En vogue

Le verbe voguer est d’origine incertaine. Selon certains, il est issu de l’ancien bas-allemand wogon « se déplacer »; selon d’autres, il reprendrait le provençal vogar « avancer par la force des rames », représentant le latin vocare « convoquer » et, spécialement, « exhorter (les rameurs) à se mettre en mouvement ». Il prend le sens de « se mouvoir sur l’eau, naviguer »: voguer sur l’Atlantique; et, par métaphore, « errer à l’aventure »: voguer vers d’autres rivages. Le dérivé vogue, pris à l’italien voga puis transmis du français à l’anglais vogue, apparaît avec une valeur figurée étrangère au…

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Feu de paille

Le mot paille, du latin palea, désigne la tige entière d’une graminée, en particulier de céréale, coupée et dépouillée de son grain: fétu de paille, botte de paille. Par figure, il signifie « tirer au sort » avec des brins de paille: tirer à la courte paille. Par extension, il qualifie la matière destinée à être filée et tressée que l’on utilise pour la confection d’objets de vannerie et de sparterie: chapeau de paille, natte de paille. Par analogie d’aspect, il désigne un tuyau de papier, de matière plastique: boire avec une…

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États d’âme

Le mot âme est issu du latin anima « souffle vital » qui a produit, en ancien français, les formes aneme, anme, dénasalisées en ame. Ce n’est qu’à partir du 18e siècle que le mot s’écrit avec un accent circonflexe. Dans une perspective religieuse, spiritualiste ou culturelle, le français reprend les valeurs héritées du latin de « forme de vie supérieure », « conscience morale », « partie immatérielle et éternelle de l’homme opposée au corps », séparée de lui après la mort: rendre l’âme. La phraséologie est abondante: perdre son âme, charge d’âme, salut de l’âme, âme…

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Filet de maquereau

Maquereau est issu du moyen néerlandais makelaer « courtier, intermédiaire », dérivé de makeln « trafiquer » et maken « faire », correspondant à l’anglais to make. Le mot est d’abord attesté en Flandre et en Picardie au 13e siècle. Emprunt à l’argot, il désigne le tenancier d’une maison de tolérance, puis celui qui se fait entretenir, débauche et prostitue les femmes, vivant de l’argent qu’elles tirent de ce métier, et un entremetteur peu honorable dans divers domaines: maquereau politique. Mac, propre à l’argot qui a produit maquer « exploiter une prostituée », souteneur, plus neutre, et proxénète…

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Nature sauvage

Sauvage représente l’aboutissement du bas latin salvaticus, altération par assimilation vocalique du latin classique silvaticus « fait pour la forêt », dérivé de silva « forêt, bois ». Du 11e au 16e siècle, le mot s’écrit salvage, salvaige et saulvage. Il décrit ce qui se trouve à l’état naturel, primitif, ce qui n’a pas été modifié par l’être humain. Les animaux qui vivent en liberté, non domestiqués: cheval sauvage. Les populations considérées comme peu civilisées: hommes sauvages. Les plantes qui poussent et se développent naturellement sans être cultivées: fruits sauvages. Les…

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Job de coach

Coach est issu du hongrois kocsi « grande voiture couverte », dérivé de Kocs, nom d’un relais de poste sur la route entre Vienne et Pest. Le véhicule se répand à travers l’Europe au 16e siècle. On l’appelle cochio en vénitien et Kutsche en allemand. En France, le mot est déformé en coche. Il décrit une « grande voiture publique tirée par des chevaux, offrant le service aux voyageurs moins fortunés; les plus riches disposant de leur propre carrosse. Puis, le terme vieillit quand le véhicule est remplacé par la diligence. Le dérivé…

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Boucler le budget

Le mot budget est emprunté à l’anglais budget, déformation orale de tournures britanniques plus anciennes bowgette, boget, boudget, booget. Toutes dérivées du moyen français bougette, « petit sac », diminutif de bouge, « sac, bourse », venu, par le latin, du gaulois bulga, « poche, sac de cuir ». En Angleterre, budget désigne d’abord le sac du trésorier, puis la bourse des finances publiques, soit le budget de l’État présenté par le Chancellor of the Exchequer pour l’année à venir. Ce sens financier de « charges et recettes de l’État, des collectivités…

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Patience dans l’azur

Azur est issu du persan lâdjaward par l’arabe lâzaward et le latin médiéval lazurus. L’italien azzuro et l’espagnol azul ont la même origine mais l’allemand Azur et l’anglais azure sont empruntés au français. Le mot désigne le lapis-lazuli, appelé encore pierre d’azur et pierre d’azurite, employé en bijouterie et en tabletterie. En littérature, il décrit la couleur d’un bleu clair et intense de cette pierre fine, en particulier la couleur du ciel et de la mer par beau temps: ciel d’azur, azurs verts (Rimbaud). La locution la Côte d’Azur désigne…

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Lignes de la main

L’hominien, se redressant, accède à la bipédie et libère ses mains pour toutes sortes d’offices : se gratter, s’épouiller, toucher, palper, masser, presser, tâter, frotter, effleurer, caresser, travailler, attaquer, se défendre. Main est issu du latin manus, se rattachant à une racine indoeuropéenne. Le premier langage humain fut gestuel: signes de la main. Terme d’anatomie, le mot désigne l’organe de la préhension et du toucher qui termine le bras: cinq doigts de la main, poignée de main, main baladeuse. Dès le 10e siècle, il se retrouve dans de nombreuses locutions à…

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Ordre de toasts

Les Anglais, excellents conservateurs du français médiéval, lui empruntent tostee, « tartine grillée », de l’ancien verbe toster, « rôtir », issu du latin populaire tostare, « griller ». Ils gardent le mot au chaud sous la forme toast que les Français reprennent au 18e siècle. Toast désigne une « tranche de pain grillée ». Il pénètre de façon indépendante en français d’Europe où son genre est masculin, du thé et des toasts beurrés, et en français d’Amérique où son genre est féminin, des toasts molles et du café. Au Québec, il est le synonyme courant de rôtie, terme auquel on recourt…

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Sur les talons

En littérature, « parties du corps très délaissées depuis qu’il n’est plus d’usage de les claquer et qui ne servent plus guère qu’à faire demi-tour »: tourner les talons, « s’en aller, partir brusquement ». Le mot talon est issu d’un latin populaire talonem, accusatif de talo, altération du latin classique talus. En anatomie, il forme la partie arrière du pied: s’asseoir sur les talons. Par métonymie, il désigne la partie d’une chaussure, d’une chaussette qui l’enveloppe: bas reprisé au talon; puis la pièce rigide et saillante qui exhausse le derrière du soulier, cette…

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Épluchures de rutabaga

Le français a emprunté quelques noms de légumes à des langues étrangères. Artichaut est issu de l’arabe, aubergine du persan, carotte du grec, cresson de l’allemand, radis de l’italien. Rutabaga vient du suédois dialectal du Götland rotabagge, aujourd’hui rotabaggar, « chou-navet », formé avec l’élément rot d’origine germanique, apparenté au latin radix « rave, racine ». On l’appelle aussi chou suédois, chou de Siam et colrave en Suisse. Le mot désigne la plante potagère issue d’une hybridation du chou frisé et du navet dont la grosse racine à chair jaune ou blanche est consommée…

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Placoter un peu, beaucoup, passionnément

Le verbe placoter est formé avec le suffixe -oter à valeur diminutive ou fréquentative. Comme grignoter, siffloter, tapoter, trembloter, baisoter. Il est le résultat, par métathèse, d’une inversion des consonnes [k] et [p] de clapoter/placoter. Sans doute pour l’association des sens de « patauger » et de « bavarder » dans les langues romanes. Le verbe est usuel au Canada français. Vers 1900, il revêt le sens vieilli de « s’agiter », « remuer ou marcher dans une matière liquide » et « s’occuper à de menues besognes, passer son temps à des…

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Quasi-unanimité

L’adverbe quasi est emprunté au latin quasi, « comme si, pour ainsi dire », puis « à peu près, environ ». Son emploi est rare avant le 16e siècle, puis jugé rapidement vieilli, familier, régional ou littéraire. Il sert à marquer une similitude, une approximation, une assimilation: quasi jamais, quasi autant, quasi automatique. Comme élément de composition, il entre dans la construction de nombreux substantifs et adjectifs. Les mots formés signifient que la qualité désignée par le deuxième élément est presque totale ou soumise à certaines conditions: quasi-certitude, quasi-monopole, quasi-fission, quasi-muet, quasi-veuf, quasi-stationnaire. Il…

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Coup de vent

Le mot vent vient du latin ventus « air en mouvement ». L’étymon appartenant à une famille qui regroupe le gallois gwynt et le gothique winds dont sont issus l’anglais wind et l’allemand Wind. En français comme en latin, le mot désigne dès ses premiers emplois les mouvements naturels de l’atmosphère et leurs effets: rafale de vent. Spécialement, les déplacements de l’air dans le contexte de la navigation à voiles: direction des vents, vent debout, vent arrière, vents contraires, sous le vent. En vénerie, il dénomme l’air agité qui porte…

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Bar ouvert

Bar est issu de l’anglais bar, « barre de bois ou de métal » séparant, à l’origine, les buveurs du comptoir où ils consommaient des boissons alcooliques, puis le comptoir où sont posées les consommations et enfin le lieu lui-même où l’on boit. Le mot est emprunté à l’ancien français barre « barrière, séparation ». Au 19e siècle, dans un contexte américain, la forme bar-room, abrégée bientôt en bar, désigne un débit de boissons, quasi-obscur, où l’on consomme debout ou assis sur de hauts tabourets devant un long comptoir: tournée des bars. Il…

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À bout de souffle

Le verbe souffler, du latin classique sufflare de flare, conserve en français son sens étymologique d’« expulser de l’air par la bouche ou par le nez ». De cette valeur découlent de multiples emplois, concrets ou figurés: souffler comme un phoque, souffler à l’oreille, souffler sur ses doigts, pour les réchauffer, souffler sur son potage pour le refroidir, souffler le verre, souffler un peu, « prendre du repos », souffler quelqu’un, « le stupéfier ». Le déverbal souffle décrit le mouvement naturel ou forcé de l’air: souffle de vent, souffle d’un ventilateur; produit, notamment, par la…

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Vie de bohême

Bohème ou bohême est issu du latin médiéval Bohemus de Boihemum, nom qualifiant, selon Tacite, le pays des Boïens, ancien peuple celtique de la Bohême et de l’Aquitaine. Le mot désigne un habitant de la Bohême ou ce qui s’y rapporte, puis un membre des groupes nomades (tsiganes ou tziganes) que l’on supposait originaires de ce pays. Au 19e siècle, il acquiert la valeur culturelle de « personne menant une vie vagabonde, sans règles », qui lui vient du mouvement romantique: vie de bohème. Le féminin la bohème désigne ce mode d’existence…

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Traits de caractère

Caractère forme l’un des premiers mots du français fondamental. Il est issu du latin character « manière d’être propre à un style, comportement, marque, signe d’écriture », sens développés à partir du grec kharaktêr, « signe gravé, empreinte ». Il connaît une grande expansion avec l’invention de l’imprimerie au 16e siècle: caractère alphabétique, caractère typographique, caractère romain; puis s’applique à d’autres systèmes d’écriture: caractère pictographique, caractère idéographique (chinois, japonais), caractère hiéroglyphique (égyptien). Mélange de son et de sens, il développe des valeurs abstraites de détermination physique et morale, esthétique et scientifique pour désigner le trait…

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Clin d’œil complice

La racine latine plec- a fourni plusieurs verbes à préfixes évoquant l’idée d’entrelacement ou de pliage. Applicare « attacher à » a donné appliquer; complicare « entremêler ensemble », compliquer; explicare « débrouiller, démêler », expliquer; implicare « entremêler dans », impliquer; replicare « plier en arrière » d’où « refléter, renvoyer », répliquer. Le mot complice est emprunté au latin tardif complex « uni étroitement, associé », formé sur plectere « entrelacer ». Adjectif ou substantivé, il se dit, par spécialisation péjorative, d’une personne qui en aide une autre à commettre un délit, en le préparant, en le facilitant ou en participant à sa consommation:…

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Brins d’herbe

L’hiver, elle est balayée, abimée de vent et de neige, asséchée, gelée, déteinte; elle arrive à n’être plus rien qu’un peu d’elle-même, clairsemée, chiffonnée et salie. L’été, elle renaît, sauvage ou cultivée, fine et folle, odorante, fluviatile, marécageuse, exotique. Herbe, herba en latin, vient d’un terme rural prélatin de la péninsule italienne. Le mot est introduit avec le sens de « plante à tige molle généralement verte dont les parties aériennes meurent chaque année »: herbes vivaces; et, en emploi singulier à valeur collective, « végétation naturelle de plantes herbacées »: touffe d’herbe. Suivi…

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Entrer en trans-

Les prépositions latines ont servi à la formation de nombreux mots en français. Abs, « d’auprès de, de chez », a formé abstinence; ad, « vers, dans la direction de », admettre; de, « se séparant de », démission; ex, « hors de », extirper; inter, « au milieu de », intermède; ob, « devant, en face », obstacle; per, « à travers, pendant », perspicacité; pro, « devant, en faveur de », propulser; sub, « sous, au fond de », subjectif; super, « par-dessus, au-delà de », superlatif. Comme préfixe, trans garde en français le sens de « au-delà », « à travers » marquant le passage, le changement: transition, transformation. En…

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Loi du silence

Le mot silence est emprunté au latin classique silentium « absence de bruit, de paroles » et « repos, inaction, oisiveté ». Envisagé par rapport au bruit, il désigne l’absence d’agitation, l’état d’un lieu où aucun son n’est perceptible: silence de la campagne, silence de mort. Envisagé par rapport à l’acte de communication, il qualifie le fait de ne pas parler: en silence; le fait de ne pas vouloir ou de ne pas pouvoir exprimer sa pensée, ses sentiments: mur de silence, conspiration du silence, « pacte d’honneur par lequel un ensemble…

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Grains de sable

Le mot sable est du latin sabulum. Il désigne, comme son étymon, une matière pulvérulente formée de petits grains minéraux qui constitue le sol en certains lieux, les rivages marins: plage de sable; les étendues désertiques: tempête de sable. Une idée d’instabilité est attachée au sable: bâtir sur du sable, « fonder un projet, une entreprise sur quelque chose de peu solide », château de sable, sables mouvants, « sables humides, peu consistants, dans lesquels on risque de s’enfoncer ». Mais la propriété qu’il a d’absorber les liquides en fait un matériau indispensable…

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Carnet de route

Le mot route est issu du latin médiéval rupta, ellipse de via rupta, « voie ouverte, frayée par force ». Il désigne d’abord un chemin percé dans une forêt pour faciliter les charrois, la chasse, la promenade, puis toute voie de communication aménagée pour la circulation de véhicules et liant, notamment, les agglomérations: route de campagne, route transcanadienne, route du vin. Il s’applique, comme terme générique, à l’ensemble des routes, le moyen de communication que représente le réseau routier: code de la route. Il passe dans le vocabulaire du vélo, cyclisme sur…

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Piqûre de maringouin

« Cette seule posture durant toute une nuit, dans cette contrainte, à la merci des Maringouins et des Mousquites, qui ne cessent de piquer jusqu’au vif, et qui sucent le sang par tout le corps, est sans doute un chevalet bien rude; et c’est le traitement que nos pauvres François avec les autres captifs reçoivent toutes les nuits, pour les disposer aux tourmens du feu, ausquels ils se doivent bien attendre. » (Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle-France en 1659 et 1660 par Jérôme Lalemant, avant que le Jésuite…

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Parer du paréo

Le mot paréo vient des îles océaniennes. Ainsi que vahiné qui désigne à Tahiti une jeune fille ou une femme, tatouer, du polynésien des îles Marquises, et tabou, du polynésien de l’île Tonga. Apparu sous la forme pareu, il nomme le vêtement traditionnel tahitien fait d’une seule pièce d’étoffe, nouée au-dessus de la poitrine pour les femmes et à la ceinture pour les hommes, couvrant les jambes jusqu’au-dessous du genou. Pierre Loti et Jules Verne, dans leurs écrits, Paul Gauguin, dans ses toiles, répandent le mot, évoquant la parure du…

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Recueil de poèmes

  « Vous m’avez dit, tel soir, des paroles si belles Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous, Soudain nous ont aimés et que l’une d’entre elles, Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux. » (Émile Verhaeren) Le poème renferme, sur très peu de lignes, une fulgurance contenue par la syntaxe, les sonorités, la parole rythmée, les images. Le mot est issu du latin poema, pris au grec poiêma « création », dérivé de poiein « faire », dans le sens qu’a l’anglais to make, « fabriquer, produire, créer »,…

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Pour le fun

Le mot fun est emprunté à l’anglais fun « amusement », d’une forme scandinave qualifiant une personne légère, insouciante. Relevé depuis 1865 au Québec, il est d’abord attesté dans les constructions le fun commence et avoir du fun, calquées sur the fun is beginning et to have (some) fun. Il est d’usage familier dans de nombreuses locutions ayant toutes le sens de « avoir du plaisir, s’amuser »: avoir un fun noir; et ses variantes de couleur fun bleu, fun vert, avoir un fun terrible, avoir du fun comme dix, avoir un…

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Haut en couleur

Le mot couleur est issu du latin color qui se rattache au groupe de celare « cacher », selon l’idée que la couleur est ce qui recouvre la surface d’une chose. Tous ses dérivés sont formés sur la racine latine: colorant, colorier, coloriage, colorisation, coloriste, colorature, bicolore, tricolore, décolorer, décoloration, incolore. Le substantif revêt d’abord la valeur de « teinte »: couleurs de l’automne; s’appliquant particulièrement à la coloration de la peau: changer de couleur, « pâlir, rougir sous l’effet d’une émotion ». Construction du cerveau, la couleur décrit la sensation que produisent sur l’œil les…

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Conjoint survivant

Le mot conjoint est issu du verbe conjoindre, signifiant « unir, assembler » en ancien français, et spécialement « unir par le mariage » en moyen français, d’après le latin conjungere « joindre ». Le participe passé est adjectivé dès le 12e siècle, acquérant au 17e siècle des valeurs spéciales en droit à propos de personnes ayant des obligations ou des droits communs: légataires conjoints. Aujourd’hui, l’adjectif désigne ce qui est uni, ce qui est lié par des intérêts communs, ce qui est intimement, étroitement, immédiatement associé: travail conjoint, problèmes conjoints. Il se répand en emploi substantivé…

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Plein d’allure

Le verbe fondamental aller est l’amalgame des verbes latins ire, vadere et ambulare signifiant tous les trois « se déplacer, avancer »; ce qui explique qu’il soit, par ses formes, l’un des plus irréguliers de la langue française: j’irai, tu vas, nous allons. Le dérivé allure désigne la manière d’aller, la vitesse de déplacement, de progression au cours d’une action, d’un mouvement: forcer l’allure, à toute allure, « le plus vite possible ». Par extension, il marque une manière de se comporter: allure noble; de se tenir: allure détendue; puis qualifie l’apparence d’une personne…

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Jus de pamplemousse

Le mot pamplemousse est emprunté au néerlandais pompelmoes, de pompel « enflé » et limoes « citron », la terminaison moes se prononçant « mouss » dans cette langue. Il désigne un arbre épineux originaire des îles de l’océan Indien, le citrus maxima, synonyme de pamplemoussier, et son fruit comestible dont la pulpe peu juteuse et acide fait qu’il ne se consomme guère que confit ou en confiture: essence de pamplemousse, « liquide d’odeur agréable, extrait du zeste du fruit ». L’autre variété, le citrus paradisi, est un arbre acclimaté et cultivé à grande échelle dans les pays…

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Le Livre de la jungle

De ses voyages en Orient, l’anglais rapporte en Europe un grand nombre de mots qui sont ensuite adoptés par les autres langues de l’Occident. Ainsi, par l’intermédiaire de l’anglais, le français connaît, puis adopte polo venu du tibétain, typhon du chinois, geisha du japonais, batik du malais, catamaran du tamoul, atoll du cinghalais, shampooing de l’hindi. Le mot jungle est issu de l’anglais jungle, transcription de l’hindoustani jangal « steppe, territoire inhabité », formé d’après le sanskrit jangala « lieu sauvage ». Dans les pays de mousson, particulièrement l’Inde et l’Asie tropicale, il désigne…

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Texte intégral

L’adjectif intégral vient du latin classique integer « intact, entier ». Il qualifie ce qui n’est l’objet d’aucune diminution, d’aucune restriction: remboursement intégral, bronzage intégral, œuvre intégrale, « édition complète des œuvres d’un auteur ». En mathématiques, il décrit la branche du calcul infinitésimal ayant pour objet fondamental l’intégration des fonctions: calcul intégral. Le dérivé intégralité désigne l’« état d’une chose complète ». L’intégrisme, proche par le sens de fondamentalisme, traditionalisme, purisme, absolutisme, totalitarisme, extrémisme, décrit une doctrine qui consiste à adopter dans une religion, un parti, un mouvement, une attitude de conservatisme intransigeant, intolérant, parfois…

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Apothéose

Le suffixe nominalisateur -ose, emprunté au grec ôsis, est utilisé en anatomie et en physiologie. Il entre dans la construction de noms qui expriment un fonctionnement ou un processus: méiose, mitose, hématose. Il représente une spécialisation en médecine, entrant dans la construction de noms de divers processus pathologiques et de maladies. La base désigne l’organe ou la partie atteinte: arthrose, névrose, psychose. Une manifestation du processus: cirrhose, ostéoporose, mononucléose tuberculose, ponose, « auto-intoxication causée par l’épuisement physique ». La nature de ces processus: ankylose, cyphose, lordose, sclérose, sténose,« rétrécissement ou étroitesse…

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Croque-mort

On entre, on crie, Et c’est la vie : On bâille, on sort Et c’est la mort. Ausone de Chancel (1808-1876) Le mot mort est issu du latin mortem, accusatif de mors « cessation de la vie ». En français, son premier sens est « décès, trépas », résultat d’un phénomène naturel: mort de vieillesse; ou d’une sanction: mise à mort. Il évoque l’idée matérielle de cadavre: raide mort; puis la personne ou son esprit vivant dans l’au-delà ou dans la mémoire des hommes: culte des morts. Il désigne la Mort, personnifiée ou…

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Boire un petit coup

Boire un petit coup c’est agréable Boire un petit coup c’est doux Mais il ne faut pas rouler dessous la table Boire un petit coup c’est agréable Boire un petit coup c’est doux. (Chanson du folklore de la Louisiane et du Canada, 18e siècle) Boire est issu du latin bibere qui se rattache à une racine indo-européenne, représentée aussi en sanskrit et en irlandais, et qui signifie « absorber un liquide ». Dès le 13e siècle, le verbe est employé dans le sens de « boire de l’alcool avec excès…

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Espace web

Web est emprunté à l’anglais web, abréviation de world wide web « filet, réseau ». Créés en 1990, le système et le mot désignent la partie d’Internet qui regroupe tous les sites du réseau mondial et qui repose sur le principe des liens hypertextes, permettant la recherche d’information, l’accès à cette information et sa visualisation: surfer sur le Web. Il fournit www figurant au début des adresses de sites. La graphie avec majuscule initiale s’impose en français pour souligner le caractère unique du Web, considéré comme nom propre: page Web, écriture Web,…

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Coup de xénie

L’élément de composition xén-, xéno- est tiré du grec xenos qui revêt, dans cette langue, les sens d’« étranger », « hôte », « insolite ». En français, il entre dans la construction de termes savants. Xénie désigne un contrat d’hospitalité envers les étrangers, passé entre des particuliers, des cités ou des États dans la Grèce antique. En physiologie, xénotaxie qualifie une réaction d’attirance d’un parasite à l’égard d’un hôte éventuel. En zoologie, le substantif masculin pluriel xénarthres désigne un sous-ordre de mammifères édentés comprenant les fourmiliers et les tatous mais…

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Yogourt nature

Le substantif masculin yogourt est attesté depuis le 15e siècle; yaourt le sera quatre cents ans plus tard. Aujourd’hui, ce sont les deux formes les plus admises du mot dont les variantes sont nombreuses, plus ou moins fréquentes et vieillies: yocourt, yoghourt, yogourth, yoghourth, youghourd, yohourt, yohourth, yagourt, yaourth. Le mot est emprunté au bulgare yugurt, yaurt, « lait caillé », lui-même pris au turc yoghurt, de yogurmak « pétrir ». Il désigne une préparation de lait de vache, de chèvre ou de brebis, caillé, non égoutté et fermenté, originaire…

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Habitez-vous toujours chez vos parents?

Selon Statistique Canada, la proportion des jeunes adultes âgés de 20 à 29 ans vivant encore au domicile parental était de 42,3 % au recensement de 2016. Dans mon cas, c’est 100 %, ce qui doit alourdir la moyenne canadienne. Bien sûr, cette situation oblige les parents à travailler plus longtemps. Personnellement, je prévois prendre ma retraite à 82 ans, si je me rappelle encore que j’ai des enfants à cet âge. Par ailleurs, la proximité que ce phénomène engendre varie d’une habitation à l’autre, tout comme les lieux de…

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Le bon usage

Au 17e siècle, le français, instrument de centralisation politique, devient une affaire d’État. Richelieu fonde l’Académie française dont la mission est de surveiller la langue, de canaliser son évolution, de contenir ses débordements, d’élaborer une grammaire et surtout un dictionnaire. L’usage décrit n’est pas celui du plus grand nombre mais celui de la Cour et des gens de qualité. Les grammairiens deviennent l’autorité suprême en matière de « bon usage ». Ils tentent d’élaborer une orthographe unique pour chaque mot. Des formes archaïques sont rétablies: corps, ptisane, poulmon. Parfois, ces…

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Pur adon

Adonner est un emprunt au latin populaire addonare, « à donner ». Le verbe est attesté dans de nombreux parlers d’oïl, qui se confondent, au 8e siècle, avec l’ancien français de la partie nord de la France. Il est rapidement considéré comme un préfixé de donner, tout en perdant son lien sémantique avec lui. Il signifie d’abord « se présenter dans une direction » puis « tendre vers un point ». Il se dit du vent lorsqu’il tourne dans un sens favorable à la marche du navire. La forme pronominale…

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Bain de boue

Le mot boue, qui s’écrit d’abord boe, est issu du gaulois bawa par le gallois baw « saleté, fange ». Il désigne un mélange de terre, de poussière et d’eau. Des emplois figurés péjoratifs apparaissent dès l’ancien français,vers 1275: se vautrer dans la boue; traîner quelqu’un dans la boue, en dire du mal; tirer quelqu’un de la boue, le soustraire d’une situation misérable. Par extension, il s’applique à des spécialisations en géologie et en médecine thérapeutique: bain de boue. Son pluriel a le sens particulier de « détritus techniques »: boues…

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Facile à comprendre

Comprendre est un emprunt au latin comprendere, forme contractée du latin classique comprehendere qui signifie « prendre, saisir ensemble ». Il s’écrit d’abord cumprendre. Le sens physique parfois violent de « empoigner, happer », doublet sémantique de prendre, recule progressivement au profit de « englober, embrasser en un tout » à la fin du 12e siècle: la péninsule ibérique comprend l’Espagne et le Portugal, l’appartement comprenait trois pièces; et celui de « concevoir, saisir par l’intelligence », évinçant entendre de l’usage courant. Il s’impose aujourd’hui avec, entre autres, le sens dominant de « saisir…

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Travailler, c’est trop dur

« Et voler, c’est pas beau, demander la charité, c’est quelque chose j’peux pas faire ». (Zachary Richard, album Mardi Gras, 1977). Travailler est issu du latin populaire tripaliare. En ancien français, il signifie « faire souffrir » physiquement et moralement. Au 12e siècle, on utilise le verbe pour parler du condamné que l’on torture, d’une femme dans les douleurs de l’enfantement ou d’une personne à l’agonie. Par abstraction, son emploi s’étend à l’idée de « transformation acquise par la peine ». Son usage se répand au sens de « faire…

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Increvable

Crever est issu du latin crepare, qui appartient au groupe de mots formés de la cellule phonique /kr/. Représentée en grec, en sanskrit et en vieux slave, elle a le sens de « crier » et « se fendre bruyamment ». Très tôt, en construction intransitive, le verbe est employé pour les êtres vivants au sens de « mourir ». Au 17e siècle, il apparaît dans le langage poétique alors qu’il est aujourd’hui péjoratif et agressif. Il signifie aussi « éclater » comme dans crever de rire. La forme pronominale se crever…

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Gouttes d’eau

Eau est issu du latin aqua qui désigne l’eau comme « élément naturel » par opposition à unda qui représente l’eau « en mouvement ». Au 4e siècle, par évolution phonétique, le mot prend la forme de egua puis ewe, le /w/ se vocalisant pour aboutir à eaue puis eau. Il désigne le liquide incolore, inodore et transparent que l’on trouve en abondance dans la nature. Ses emplois, très nombreux, sont liés à l’utilisation que l’être humain en fait sur le plan domestique, hygiénique, thérapeutique, économique et industriel: eau claire, eau douce, eau…

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Jamais -asser

Le suffixe -asser est formé sur le modèle de –asse: bonasse, dégueulasse, paperasse. Ses dérivés se développent surtout dans l’Ouest de la France à partir de la fin du 15e siècle. Il confère une valeur péjorative ou fréquentative aux verbes qu’il forme: bardasser, « remuer en faisant du bruit »; bavasser, « bavarder »; bourrasser, « malmener »; dormasser, « somnoler »; écrivasser, « écrire sans aboutir à un résultat »; finasser, « user de ruse »; jacasser, « parler avec volubilité »; rimasser, « faire de mauvais vers »; tracasser, « tourmenter avec insistance »; traînasser «…

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