L’ensemble des termes français venus des Gaulois, nos ancêtres, forme, curieusement, une courte liste d’environ 70 mots. Ils reflètent surtout le mode d’existence de populations vivant des produits de la culture, de la pêche et de la chasse: crème, cervoise, ruche, mouton, castor, brochet, guenille, braguette. Char est issu d’un mot gaulois désignant le char à quatre roues, par le latin carrus « chariot, fourgon ». Il sert à nommer la voiture à deux roues qu’utilisaient les Anciens dans les combats, les jeux, les cérémonies publiques: course de chars; un type de voiture…
Suite ...Catégorie : Capsule
Capsule
Premiers flocons
Le mot flocon, de l’ancien français floc « petite houppe », est issu du latin floccus « flocon de laine ». Il désigne une petite masse peu dense d’une matière légère, de forme à peu près sphérique, d’abord une petite touffe de fibres textiles: flocon de laine, flocon de coton, flocon de soie; et, par extension, des particules en suspension dans l’air: flocons de fumée, flocons de brume, flocons de neige. « Les flocons d’écume, volant de toutes parts, ressemblaient à de la laine » (Victor Hugo, Les travailleurs de la mer, 1866). Par analogie de…
Suite ...Vache à lait
Le mot vache est issu du latin classique vacca, « femelle du taureau », d’origine indoeuropéenne. Il conserve le sens de l’étymon: vache laitière. Mais il est employé très tôt dans des locutions illustrant le comportement ou les caractères physiques de l’animal: manger de la vache enragée, « être de mauvaise humeur » ou « souffrir de dures privations »; laisser la vache et le veau, « abandonner une femme enceinte »; il pleut comme une vache qui pisse, « beaucoup »; vache sacrée, « personne, chose mise à l’abri de toute critique ». Le mot désigne la peau préparée de l’animal:…
Suite ...Mouvement d’immigration
« Tous les moyens de l’esprit sont renfermés dans le langage » (Émile-Auguste Chartier, dit Alain). Le français qui emprunte des mots à d’autres langues profite de manières de dire et d’écrire liées à d’autres valeurs, à d’autres émotions. Pareillement, un peuple qui accueille des étrangers s’enrichit de la singularité de leurs voix. Migration est emprunté au latin migratio « passage d’un lieu à un autre », dérivé de migrare, « s’en aller, sortir », verbe issu de la racine indoeuropéenne mei-, « changer ». Dès le 16e siècle, le mot revêt le sens de « déplacement d’une population qui…
Suite ...Reste de la trâlée
Trôler est la forme moderne de troller, signalé dans la 1re édition du Dictionnaire de l’Académie française (1674). Le verbe est issu du latin populaire tragulare « suivre à la trace », dérivé du latin classique trahere « tirer ». Trôler est d’abord employé avec le sens de « aller, courir ça et là », « traîner, promener partout »: trôler sa femme. Il s’est maintenu dans les parlers régionaux de l’Ouest et du Centre de la France. Le déverbal trôlée et ses variantes trollée, trâlée, tralée, a beaucoup voyagé puisqu’il est attesté, dans l’usage général et familier,…
Suite ...Coup de fatigue
Fatiguer est emprunté au latin classique fatigare, « épuiser, harasser » qui, en latin impérial, développe le sens de « vexer, importuner ». En français, le verbe signifie « diminuer les forces » (d’un organisme, d’un organe) en lui faisant fournir des efforts excessifs: fatiguer la voix; et, par analogie, « peiner, forcer », en parlant de mécanismes: fatiguer le moteur. Il reprend le sens latin de « rebuter par l’ennui »: fatiguer les téléspectateurs. En agriculture, fatiguer la terre signifie « retourner la terre en la travaillant ou en l’épuisant par la culture répétée d’une même plante ». Fatigue a subi…
Suite ...Enfiler les perles
Le mot perle est issu du latin populaire pernula, diminutif de perna « cuisse » et, par analogie de forme, « coquillage ». Il décrit cette petite concrétion ronde, dure et brillante, d’un blanc argentin à reflets irisés, qui se forme par sécrétion de couches concentriques de nacre autour d’un corps parasite entré dans la coquille de certains mollusques marins: huître à perle. Par analogie d’aspect et d’usage, il se dit d’une petite boule de matière dure, percée de part en part, utilisée pour confectionner des bijoux ou diverses garnitures: collier de perles, perles…
Suite ...Parties de l’oraison
Le mot oraison est emprunté au latin oratio, « langage », spécialement « langage préparé, éloquence, style », oratio étant formé sur le supin oratum de orare, qui appartient à un ensemble de mots exprimant l’idée de parole solennelle. Terme religieux, il évoque une prière méditative centrée sur la contemplation divine: faire oraison; et une invocation collective qui termine les heures canoniales ou qui ponctue une célébration liturgique: oraison de la messe. En grammaire, il décrit un assemblage des mots et expressions dont est composé le langage écrit ou parlé: parties de l’oraison. Vieillis,…
Suite ...Montée de lait
On ne doit pas s’étonner que les mots latins, prononcés par des populations devenues bilingues sous l’occupation romaine de la Gaule, aient tout naturellement connu des altérations. Ainsi, certaines consonnes de syllabes prononcées de plus en plus faiblement ont fini par disparaître comme le /s/ de bestia, « bête » ou celui de testa « tête », comme le /s/ initial de schola, « école » et le /c/ de lactem, « lait ». La plupart des mots de la famille de lait ont été créés sur la base du mot français: laiterie, laitier, laitière, laitage, laitance, laiteron,…
Suite ...Débit de bière
Les premières mentions écrites de boissons fermentées à base de céréales datent de tablettes retrouvées en Mésopotamie, 4000 ans avant l’ère chrétienne. Il y a donc belle lurette que les êtres humains se nourrissent de ces décoctions qui leur ont permis de consommer l’eau même lorsqu’elle était corrompue ou d’utiliser le grain longtemps après la période de récolte. Le mot bière est un emprunt au moyen néerlandais bier ou au moyen haut allemand bier, les deux formes remontant au latin ecclésiastique biber « boisson ». Dans ces langues germaniques, il désigne…
Suite ...À l’abordage
Le mot bord est issu du francique bord (d’un vaisseau). Il est repris dans le parler des marins pour désigner l’extrémité supérieure de chaque côté d’un navire, puis chacun des côtés considéré par rapport au vent: bâbord, tribord, virer de bord; et, par extension, le navire lui-même: monter à bord, journal de bord, moyens du bord dont l’usage dépasse le contexte maritime. Par analogie, il se répand avec le sens de « contour, ligne formant l’extrémité d’une surface »: bord de mer, bord de l’eau. Au figuré, la locution au bord de…
Suite ...Subjonctif présent
Subjonctif est emprunté au bas latin grammatical (modus) subjunctivus « qui sert à lier », de subjunctum, supin de subjungere « atteler », d’où « subordonner ». Le mot désigne d’abord un mode personnel du verbe considéré comme propre à exprimer une relation de dépendance. Puis une action ou un état senti comme virtuel marquant la supposition, la prière, la volonté, l’obligation, l’affectivité, l’incertitude, l’éventualité, la crainte, l’interdiction, le doute, le désir: mode subjonctif. Son emploi est fréquent dans les phrases subordonnées introduites par « que » à l’un ou l’autre de ses quatre temps. Le présent: Joséphine…
Suite ...En caucus
Malgré son air latin, le mot caucus est issu de l’algonquin cau‑cau‑as‑u « celui qui conseille », par l’anglo-américain caucus, désignant, dans les années 1750, une alliance politique, le Caucus Club of Boston. Il est exclusif au corpus québécois, figurant dans les dictionnaires canadiens-français du début du 20e siècle et dans Le Petit Larousse illustré du 21e siècle, au sens de « réunion secrète de partisans d’un même parti politique ». Son usage courant se justifie du fait qu’il est à la fois utile, fonctionnel et qu’il dispense de recourir à des périphrases encombrantes et…
Suite ...Ligne à hardes
Le substantif féminin hardes s’écrit exclusivement au pluriel. Il est issu de l’ancien français farde « charge, bagage », emprunt à l’arabe farda « balle de vêtements, de marchandises ». Comme le catalan alfarda « pièce d’habillement qui couvrait le buste des femmes au Moyen Âge, l’espagnol alfarda et le portugais alffarda, de même sens. Il résulte de la formulation gasconne et béarnaise du mot où le /f/ se prononce /h/. Hardes se dit encore régionalement pour désigner l’ensemble des effets personnels (linge et meubles) que l’on emmenait dans ses…
Suite ...Ouvrir les guillemets
« L’âge ne compte pas, à moins d’être un fromage » (Billie Burke). Le mot guillemet représente le diminutif de Guillaume formé d’après le nom ou le prénom de l’imprimeur inconnu qui inventa ce signe typographique, apparu en 1527 mais reconnu sous cette appellation en 1672. Presque toujours au pluriel, il désigne le petit chevron double placé au début, guillemets ouvrants, et à la fin, guillemets fermants, d’une citation, d’un discours direct, d’un mot ou d’une locution que l’on désire rapporter ou mettre en valeur : « Non fortiter in re, Madame, sed…
Suite ...En vogue
Le verbe voguer est d’origine incertaine. Selon certains, il est issu de l’ancien bas-allemand wogon « se déplacer »; selon d’autres, il reprendrait le provençal vogar « avancer par la force des rames », représentant le latin vocare « convoquer » et, spécialement, « exhorter (les rameurs) à se mettre en mouvement ». Il prend le sens de « se mouvoir sur l’eau, naviguer »: voguer sur l’Atlantique; et, par métaphore, « errer à l’aventure »: voguer vers d’autres rivages. Le dérivé vogue, pris à l’italien voga puis transmis du français à l’anglais vogue, apparaît avec une valeur figurée étrangère au…
Suite ...Feu de paille
Le mot paille, du latin palea, désigne la tige entière d’une graminée, en particulier de céréale, coupée et dépouillée de son grain: fétu de paille, botte de paille. Par figure, il signifie « tirer au sort » avec des brins de paille: tirer à la courte paille. Par extension, il qualifie la matière destinée à être filée et tressée que l’on utilise pour la confection d’objets de vannerie et de sparterie: chapeau de paille, natte de paille. Par analogie d’aspect, il désigne un tuyau de papier, de matière plastique: boire avec une…
Suite ...États d’âme
Le mot âme est issu du latin anima « souffle vital » qui a produit, en ancien français, les formes aneme, anme, dénasalisées en ame. Ce n’est qu’à partir du 18e siècle que le mot s’écrit avec un accent circonflexe. Dans une perspective religieuse, spiritualiste ou culturelle, le français reprend les valeurs héritées du latin de « forme de vie supérieure », « conscience morale », « partie immatérielle et éternelle de l’homme opposée au corps », séparée de lui après la mort: rendre l’âme. La phraséologie est abondante: perdre son âme, charge d’âme, salut de l’âme, âme…
Suite ...Filet de maquereau
Maquereau est issu du moyen néerlandais makelaer « courtier, intermédiaire », dérivé de makeln « trafiquer » et maken « faire », correspondant à l’anglais to make. Le mot est d’abord attesté en Flandre et en Picardie au 13e siècle. Emprunt à l’argot, il désigne le tenancier d’une maison de tolérance, puis celui qui se fait entretenir, débauche et prostitue les femmes, vivant de l’argent qu’elles tirent de ce métier, et un entremetteur peu honorable dans divers domaines: maquereau politique. Mac, propre à l’argot qui a produit maquer « exploiter une prostituée », souteneur, plus neutre, et proxénète…
Suite ...Nature sauvage
Sauvage représente l’aboutissement du bas latin salvaticus, altération par assimilation vocalique du latin classique silvaticus « fait pour la forêt », dérivé de silva « forêt, bois ». Du 11e au 16e siècle, le mot s’écrit salvage, salvaige et saulvage. Il décrit ce qui se trouve à l’état naturel, primitif, ce qui n’a pas été modifié par l’être humain. Les animaux qui vivent en liberté, non domestiqués: cheval sauvage. Les populations considérées comme peu civilisées: hommes sauvages. Les plantes qui poussent et se développent naturellement sans être cultivées: fruits sauvages. Les…
Suite ...Job de coach
Coach est issu du hongrois kocsi « grande voiture couverte », dérivé de Kocs, nom d’un relais de poste sur la route entre Vienne et Pest. Le véhicule se répand à travers l’Europe au 16e siècle. On l’appelle cochio en vénitien et Kutsche en allemand. En France, le mot est déformé en coche. Il décrit une « grande voiture publique tirée par des chevaux, offrant le service aux voyageurs moins fortunés; les plus riches disposant de leur propre carrosse. Puis, le terme vieillit quand le véhicule est remplacé par la diligence. Le dérivé…
Suite ...Boucler le budget
Le mot budget est emprunté à l’anglais budget, déformation orale de tournures britanniques plus anciennes bowgette, boget, boudget, booget. Toutes dérivées du moyen français bougette, « petit sac », diminutif de bouge, « sac, bourse », venu, par le latin, du gaulois bulga, « poche, sac de cuir ». En Angleterre, budget désigne d’abord le sac du trésorier, puis la bourse des finances publiques, soit le budget de l’État présenté par le Chancellor of the Exchequer pour l’année à venir. Ce sens financier de « charges et recettes de l’État, des collectivités…
Suite ...Patience dans l’azur
Azur est issu du persan lâdjaward par l’arabe lâzaward et le latin médiéval lazurus. L’italien azzuro et l’espagnol azul ont la même origine mais l’allemand Azur et l’anglais azure sont empruntés au français. Le mot désigne le lapis-lazuli, appelé encore pierre d’azur et pierre d’azurite, employé en bijouterie et en tabletterie. En littérature, il décrit la couleur d’un bleu clair et intense de cette pierre fine, en particulier la couleur du ciel et de la mer par beau temps: ciel d’azur, azurs verts (Rimbaud). La locution la Côte d’Azur désigne…
Suite ...Lignes de la main
L’hominien, se redressant, accède à la bipédie et libère ses mains pour toutes sortes d’offices : se gratter, s’épouiller, toucher, palper, masser, presser, tâter, frotter, effleurer, caresser, travailler, attaquer, se défendre. Main est issu du latin manus, se rattachant à une racine indoeuropéenne. Le premier langage humain fut gestuel: signes de la main. Terme d’anatomie, le mot désigne l’organe de la préhension et du toucher qui termine le bras: cinq doigts de la main, poignée de main, main baladeuse. Dès le 10e siècle, il se retrouve dans de nombreuses locutions à…
Suite ...Ordre de toasts
Les Anglais, excellents conservateurs du français médiéval, lui empruntent tostee, « tartine grillée », de l’ancien verbe toster, « rôtir », issu du latin populaire tostare, « griller ». Ils gardent le mot au chaud sous la forme toast que les Français reprennent au 18e siècle. Toast désigne une « tranche de pain grillée ». Il pénètre de façon indépendante en français d’Europe où son genre est masculin, du thé et des toasts beurrés, et en français d’Amérique où son genre est féminin, des toasts molles et du café. Au Québec, il est le synonyme courant de rôtie, terme auquel on recourt…
Suite ...Sur les talons
En littérature, « parties du corps très délaissées depuis qu’il n’est plus d’usage de les claquer et qui ne servent plus guère qu’à faire demi-tour »: tourner les talons, « s’en aller, partir brusquement ». Le mot talon est issu d’un latin populaire talonem, accusatif de talo, altération du latin classique talus. En anatomie, il forme la partie arrière du pied: s’asseoir sur les talons. Par métonymie, il désigne la partie d’une chaussure, d’une chaussette qui l’enveloppe: bas reprisé au talon; puis la pièce rigide et saillante qui exhausse le derrière du soulier, cette…
Suite ...Épluchures de rutabaga
Le français a emprunté quelques noms de légumes à des langues étrangères. Artichaut est issu de l’arabe, aubergine du persan, carotte du grec, cresson de l’allemand, radis de l’italien. Rutabaga vient du suédois dialectal du Götland rotabagge, aujourd’hui rotabaggar, « chou-navet », formé avec l’élément rot d’origine germanique, apparenté au latin radix « rave, racine ». On l’appelle aussi chou suédois, chou de Siam et colrave en Suisse. Le mot désigne la plante potagère issue d’une hybridation du chou frisé et du navet dont la grosse racine à chair jaune ou blanche est consommée…
Suite ...Placoter un peu, beaucoup, passionnément
Le verbe placoter est formé avec le suffixe -oter à valeur diminutive ou fréquentative. Comme grignoter, siffloter, tapoter, trembloter, baisoter. Il est le résultat, par métathèse, d’une inversion des consonnes [k] et [p] de clapoter/placoter. Sans doute pour l’association des sens de « patauger » et de « bavarder » dans les langues romanes. Le verbe est usuel au Canada français. Vers 1900, il revêt le sens vieilli de « s’agiter », « remuer ou marcher dans une matière liquide » et « s’occuper à de menues besognes, passer son temps à des…
Suite ...Quasi-unanimité
L’adverbe quasi est emprunté au latin quasi, « comme si, pour ainsi dire », puis « à peu près, environ ». Son emploi est rare avant le 16e siècle, puis jugé rapidement vieilli, familier, régional ou littéraire. Il sert à marquer une similitude, une approximation, une assimilation: quasi jamais, quasi autant, quasi automatique. Comme élément de composition, il entre dans la construction de nombreux substantifs et adjectifs. Les mots formés signifient que la qualité désignée par le deuxième élément est presque totale ou soumise à certaines conditions: quasi-certitude, quasi-monopole, quasi-fission, quasi-muet, quasi-veuf, quasi-stationnaire. Il…
Suite ...Coup de vent
Le mot vent vient du latin ventus « air en mouvement ». L’étymon appartenant à une famille qui regroupe le gallois gwynt et le gothique winds dont sont issus l’anglais wind et l’allemand Wind. En français comme en latin, le mot désigne dès ses premiers emplois les mouvements naturels de l’atmosphère et leurs effets: rafale de vent. Spécialement, les déplacements de l’air dans le contexte de la navigation à voiles: direction des vents, vent debout, vent arrière, vents contraires, sous le vent. En vénerie, il dénomme l’air agité qui porte…
Suite ...Bar ouvert
Bar est issu de l’anglais bar, « barre de bois ou de métal » séparant, à l’origine, les buveurs du comptoir où ils consommaient des boissons alcooliques, puis le comptoir où sont posées les consommations et enfin le lieu lui-même où l’on boit. Le mot est emprunté à l’ancien français barre « barrière, séparation ». Au 19e siècle, dans un contexte américain, la forme bar-room, abrégée bientôt en bar, désigne un débit de boissons, quasi-obscur, où l’on consomme debout ou assis sur de hauts tabourets devant un long comptoir: tournée des bars. Il…
Suite ...À bout de souffle
Le verbe souffler, du latin classique sufflare de flare, conserve en français son sens étymologique d’« expulser de l’air par la bouche ou par le nez ». De cette valeur découlent de multiples emplois, concrets ou figurés: souffler comme un phoque, souffler à l’oreille, souffler sur ses doigts, pour les réchauffer, souffler sur son potage pour le refroidir, souffler le verre, souffler un peu, « prendre du repos », souffler quelqu’un, « le stupéfier ». Le déverbal souffle décrit le mouvement naturel ou forcé de l’air: souffle de vent, souffle d’un ventilateur; produit, notamment, par la…
Suite ...Vie de bohême
Bohème ou bohême est issu du latin médiéval Bohemus de Boihemum, nom qualifiant, selon Tacite, le pays des Boïens, ancien peuple celtique de la Bohême et de l’Aquitaine. Le mot désigne un habitant de la Bohême ou ce qui s’y rapporte, puis un membre des groupes nomades (tsiganes ou tziganes) que l’on supposait originaires de ce pays. Au 19e siècle, il acquiert la valeur culturelle de « personne menant une vie vagabonde, sans règles », qui lui vient du mouvement romantique: vie de bohème. Le féminin la bohème désigne ce mode d’existence…
Suite ...Traits de caractère
Caractère forme l’un des premiers mots du français fondamental. Il est issu du latin character « manière d’être propre à un style, comportement, marque, signe d’écriture », sens développés à partir du grec kharaktêr, « signe gravé, empreinte ». Il connaît une grande expansion avec l’invention de l’imprimerie au 16e siècle: caractère alphabétique, caractère typographique, caractère romain; puis s’applique à d’autres systèmes d’écriture: caractère pictographique, caractère idéographique (chinois, japonais), caractère hiéroglyphique (égyptien). Mélange de son et de sens, il développe des valeurs abstraites de détermination physique et morale, esthétique et scientifique pour désigner le trait…
Suite ...Clin d’œil complice
La racine latine plec- a fourni plusieurs verbes à préfixes évoquant l’idée d’entrelacement ou de pliage. Applicare « attacher à » a donné appliquer; complicare « entremêler ensemble », compliquer; explicare « débrouiller, démêler », expliquer; implicare « entremêler dans », impliquer; replicare « plier en arrière » d’où « refléter, renvoyer », répliquer. Le mot complice est emprunté au latin tardif complex « uni étroitement, associé », formé sur plectere « entrelacer ». Adjectif ou substantivé, il se dit, par spécialisation péjorative, d’une personne qui en aide une autre à commettre un délit, en le préparant, en le facilitant ou en participant à sa consommation:…
Suite ...Brins d’herbe
L’hiver, elle est balayée, abimée de vent et de neige, asséchée, gelée, déteinte; elle arrive à n’être plus rien qu’un peu d’elle-même, clairsemée, chiffonnée et salie. L’été, elle renaît, sauvage ou cultivée, fine et folle, odorante, fluviatile, marécageuse, exotique. Herbe, herba en latin, vient d’un terme rural prélatin de la péninsule italienne. Le mot est introduit avec le sens de « plante à tige molle généralement verte dont les parties aériennes meurent chaque année »: herbes vivaces; et, en emploi singulier à valeur collective, « végétation naturelle de plantes herbacées »: touffe d’herbe. Suivi…
Suite ...Entrer en trans-
Les prépositions latines ont servi à la formation de nombreux mots en français. Abs, « d’auprès de, de chez », a formé abstinence; ad, « vers, dans la direction de », admettre; de, « se séparant de », démission; ex, « hors de », extirper; inter, « au milieu de », intermède; ob, « devant, en face », obstacle; per, « à travers, pendant », perspicacité; pro, « devant, en faveur de », propulser; sub, « sous, au fond de », subjectif; super, « par-dessus, au-delà de », superlatif. Comme préfixe, trans garde en français le sens de « au-delà », « à travers » marquant le passage, le changement: transition, transformation. En…
Suite ...Loi du silence
Le mot silence est emprunté au latin classique silentium « absence de bruit, de paroles » et « repos, inaction, oisiveté ». Envisagé par rapport au bruit, il désigne l’absence d’agitation, l’état d’un lieu où aucun son n’est perceptible: silence de la campagne, silence de mort. Envisagé par rapport à l’acte de communication, il qualifie le fait de ne pas parler: en silence; le fait de ne pas vouloir ou de ne pas pouvoir exprimer sa pensée, ses sentiments: mur de silence, conspiration du silence, « pacte d’honneur par lequel un ensemble…
Suite ...Grains de sable
Le mot sable est du latin sabulum. Il désigne, comme son étymon, une matière pulvérulente formée de petits grains minéraux qui constitue le sol en certains lieux, les rivages marins: plage de sable; les étendues désertiques: tempête de sable. Une idée d’instabilité est attachée au sable: bâtir sur du sable, « fonder un projet, une entreprise sur quelque chose de peu solide », château de sable, sables mouvants, « sables humides, peu consistants, dans lesquels on risque de s’enfoncer ». Mais la propriété qu’il a d’absorber les liquides en fait un matériau indispensable…
Suite ...Carnet de route
Le mot route est issu du latin médiéval rupta, ellipse de via rupta, « voie ouverte, frayée par force ». Il désigne d’abord un chemin percé dans une forêt pour faciliter les charrois, la chasse, la promenade, puis toute voie de communication aménagée pour la circulation de véhicules et liant, notamment, les agglomérations: route de campagne, route transcanadienne, route du vin. Il s’applique, comme terme générique, à l’ensemble des routes, le moyen de communication que représente le réseau routier: code de la route. Il passe dans le vocabulaire du vélo, cyclisme sur…
Suite ...Piqûre de maringouin
« Cette seule posture durant toute une nuit, dans cette contrainte, à la merci des Maringouins et des Mousquites, qui ne cessent de piquer jusqu’au vif, et qui sucent le sang par tout le corps, est sans doute un chevalet bien rude; et c’est le traitement que nos pauvres François avec les autres captifs reçoivent toutes les nuits, pour les disposer aux tourmens du feu, ausquels ils se doivent bien attendre. » (Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle-France en 1659 et 1660 par Jérôme Lalemant, avant que le Jésuite…
Suite ...Parer du paréo
Le mot paréo vient des îles océaniennes. Ainsi que vahiné qui désigne à Tahiti une jeune fille ou une femme, tatouer, du polynésien des îles Marquises, et tabou, du polynésien de l’île Tonga. Apparu sous la forme pareu, il nomme le vêtement traditionnel tahitien fait d’une seule pièce d’étoffe, nouée au-dessus de la poitrine pour les femmes et à la ceinture pour les hommes, couvrant les jambes jusqu’au-dessous du genou. Pierre Loti et Jules Verne, dans leurs écrits, Paul Gauguin, dans ses toiles, répandent le mot, évoquant la parure du…
Suite ...Recueil de poèmes
« Vous m’avez dit, tel soir, des paroles si belles Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous, Soudain nous ont aimés et que l’une d’entre elles, Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux. » (Émile Verhaeren) Le poème renferme, sur très peu de lignes, une fulgurance contenue par la syntaxe, les sonorités, la parole rythmée, les images. Le mot est issu du latin poema, pris au grec poiêma « création », dérivé de poiein « faire », dans le sens qu’a l’anglais to make, « fabriquer, produire, créer »,…
Suite ...Pour le fun
Le mot fun est emprunté à l’anglais fun « amusement », d’une forme scandinave qualifiant une personne légère, insouciante. Relevé depuis 1865 au Québec, il est d’abord attesté dans les constructions le fun commence et avoir du fun, calquées sur the fun is beginning et to have (some) fun. Il est d’usage familier dans de nombreuses locutions ayant toutes le sens de « avoir du plaisir, s’amuser »: avoir un fun noir; et ses variantes de couleur fun bleu, fun vert, avoir un fun terrible, avoir du fun comme dix, avoir un…
Suite ...Haut en couleur
Le mot couleur est issu du latin color qui se rattache au groupe de celare « cacher », selon l’idée que la couleur est ce qui recouvre la surface d’une chose. Tous ses dérivés sont formés sur la racine latine: colorant, colorier, coloriage, colorisation, coloriste, colorature, bicolore, tricolore, décolorer, décoloration, incolore. Le substantif revêt d’abord la valeur de « teinte »: couleurs de l’automne; s’appliquant particulièrement à la coloration de la peau: changer de couleur, « pâlir, rougir sous l’effet d’une émotion ». Construction du cerveau, la couleur décrit la sensation que produisent sur l’œil les…
Suite ...Conjoint survivant
Le mot conjoint est issu du verbe conjoindre, signifiant « unir, assembler » en ancien français, et spécialement « unir par le mariage » en moyen français, d’après le latin conjungere « joindre ». Le participe passé est adjectivé dès le 12e siècle, acquérant au 17e siècle des valeurs spéciales en droit à propos de personnes ayant des obligations ou des droits communs: légataires conjoints. Aujourd’hui, l’adjectif désigne ce qui est uni, ce qui est lié par des intérêts communs, ce qui est intimement, étroitement, immédiatement associé: travail conjoint, problèmes conjoints. Il se répand en emploi substantivé…
Suite ...Plein d’allure
Le verbe fondamental aller est l’amalgame des verbes latins ire, vadere et ambulare signifiant tous les trois « se déplacer, avancer »; ce qui explique qu’il soit, par ses formes, l’un des plus irréguliers de la langue française: j’irai, tu vas, nous allons. Le dérivé allure désigne la manière d’aller, la vitesse de déplacement, de progression au cours d’une action, d’un mouvement: forcer l’allure, à toute allure, « le plus vite possible ». Par extension, il marque une manière de se comporter: allure noble; de se tenir: allure détendue; puis qualifie l’apparence d’une personne…
Suite ...Jus de pamplemousse
Le mot pamplemousse est emprunté au néerlandais pompelmoes, de pompel « enflé » et limoes « citron », la terminaison moes se prononçant « mouss » dans cette langue. Il désigne un arbre épineux originaire des îles de l’océan Indien, le citrus maxima, synonyme de pamplemoussier, et son fruit comestible dont la pulpe peu juteuse et acide fait qu’il ne se consomme guère que confit ou en confiture: essence de pamplemousse, « liquide d’odeur agréable, extrait du zeste du fruit ». L’autre variété, le citrus paradisi, est un arbre acclimaté et cultivé à grande échelle dans les pays…
Suite ...Le Livre de la jungle
De ses voyages en Orient, l’anglais rapporte en Europe un grand nombre de mots qui sont ensuite adoptés par les autres langues de l’Occident. Ainsi, par l’intermédiaire de l’anglais, le français connaît, puis adopte polo venu du tibétain, typhon du chinois, geisha du japonais, batik du malais, catamaran du tamoul, atoll du cinghalais, shampooing de l’hindi. Le mot jungle est issu de l’anglais jungle, transcription de l’hindoustani jangal « steppe, territoire inhabité », formé d’après le sanskrit jangala « lieu sauvage ». Dans les pays de mousson, particulièrement l’Inde et l’Asie tropicale, il désigne…
Suite ...Texte intégral
L’adjectif intégral vient du latin classique integer « intact, entier ». Il qualifie ce qui n’est l’objet d’aucune diminution, d’aucune restriction: remboursement intégral, bronzage intégral, œuvre intégrale, « édition complète des œuvres d’un auteur ». En mathématiques, il décrit la branche du calcul infinitésimal ayant pour objet fondamental l’intégration des fonctions: calcul intégral. Le dérivé intégralité désigne l’« état d’une chose complète ». L’intégrisme, proche par le sens de fondamentalisme, traditionalisme, purisme, absolutisme, totalitarisme, extrémisme, décrit une doctrine qui consiste à adopter dans une religion, un parti, un mouvement, une attitude de conservatisme intransigeant, intolérant, parfois…
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