détermination physique et morale, esthétique et scientifique pour désigner le trait…
Suite ...Clin d’œil complice
La racine latine plec- a fourni plusieurs verbes à préfixes évoquant l’idée d’entrelacement ou de pliage. Applicare « attacher à » a donné appliquer; complicare « entremêler ensemble », compliquer; explicare « débrouiller, démêler », expliquer; implicare « entremêler dans », impliquer; replicare « plier en arrière » d’où « refléter, renvoyer », répliquer. Le mot complice est emprunté au latin tardif complex « uni étroitement, associé », formé sur plectere « entrelacer ». Adjectif ou substantivé, il se dit, par spécialisation péjorative, d’une personne qui en aide une autre à commettre un délit, en le préparant, en le facilitant ou en participant à sa consommation:…
Suite ...Brins d’herbe
L’hiver, elle est balayée, abimée de vent et de neige, asséchée, gelée, déteinte; elle arrive à n’être plus rien qu’un peu d’elle-même, clairsemée, chiffonnée et salie. L’été, elle renaît, sauvage ou cultivée, fine et folle, odorante, fluviatile, marécageuse, exotique. Herbe, herba en latin, vient d’un terme rural prélatin de la péninsule italienne. Le mot est introduit avec le sens de « plante à tige molle généralement verte dont les parties aériennes meurent chaque année »: herbes vivaces; et, en emploi singulier à valeur collective, « végétation naturelle de plantes herbacées »: touffe d’herbe. Suivi…
Suite ...Entrer en trans-
Les prépositions latines ont servi à la formation de nombreux mots en français. Abs, « d’auprès de, de chez », a formé abstinence; ad, « vers, dans la direction de », admettre; de, « se séparant de », démission; ex, « hors de », extirper; inter, « au milieu de », intermède; ob, « devant, en face », obstacle; per, « à travers, pendant », perspicacité; pro, « devant, en faveur de », propulser; sub, « sous, au fond de », subjectif; super, « par-dessus, au-delà de », superlatif. Comme préfixe, trans garde en français le sens de « au-delà », « à travers » marquant le passage, le changement: transition, transformation. En…
Suite ...Loi du silence
Le mot silence est emprunté au latin classique silentium « absence de bruit, de paroles » et « repos, inaction, oisiveté ». Envisagé par rapport au bruit, il désigne l’absence d’agitation, l’état d’un lieu où aucun son n’est perceptible: silence de la campagne, silence de mort. Envisagé par rapport à l’acte de communication, il qualifie le fait de ne pas parler: en silence; le fait de ne pas vouloir ou de ne pas pouvoir exprimer sa pensée, ses sentiments: mur de silence, conspiration du silence, « pacte d’honneur par lequel un ensemble…
Suite ...Un élément perturbateur
Premier roman d’Olivier Chantraine, Éditions Gallimard, 2017. C’est l’histoire, comprends-tu, de Serge Horowitz, 44 ans, qui vit encore chez sa sœur plus âgée, Anièce, qui lui prépare chaque matin le déjeuner, qui ne s’est jamais engagé en rien, qui a peur de son ombre et qui compte sur son grand frère, ministre de l’Économie et des Finances pour lui dégoter un boulot. Il travaille comme analyste dans un cabinet d’ingénierie financière, pour le moins opaque, qui procure des solutions de défiscalisation dans les opérations de fusions-acquisitions. Indolent donc mais pas bête. Résultat: il…
Suite ...Grains de sable
Le mot sable est du latin sabulum. Il désigne, comme son étymon, une matière pulvérulente formée de petits grains minéraux qui constitue le sol en certains lieux, les rivages marins: plage de sable; les étendues désertiques: tempête de sable. Une idée d’instabilité est attachée au sable: bâtir sur du sable, « fonder un projet, une entreprise sur quelque chose de peu solide », château de sable, sables mouvants, « sables humides, peu consistants, dans lesquels on risque de s’enfoncer ». Mais la propriété qu’il a d’absorber les liquides en fait un matériau indispensable…
Suite ...Carnet de route
Le mot route est issu du latin médiéval rupta, ellipse de via rupta, « voie ouverte, frayée par force ». Il désigne d’abord un chemin percé dans une forêt pour faciliter les charrois, la chasse, la promenade, puis toute voie de communication aménagée pour la circulation de véhicules et liant, notamment, les agglomérations: route de campagne, route transcanadienne, route du vin. Il s’applique, comme terme générique, à l’ensemble des routes, le moyen de communication que représente le réseau routier: code de la route. Il passe dans le vocabulaire du vélo, cyclisme sur…
Suite ...Piqûre de maringouin
« Cette seule posture durant toute une nuit, dans cette contrainte, à la merci des Maringouins et des Mousquites, qui ne cessent de piquer jusqu’au vif, et qui sucent le sang par tout le corps, est sans doute un chevalet bien rude; et c’est le traitement que nos pauvres François avec les autres captifs reçoivent toutes les nuits, pour les disposer aux tourmens du feu, ausquels ils se doivent bien attendre. » (Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle-France en 1659 et 1660 par Jérôme Lalemant, avant que le Jésuite…
Suite ...Parer du paréo
Le mot paréo vient des îles océaniennes. Ainsi que vahiné qui désigne à Tahiti une jeune fille ou une femme, tatouer, du polynésien des îles Marquises, et tabou, du polynésien de l’île Tonga. Apparu sous la forme pareu, il nomme le vêtement traditionnel tahitien fait d’une seule pièce d’étoffe, nouée au-dessus de la poitrine pour les femmes et à la ceinture pour les hommes, couvrant les jambes jusqu’au-dessous du genou. Pierre Loti et Jules Verne, dans leurs écrits, Paul Gauguin, dans ses toiles, répandent le mot, évoquant la parure du…
Suite ...Recueil de poèmes
« Vous m’avez dit, tel soir, des paroles si belles Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous, Soudain nous ont aimés et que l’une d’entre elles, Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux. » (Émile Verhaeren) Le poème renferme, sur très peu de lignes, une fulgurance contenue par la syntaxe, les sonorités, la parole rythmée, les images. Le mot est issu du latin poema, pris au grec poiêma « création », dérivé de poiein « faire », dans le sens qu’a l’anglais to make, « fabriquer, produire, créer »,…
Suite ...Pour le fun
Le mot fun est emprunté à l’anglais fun « amusement », d’une forme scandinave qualifiant une personne légère, insouciante. Relevé depuis 1865 au Québec, il est d’abord attesté dans les constructions le fun commence et avoir du fun, calquées sur the fun is beginning et to have (some) fun. Il est d’usage familier dans de nombreuses locutions ayant toutes le sens de « avoir du plaisir, s’amuser »: avoir un fun noir; et ses variantes de couleur fun bleu, fun vert, avoir un fun terrible, avoir du fun comme dix, avoir un…
Suite ...Haut en couleur
Le mot couleur est issu du latin color qui se rattache au groupe de celare « cacher », selon l’idée que la couleur est ce qui recouvre la surface d’une chose. Tous ses dérivés sont formés sur la racine latine: colorant, colorier, coloriage, colorisation, coloriste, colorature, bicolore, tricolore, décolorer, décoloration, incolore. Le substantif revêt d’abord la valeur de « teinte »: couleurs de l’automne; s’appliquant particulièrement à la coloration de la peau: changer de couleur, « pâlir, rougir sous l’effet d’une émotion ». Construction du cerveau, la couleur décrit la sensation que produisent sur l’œil les…
Suite ...Conjoint survivant
Le mot conjoint est issu du verbe conjoindre, signifiant « unir, assembler » en ancien français, et spécialement « unir par le mariage » en moyen français, d’après le latin conjungere « joindre ». Le participe passé est adjectivé dès le 12e siècle, acquérant au 17e siècle des valeurs spéciales en droit à propos de personnes ayant des obligations ou des droits communs: légataires conjoints. Aujourd’hui, l’adjectif désigne ce qui est uni, ce qui est lié par des intérêts communs, ce qui est intimement, étroitement, immédiatement associé: travail conjoint, problèmes conjoints. Il se répand en emploi substantivé…
Suite ...Plein d’allure
Le verbe fondamental aller est l’amalgame des verbes latins ire, vadere et ambulare signifiant tous les trois « se déplacer, avancer »; ce qui explique qu’il soit, par ses formes, l’un des plus irréguliers de la langue française: j’irai, tu vas, nous allons. Le dérivé allure désigne la manière d’aller, la vitesse de déplacement, de progression au cours d’une action, d’un mouvement: forcer l’allure, à toute allure, « le plus vite possible ». Par extension, il marque une manière de se comporter: allure noble; de se tenir: allure détendue; puis qualifie l’apparence d’une personne…
Suite ...Les fous de Bassan
Les fous de Bassan. Premier roman que je lis d’Anne Hébert, une écrivaine québécoise (1916-2000). C’est l’histoire, comprends-tu, d’une petite communauté de Loyalistes, ces colons américains restés fidèles à la monarchie britannique pendant la guerre d’indépendance (1775-1783). Qui ont fui les États-Unis pour s’installer en Nouvelle-Écosse dans l’Est du Canada. À l’été 1936, un événement tragique se produit. Deux jeunes filles de 15 et 17 ans sont assassinées à Griffin Creek, hameau perdu au bord de la mer. Les acteurs principaux de l’histoire révèlent leur version des faits et leurs…
Suite ...Jus de pamplemousse
Le mot pamplemousse est emprunté au néerlandais pompelmoes, de pompel « enflé » et limoes « citron », la terminaison moes se prononçant « mouss » dans cette langue. Il désigne un arbre épineux originaire des îles de l’océan Indien, le citrus maxima, synonyme de pamplemoussier, et son fruit comestible dont la pulpe peu juteuse et acide fait qu’il ne se consomme guère que confit ou en confiture: essence de pamplemousse, « liquide d’odeur agréable, extrait du zeste du fruit ». L’autre variété, le citrus paradisi, est un arbre acclimaté et cultivé à grande échelle dans les pays…
Suite ...Le Livre de la jungle
De ses voyages en Orient, l’anglais rapporte en Europe un grand nombre de mots qui sont ensuite adoptés par les autres langues de l’Occident. Ainsi, par l’intermédiaire de l’anglais, le français connaît, puis adopte polo venu du tibétain, typhon du chinois, geisha du japonais, batik du malais, catamaran du tamoul, atoll du cinghalais, shampooing de l’hindi. Le mot jungle est issu de l’anglais jungle, transcription de l’hindoustani jangal « steppe, territoire inhabité », formé d’après le sanskrit jangala « lieu sauvage ». Dans les pays de mousson, particulièrement l’Inde et l’Asie tropicale, il désigne…
Suite ...Texte intégral
L’adjectif intégral vient du latin classique integer « intact, entier ». Il qualifie ce qui n’est l’objet d’aucune diminution, d’aucune restriction: remboursement intégral, bronzage intégral, œuvre intégrale, « édition complète des œuvres d’un auteur ». En mathématiques, il décrit la branche du calcul infinitésimal ayant pour objet fondamental l’intégration des fonctions: calcul intégral. Le dérivé intégralité désigne l’« état d’une chose complète ». L’intégrisme, proche par le sens de fondamentalisme, traditionalisme, purisme, absolutisme, totalitarisme, extrémisme, décrit une doctrine qui consiste à adopter dans une religion, un parti, un mouvement, une attitude de conservatisme intransigeant, intolérant, parfois…
Suite ...Apothéose
Le suffixe nominalisateur -ose, emprunté au grec ôsis, est utilisé en anatomie et en physiologie. Il entre dans la construction de noms qui expriment un fonctionnement ou un processus: méiose, mitose, hématose. Il représente une spécialisation en médecine, entrant dans la construction de noms de divers processus pathologiques et de maladies. La base désigne l’organe ou la partie atteinte: arthrose, névrose, psychose. Une manifestation du processus: cirrhose, ostéoporose, mononucléose tuberculose, ponose, « auto-intoxication causée par l’épuisement physique ». La nature de ces processus: ankylose, cyphose, lordose, sclérose, sténose,« rétrécissement ou étroitesse…
Suite ...Croque-mort
On entre, on crie, Et c’est la vie : On bâille, on sort Et c’est la mort. Ausone de Chancel (1808-1876) Le mot mort est issu du latin mortem, accusatif de mors « cessation de la vie ». En français, son premier sens est « décès, trépas », résultat d’un phénomène naturel: mort de vieillesse; ou d’une sanction: mise à mort. Il évoque l’idée matérielle de cadavre: raide mort; puis la personne ou son esprit vivant dans l’au-delà ou dans la mémoire des hommes: culte des morts. Il désigne la Mort, personnifiée ou…
Suite ...Boire un petit coup
Boire un petit coup c’est agréable Boire un petit coup c’est doux Mais il ne faut pas rouler dessous la table Boire un petit coup c’est agréable Boire un petit coup c’est doux. (Chanson du folklore de la Louisiane et du Canada, 18e siècle) Boire est issu du latin bibere qui se rattache à une racine indo-européenne, représentée aussi en sanskrit et en irlandais, et qui signifie « absorber un liquide ». Dès le 13e siècle, le verbe est employé dans le sens de « boire de l’alcool avec excès…
Suite ...Espace web
Web est emprunté à l’anglais web, abréviation de world wide web « filet, réseau ». Créés en 1990, le système et le mot désignent la partie d’Internet qui regroupe tous les sites du réseau mondial et qui repose sur le principe des liens hypertextes, permettant la recherche d’information, l’accès à cette information et sa visualisation: surfer sur le Web. Il fournit www figurant au début des adresses de sites. La graphie avec majuscule initiale s’impose en français pour souligner le caractère unique du Web, considéré comme nom propre: page Web, écriture Web,…
Suite ...Coup de xénie
L’élément de composition xén-, xéno- est tiré du grec xenos qui revêt, dans cette langue, les sens d’« étranger », « hôte », « insolite ». En français, il entre dans la construction de termes savants. Xénie désigne un contrat d’hospitalité envers les étrangers, passé entre des particuliers, des cités ou des États dans la Grèce antique. En physiologie, xénotaxie qualifie une réaction d’attirance d’un parasite à l’égard d’un hôte éventuel. En zoologie, le substantif masculin pluriel xénarthres désigne un sous-ordre de mammifères édentés comprenant les fourmiliers et les tatous mais…
Suite ...Yogourt nature
Le substantif masculin yogourt est attesté depuis le 15e siècle; yaourt le sera quatre cents ans plus tard. Aujourd’hui, ce sont les deux formes les plus admises du mot dont les variantes sont nombreuses, plus ou moins fréquentes et vieillies: yocourt, yoghourt, yogourth, yoghourth, youghourd, yohourt, yohourth, yagourt, yaourth. Le mot est emprunté au bulgare yugurt, yaurt, « lait caillé », lui-même pris au turc yoghurt, de yogurmak « pétrir ». Il désigne une préparation de lait de vache, de chèvre ou de brebis, caillé, non égoutté et fermenté, originaire…
Suite ...Habitez-vous toujours chez vos parents?
Selon Statistique Canada, la proportion des jeunes adultes âgés de 20 à 29 ans vivant encore au domicile parental était de 42,3 % au recensement de 2016. Dans mon cas, c’est 100 %, ce qui doit alourdir la moyenne canadienne. Bien sûr, cette situation oblige les parents à travailler plus longtemps. Personnellement, je prévois prendre ma retraite à 82 ans, si je me rappelle encore que j’ai des enfants à cet âge. Par ailleurs, la proximité que ce phénomène engendre varie d’une habitation à l’autre, tout comme les lieux de…
Suite ...Le bon usage
Au 17e siècle, le français, instrument de centralisation politique, devient une affaire d’État. Richelieu fonde l’Académie française dont la mission est de surveiller la langue, de canaliser son évolution, de contenir ses débordements, d’élaborer une grammaire et surtout un dictionnaire. L’usage décrit n’est pas celui du plus grand nombre mais celui de la Cour et des gens de qualité. Les grammairiens deviennent l’autorité suprême en matière de « bon usage ». Ils tentent d’élaborer une orthographe unique pour chaque mot. Des formes archaïques sont rétablies: corps, ptisane, poulmon. Parfois, ces…
Suite ...Danser au bord de l’abîme
Roman de Grégoire Delacourt qui a aussi écrit La liste de mes envies, un autre livre que j’ai aimé. C’est l’histoire, comprends-tu, d’Emmanuelle, une femme qui approche la quarantaine; elle tombe amoureuse d’un homme, Alexandre, rencontré dans une brasserie. Elle laisse tout tomber pour partir vivre avec lui: son mari, ses trois enfants, sa meilleure amie, sa mère, qui la renie, sa maison, sa ville, son emploi. Comme je lis toujours un crayon à la main, en voici des bouts que j’ai relevés dans le texte. (Quand Emmanuelle se rend…
Suite ...Pur adon
Adonner est un emprunt au latin populaire addonare, « à donner ». Le verbe est attesté dans de nombreux parlers d’oïl, qui se confondent, au 8e siècle, avec l’ancien français de la partie nord de la France. Il est rapidement considéré comme un préfixé de donner, tout en perdant son lien sémantique avec lui. Il signifie d’abord « se présenter dans une direction » puis « tendre vers un point ». Il se dit du vent lorsqu’il tourne dans un sens favorable à la marche du navire. La forme pronominale…
Suite ...Bain de boue
Le mot boue, qui s’écrit d’abord boe, est issu du gaulois bawa par le gallois baw « saleté, fange ». Il désigne un mélange de terre, de poussière et d’eau. Des emplois figurés péjoratifs apparaissent dès l’ancien français,vers 1275: se vautrer dans la boue; traîner quelqu’un dans la boue, en dire du mal; tirer quelqu’un de la boue, le soustraire d’une situation misérable. Par extension, il s’applique à des spécialisations en géologie et en médecine thérapeutique: bain de boue. Son pluriel a le sens particulier de « détritus techniques »: boues…
Suite ...Facile à comprendre
Comprendre est un emprunt au latin comprendere, forme contractée du latin classique comprehendere qui signifie « prendre, saisir ensemble ». Il s’écrit d’abord cumprendre. Le sens physique parfois violent de « empoigner, happer », doublet sémantique de prendre, recule progressivement au profit de « englober, embrasser en un tout » à la fin du 12e siècle: la péninsule ibérique comprend l’Espagne et le Portugal, l’appartement comprenait trois pièces; et celui de « concevoir, saisir par l’intelligence », évinçant entendre de l’usage courant. Il s’impose aujourd’hui avec, entre autres, le sens dominant de « saisir…
Suite ...Travailler, c’est trop dur
« Et voler, c’est pas beau, demander la charité, c’est quelque chose j’peux pas faire ». (Zachary Richard, album Mardi Gras, 1977). Travailler est issu du latin populaire tripaliare. En ancien français, il signifie « faire souffrir » physiquement et moralement. Au 12e siècle, on utilise le verbe pour parler du condamné que l’on torture, d’une femme dans les douleurs de l’enfantement ou d’une personne à l’agonie. Par abstraction, son emploi s’étend à l’idée de « transformation acquise par la peine ». Son usage se répand au sens de « faire…
Suite ...Soeur Lanoue et les signes religieux
Soeur Lanoue agissait comme responsable de la bibliothèque du Cégep de Saint-Jérôme lorsque j’y étais étudiant. Une religieuse et une femme remarquable. Qui m’a donné le goût de suivre ses traces. Pas de devenir nonne! Non, d’étudier pour devenir bibliothécaire. Deux années de collège et cinq années d’université plus tard, ça y était. Bien avant elle, au primaire, d’autres religieuses m’ont appris à écrire. Elles portaient alors une robe noire qui les recouvrait des pieds à la tête comme une soutane. Une guimpe blanche entourant la tête et descendant sur…
Suite ...Increvable
Crever est issu du latin crepare, qui appartient au groupe de mots formés de la cellule phonique /kr/. Représentée en grec, en sanskrit et en vieux slave, elle a le sens de « crier » et « se fendre bruyamment ». Très tôt, en construction intransitive, le verbe est employé pour les êtres vivants au sens de « mourir ». Au 17e siècle, il apparaît dans le langage poétique alors qu’il est aujourd’hui péjoratif et agressif. Il signifie aussi « éclater » comme dans crever de rire. La forme pronominale se crever…
Suite ...Gouttes d’eau
Eau est issu du latin aqua qui désigne l’eau comme « élément naturel » par opposition à unda qui représente l’eau « en mouvement ». Au 4e siècle, par évolution phonétique, le mot prend la forme de egua puis ewe, le /w/ se vocalisant pour aboutir à eaue puis eau. Il désigne le liquide incolore, inodore et transparent que l’on trouve en abondance dans la nature. Ses emplois, très nombreux, sont liés à l’utilisation que l’être humain en fait sur le plan domestique, hygiénique, thérapeutique, économique et industriel: eau claire, eau douce, eau…
Suite ...Jamais -asser
Le suffixe -asser est formé sur le modèle de –asse: bonasse, dégueulasse, paperasse. Ses dérivés se développent surtout dans l’Ouest de la France à partir de la fin du 15e siècle. Il confère une valeur péjorative ou fréquentative aux verbes qu’il forme: bardasser, « remuer en faisant du bruit »; bavasser, « bavarder »; bourrasser, « malmener »; dormasser, « somnoler »; écrivasser, « écrire sans aboutir à un résultat »; finasser, « user de ruse »; jacasser, « parler avec volubilité »; rimasser, « faire de mauvais vers »; tracasser, « tourmenter avec insistance »; traînasser «…
Suite ...Bouchée de pain
Pain, d’abord pan au 10e siècle, est issu du latin panis qui désigne l’aliment fait d’une masse de farine délayée dans l’eau et cuite au four. La pâte peut être formée de grains de plusieurs céréales écrasées ‑ blé, orge, avoine, seigle, sarrasin ‑ à laquelle on ajoute du levain ou des levures, qui doit fermenter et qui est cuite après avoir été façonnée ou moulée. L’importance du pain dans l’alimentation et la langue se mesure à ses nombreuses désignations spécifiques: baguette, bâtard, flûte, panoche, miche, flambade, ficelle, ballon, couronne,…
Suite ...Mycose des ongles: faites-vous soigner
Dites moi, amis québécois du mur facebookien, blogueurs, blogueuses, indénombrables adeptes des réseaux sociaux en ligne, suis-je le seul à trouver irritante cette publicité sur la mycose des ongles qui passe 100 fois par jour à la télé depuis trois mois? Celle où une fillette renifle les ongles de pied de son père et les trouve « dégueu ». Déjà que, d’exaspération, je me ronge les ongles des doigts devant cette autre publicité de Wayfair; celle d’une mère qui se pâme devant les assiettes et les meubles de sa fille au point…
Suite ...Si j’avais un perroquet, je l’appellerais Jean-Guy (parce que Coco c’est déjà pris)
Vous ai-je dit que je choisissais souvent mes romans d’après leur titre? Comme les bouteilles de vin d’après leur nom. Celui-ci, de Blandine Chabot, une Franco-québécoise, est savoureux, ne trouvez-vous pas? C’est l’histoire, comprends-tu, de Catherine, enseignante, début trentaine, encore traumatisée parce que son ex a couché avec sa sœur; c’était il y a deux ans. À la bibliothèque, elle trouve un mot dans un livre de Françoise Sagan qu’elle a emprunté: « Jean-Philippe 514 555-2062. Appelle quand tu veux ». En voici des petits bouts: (Pour exprimer sa cohabitation…
Suite ...Robe d’intérieur
Le mot robe est issu du germanique rauba, « rapine », senti dans le sens de « vêtement pris en guise de butin », auquel est aussi apparenté l’anglais to rob. Il signifie « vol, larcin, rapt », dans la locution en robe, « à la dérobée », et bonne robe, «bonne prise », employées en parlant d’une femme dans un contexte galant. Pris dans le sens d’habillement, il revêt la valeur d’« ensemble des vêtements taillés dans une même étoffe ». Il désigne le long vêtement qu’ont porté les personnes des deux sexes…
Suite ...Tourner la page
Le mot page est emprunté au latin pagina, d’abord employé en agriculture au sens de « treille », puis, au figuré, au sens de « colonne d’écriture ». En français, il désigne chacun des deux côtés d’une feuille de parchemin ou de papier pouvant recevoir un texte manuscrit, dactylographié ou imprimé ainsi que des illustrations. Par métonymie, il exprime ce qui est écrit et le sujet qui en précise le contenu: page spectacle, page de cinéma. En imprimerie, la belle page est la page de droite d’une publication, considérée comme la meilleure…
Suite ...Espiègleries
L’adjectif espiègle est attesté pour la première fois au 16e siècle comme nom propre. Il tire son origine du néerlandais Uilenspiegel, personnage célèbre en Hollande pour ses petites tromperies ingénieuses, héros d’un roman publié en 1515 et traduit en français en 1559 sous le titre Histoire joyeuse et récréative de Till Ulespiegle. Le terme s’applique à une personne vive et malicieuse: humeur espiègle. On rencontre parfois l’adverbe espièglement, « de manière espiègle ». Le dérivé espièglerie est d’abord employé pour « tour espiègle » puis au sens de « caractère espiègle ».…
Suite ...République de nananes
Nanan est issu du radical onomatopéique nann qui appartient essentiellement au langage enfantin. Au 17e siècle, le mot signifie d’abord « friandise » puis, au figuré, « régal, chose délicieuse ». En France, il n’est plus guère employé sauf dans l’expression c’est du nanan signifiant « c’est très bon, c’est très facile ». Au Québec et dans tout le Canada français, nanane, nananne ou nénanne conserve le sens familier de « gâterie, douceur, sucrerie ». Bien que son emploi soit aussi considéré comme vieilli, il revêt encore plusieurs usages familiers. Un…
Suite ...« Mon coeur battra pour une autre »
Aujourd’hui, 20 mars, c’est le printemps. Premier jour de la vie qui renaît. Première fois que je voyais la pub de cette nouvelle campagne de communication pour le don d’organes de Transplant Québec. L’idée: une femme ouvre la lettre de son chum qui lui écrit, qu’après sa mort, son coeur battra pour une autre. À mon avis, il pourrait aussi offrir ses yeux même si, comme les miens, ils ne distinguent pas bien les couleurs. Et ses poumons. Toujours pratiques les poumons pour assurer les échanges gazeux entre l’air et…
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