Matière à réflexion

Réflexion est emprunté au bas latin reflexio, « action de tourner en arrière, reflet », dérivé de reflexum, supin de reflectere. Le mot correspond sémantiquement au verbe réfléchir. D’abord employé comme terme de mécanique, il se spécialise en optique pour désigner le phénomène par lequel la lumière est renvoyée par un obstacle, sens qui s’étend au changement de direction d’une onde sonore qui rencontre un corps interposé, à l’origine de syntagmes scientifiques: angle de réflexion, instruments à réflexion; puis s’applique abusivement au rayon calorique: réflexion de la chaleur.  Il prend métaphoriquement le…

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L’affaire est ketchup

C’est par l’anglais, langue de passage, que le français a connu, puis adopté un grand nombre de mots venus d’Asie: polo du tibétain, jute du bengali, jungle de l’hindi, catamaran du tamoul, atoll du cinghalais, thé du malais. Ketchup, conforme à la graphie anglaise, est emprunté au chinois kôe chiap ou kê tsiap « saumure de poisson », peut-être par l’intermédiaire du malais kêchap « goût ». Le mot désigne une sauce industrielle d’origine nord-américaine à base de tomate, de goût sucré et épicé, très éloignée du produit d’origine. Il renvoie à une cuisine…

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Rhume d’homme

Rhume, orthographié d’abord reume et rume, est refait, vers la fin de 16e siècle, avec le /h/ de son étymon latin rheuma, pris au grec rheuma « eau qui coule », dérivé de rhein « couler ». Le mot est indifféremment masculin ou féminin durant la Renaissance avant de se fixer au masculin en français classique. De l’idée restrictive d’« écoulement d’humeurs », suit celle d’« inflammation de la membrane muqueuse du nez, de la gorge, accompagnée de cet écoulement », d’abord dans la dénomination ancienne rhume de froidure, puis en emploi autonome: attraper un rhume. Rhume de…

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Objet d’art

Trois simples lettres, cœur de toute expression culturelle. Art est issu du latin ars, artis, « façon d’être. » D’abord féminin, le mot change de genre au 17e siècle, la terminaison étant sentie comme masculine. Le premier groupe d’emplois en français correspond à la valeur générale de « méthode, aptitude, connaissance »: art d’écrire, art de plaire, art de vivre; « habileté acquise par l’étude ou la pratique »: art militaire, art culinaire; « activité supposant une suite d’actions maîtrisées »: art du bijoutier, arts martiaux; « discipline enseignée »: maître ès arts. Par glissement progressif, le mot prend le sens d’« œuvre humaine de…

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Nuances du langage

Nuance, « tonalité d’une teinte », a donné des emplois figurés pour désigner une différence sensible entre choses de même nature et ce qui s’ajoute à l’essentiel pour le modifier légèrement: nuances de la pensée, nuances du langage. S’enquérir ou s’informer? Amasser ou accumuler? Charmes ou attraits? Contentement ou satisfaction? Envie ou jalousie? Lassitude ou fatigue? Idéologies de la moindre agitation : paresse ou fainéantise? Le choix des mots est affaire de perception et de goût. L’ignorant n’a pas appris; l’âne ne peut apprendre. Contrevérité est un substitut adroit à mensonge. La caducité…

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Sujet tabou

Tabou est la francisation graphique de l’anglais taboo, issu du polynésien tapu « interdit, sacré », rapporté en 1777 par l’explorateur James Cook dans ses relations de voyage. En Mélanésie, aux îles Tonga, aux Marquises, à Hawaï, Tahiti, Samoa et en Nouvelle-Zélande, tapu ou tabu apparaît propre à apprivoiser les forces obscures, à ce qui doit être respecté parce que saint, et craint parce qu’impur. Il s’applique à toute une série d’éléments interdits, des lieux qui ne peuvent être fréquentés, des personnes ou des objets qui ne peuvent être touchés, de mots…

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Pure race

Race vient de l’italien razza « espèce de gens », du latin ratio « nature, qualité » ou, par aphérèse, de generatio « génération ». Le mot est d’abord employé avec sa définition génétique de « subdivision de l’espèce humaine dont les membres ont des traits héréditaires »: race blanche, race noire. Il désigne ensuite un groupe naturel d’hommes qui présentent des caractères physiques et culturels semblables provenant de traditions et d’un passé communs: appel de la race; s’appliquant, par extension, à l’espèce zoologique: chien de race. Il développe le sens de « famille » considérée dans la suite des…

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Peau de satin

Satin vient de zaytuni, proprement « de la ville de Zayntun », nom arabe de la ville chinoise Tsia-Toung où l’on fabriquait ce tissu, par l’intermédiaire de l’espagnol aceituni, setuni. Le mot désigne une étoffe de soie, moelleuse et lustrée sur l’endroit sans trame apparente, puis tout tissu de même apparence: draps de satin. Une armure satin est un mode d’entrecroisement des fils de chaîne et de trame d’un tissu propre aux textiles qui présentent une surface lisse et brillante. Satin désigne aussi un feutre à poil court et luisant employé en…

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Manières d’être

Être est issu du latin populaire essere par le latin classique esse, se rattachant à la racine indo-européenne es- « se trouver ». Comme verbe, il exprime le fait d’exister, le rapport à la conscience: je pense, donc je suis; et relie le sujet à l’attribut: le temps est magnifique. Comme auxiliaire de conjugaison, il forme les temps composés de certains verbes intransitifs et pronominaux: être arrivé, s’être rencontré; ainsi que la forme passive des verbes transitifs: le suspect est surveillé par les policiers. Avec un complément, il marque l’état: être bien; la possession:…

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Tache d’huile

Huile, d’abord oile, uile, est issu du latin classique oleum, latinisation du grec elaion d’origine indo-européenne. Le /h/ initial non prononcé est introduit au 8e siècle pour distinguer huile et vile, huit et vit, huître et vitre, le /u/ et le /v/ s’écrivant de la même façon au Moyen Âge. Le mot désigne une substance grasse d’origine végétale, animale ou minérale: huile d’olive, huile de ricin, huile de pétrole; le produit obtenu par macération ou décoction de ces substances: huile aromatique, huile solaire; un combustible et un lubrifiant: lampe à…

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Coup de foudre

Foudre est l’aboutissement phonétique de fuldre, issu du latin populaire fulgura, dérivé du latin classique fulgur et fulgere « briller », en parlant de l’éclair et des astres. Au sens propre, le mot désigne la décharge électrique qui se produit lors d’un orage entre deux nuages ou entre un nuage et le sol, avec une lumière, l’éclair, et une détonation, le tonnerre. Dans la mythologie romaine, il est le faisceau enflammé, arme et attribut de Jupiter, dieu du ciel. Au figuré, par allusion aux anciennes croyances, où la foudre représentait une manifestation…

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Tique, taque, tuque

Le mot tuque est issu du préroman tukka « colline ». Variété de toque « coiffe de forme ronde », il dénomme en France, au 17e siècle, un abri élevé à l’arrière d’un navire. Il a signifié « montagne; hauteur pointue » dans les parlers des Hautes-Pyrénées. Dans les dictionnaires, le mot est désormais attesté comme québécisme. Au Québec, il désigne, depuis 1659, un bonnet tricoté, souvent en laine, serré à la tête, parfois à bords roulés et surmonté d’un pompon, que l’on porte pour se protéger du froid. La tuque est traditionnellement associée…

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Rage de dent

Dent est issu du latin dens, dentis, qui désigne l’organe de la manducation chez l’homme ou l’animal. Comme la plupart des noms d’organe, il suscite une terminologie abondante, d’abord comme générique: canines, incisives, molaires. S’agissant de dents humaines, la phraséologie reflète une série de valeurs concrètes et symboliques: dent de lait, dent de sagesse, à belles dents, qui s’oppose à du bout des dents « sans appétit », avoir quelque chose à se mettre sous la dent « manger », claquer des dents (de froid, de peur, de fièvre), sur les dents « être accablé,…

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Propriétés multiples

Multiple est un emprunt au latin multiplex « qui a beaucoup de plis ». Le français introduit le mot au 16e siècle comme terme de mathématiques: nombre multiple. Il est ensuite employé avec le sens de « constitué de l’adjonction de plusieurs éléments semblables, de plusieurs individualités identiques ou comparables »: prise (électrique) multiple, sujet multiple. Puis il adopte le sens général quasi opposé de « qui n’est pas simple, qui est composé de plusieurs éléments de nature différente »: multiple monde, propriétés multiples, à de multiples reprises. Multiplier, du latin multiplicare, est attesté pour « augmenter »,…

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Tirer la langue

Le mot langue vient du latin lingua et revêt, en français, les mêmes valeurs que son étymon. Il décrit l’organe charnu, musculeux, allongé et mobile placé dans la cavité buccale: claquement de langue. Que l’on peut sortir en signe d’effort ou de concentration, pour manifester la dérision, pour désigner ardemment quelque chose, pour embrasser goulûment, pour exprimer sa soif et, pourquoi pas, sa soif de savoir: tirer la langue. Par son rôle dans l’articulation des sons, la langue constitue l’organe de la parole chez l’être humain. Et fournit plusieurs emplois…

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Vie éphémère

Éphémère est un emprunt au grec ephêmeros, « soumis au destin de chaque jour ». En français, il s’emploie au sens de « qui ne dure qu’un jour », « qui se manifeste de manière brève »: succès éphémère, bonheur éphémère. Comme en grec, le mot désigne un insecte qui vit de quelques heures à quelques jours. Éphéméride est introduit au pluriel au sens de « tables astronomiques donnant pour chaque jour de l’année la position des astres ». Au singulier, il désigne un ouvrage groupant les événements qui se sont produits le même jour de l’année à…

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Apprendre à marcher

Marcher est issu du francique markon « marquer le pas ». Le verbe a le sens de « fouler aux pieds » avant de prendre la valeur usuelle de « se mouvoir à pied »: marcher devant; ou d’« avancer par un autre procédé »: marcher à quatre pattes. Plus généralement, il évoque le fait de « faire mouvement »: marcher au combat. De l’idée de « se mouvoir » vient celle de « fonctionner »: faire marcher une usine. Cette acception est devenue familière et les emplois figurés font équivaloir le verbe à aller: marcher à la ruine, marcher sur ses quatre-vingt ans.…

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Qui trop embrasse…

La locution proverbiale qui trop embrasse mal étreint évoque l’idée de convoitise, « qui veut trop prendre risque de tout perdre », ou d’ambition déraisonnable, « qui entreprend trop ne réussit pas ». Issu du latin stringere « serrer ». étreindre est d’abord attesté au sens de « ligoter (quelqu’un) » et, dans sa forme pronominale, s’étreindre, « se ceindre ». Il s’emploie au figuré pour « oppresser ». Littéraire, il signifie « appréhender »: étreindre la vérité. Le sens aujourd’hui courant d’« entourer avec les membres en serrant étroitement » est synonyme d’embrasser, enlacer, presser, retenir, serrer. […] une fringale […] de l’étreindre à pleins…

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Tricoté serré

Le verbe tricoter vient du germanique strikan « caresser, frotter » par l’ancien français triquot puis tricot, diminutif de trique « gourdin ». Il est d’abord employé au sens de « battre quelqu’un à coups de bâton », conservé dans la locution vieillie tricoter les côtes à quelqu’un, puis « courir, sauter, danser », sans doute pour échapper aux coups. Il décrit, en parlant du cheval, le fait de « remuer vivement les pattes sans avancer beaucoup », transposé, à propos d’un coureur cycliste, dans l’action de « pédaler à vive allure avec un petit développement ». Au Québec, cette valeur de…

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Appareil auditif

Le verbe latin audire « entendre » et « écouter », puis « comprendre », a donné ouïr en français mais aussi, par ses dérivés, de nombreux autres mots. Audience désigne le fait d’être écouté, éliminant l’ancien français oïance. Il prend le sens de « séance d’un tribunal »: lever l’audience; d’« entretien accordé par un chef d’État »: audience papale; d’« assistance » (d’un orateur), concurrencée par auditoire, « ensemble d’auditeurs »: endormir l’auditoire; et, sous l’influence de l’anglais audience, « public touché par une émission »: analyse de l’audience.  Audition désigne la faculté d’entendre les sons, puis s’applique à l’action d’écouter: audition d’un…

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Se fendre en quatre

Fendre est l’aboutissement du latin findere « ouvrir, diviser ». Le verbe signifie « couper avec force un corps solide, le plus souvent dans le sens de la longueur: fendre du bois. Par analogie, il prend le sens de « pénétrer une matière en séparant »: la charrue fend la terre; « s’ouvrir un chemin à travers un fluide »: le navire fend les flots; ou une masse: la star fend la foule. Par métaphore, il désigne le fait d’éprouver un vif sentiment de pitié, de déchirement: fendre le cœur, fendre l’âme. La forme pronominale se fendre…

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En vrac

Vrac est la réfection de waracq, un emprunt au néerlandais wrac, wraec « gâté, mal salé ». Au 17e siècle, le mot désigne du hareng mis dans des barils sans y être rangé par lits, « sec, essuyé et bien conditionné », note Nicot dans Le Thresor de la langue française en 1606. En moyen français, hareng waracq signifie « hareng de qualité inférieure ». La locution en vrac s’emploie d’abord en parlant du poisson puis, plus largement, de produits, d’objets réunis ou transportés pêle-mêle, sans emballage, sans être arrimés ou contenus dans des sacs, des caisses: marchandises…

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Roman-fleuve

Roman est issu du latin populaire romanice, « à la manière des Romains ». Le mot s’applique à la langue parlée dans la partie Nord de la France, opposée au latin qui était la langue écrite et savante, et au germanique des Francs, le francique, décrivant, du 5e au 10e siècle, un état de la langue chronologiquement intermédiaire entre le bas latin et l’ancien français. Au Moyen Age, il évoque un récit en vers adapté des anciennes légendes de la littérature latine où dominent les aventures galantes et fabuleuses: roman courtois, roman de…

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Tranches de baloney

Samedi matin, à l’épicerie. – Le client à la patronne : « Deux cents grammes de bologne, s’il vous plaît. » – La patronne au commis : « Un quart de livre de baloney, s’il te plaît. »  Baloney, baloné ou béloné, est un emprunt à l’anglais nord-américain baloney, boloney, déformation phonétique de l’italien bologna. Le mot est un synonyme familier de saucisson de Bologne. Il s’écrit sans majuscule initiale lorsqu’il est pris comme nom commun: bologne. Au début du 20e siècle, il est relevé sous la variante balle-au-nez, découlant d’une étymologie populaire. Au Québec, il désigne…

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Bain de minuit

Composé de mi- et nuit, minuit est d’abord attesté au féminin sous la forme mienuit, « milieu de la nuit »: soleil de minuit, le jour crépusculaire au-delà du cercle polaire. Devenu masculin au 16e siècle, minuit et demi, il conserve le genre féminin par archaïsme: la minuit. Centre de la nuit, favorable aux animaux maléfiques et aux puissances occultes, fantômes, sorciers et démons, le mot est naturellement chargé des fantasmes du monde nocturne : peur, secret, clandestinité, danger, à l’honneur dans la littérature fantastique. Les formules plaisantes sur les douze coups de…

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Mon beau sapin

Le mot sapin est issu du latin sappinus, par croisement du gaulois sap(p)us et du latin classique pinus « pin ». Il désigne un arbre résineux à tronc droit, à écorce épaisse et écailleuse, à branches inclinées et à feuilles persistantes, dont le fruit est un cône: gomme de sapin. Les sapins en bonnets pointus De longues robes revêtus Comme les astrologues Saluent leurs frères abattus Apollinaire, Alcools, « Les sapins ». Par métonymie, il désigne le bois blanc de cet arbre employé en menuiserie, en ébénisterie: planche de sapin. Par figure, la locution…

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Façon de parler

Parler est issu du latin ecclésiastique parabolare, qui, au sens évangélique, a donné parabole et parole (du Christ). Le verbe correspond à « émettre les sons articulés du langage humain » avec une insistance sur la matérialité sonore de l’acte: parler fort, parler du nez; « se servir d’une langue naturelle pour exprimer sa pensée »: faculté de parler; d’où, spécialement dans l’optique des grammairiens et des linguistes, « communiquer entre locuteurs à l’aide d’un système de signes vocaux propres à une communauté »: parler français, s’écouter parler, parler comme un livre. De manière restrictive, il…

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Point de bascule

Basculer est la réfection de l’ancienne forme baculer, composée de l’adverbe bas et de cul avec adjonction de la désinence verbale –er. Par un rapprochement erroné avec le latin baculum « bâton », il signifie « taper le cul par terre » et « bâtonner par derrière », généralement à plusieurs reprises. Le sens moderne et honorable de « renverser » a été adopté d’après son déverbal, bascule, de l’ancien bacule, qui désignait un système utilisant le principe du levier et du contrepoids, sens réalisé d’abord en référence au dispositif qui abaisse…

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À grands cris

Il y en a différents types : de terreur, de surprise, de rage, de libération, de soulagement, de plaisir, de vie, de mort, de bête. Leur mode de production varie : émis, poussé, tiré, arraché, échappé, étouffé, retenu, contenu, réprimé. Cri est le déverbal de crier, du latin populaire critare, réduction du latin classique quiritare « alerter les citoyens, appeler au secours », lequel repose sur une onomatopée imitant le cri du sanglier, du verrat. Le mot désigne un son intense, strident, déchirant, perçant, émis par la voix humaine: cri de désespoir,…

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Tasse de thé

Originaire d’Asie, le thé, après l’eau, est la boisson la plus bue au monde. Plusieurs langues ont emprunté leur nom du thé au chinois classique cha, comme le portugais cha, le russe tchaï, l’italien cia et l’arabe du Machreq chây. L’ancien français connaissait chia ou tcha. La forme t’e, de dialectes chinois de Formose, est passée, par les voies commerciales, au malais têh, à l’arabe du Maghreb tay, au néerlandais thee qui l’introduit en Europe, à l’anglais tea, qui le transmet au français tay, puis thé. Le mot sert à…

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Surenchère

Cher vient du latin carus au double sens d’« aimé » et « coûteux », repris dans les langues italienne, espagnole et portugaise sous la forme caro. Les deux sens du latin sont passés en français. Le sens d’« aimé », en général antéposé: cher fils; dans les tournures amicales et les formules de politesse: cher lecteur, cher Monsieur; suggérant parfois la mondanité affectée: oui, très chère; ou décrivant, au figuré, ce qui revêt une grande valeur: sa mémoire nous est chère. Le sens de « coûteux »: voiture chère; exigeant…

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Vague de froid

Le mot froid est issu du latin classique frigidus. Il s’écrit freit au 11e siècle, ce qui n’est pas sans rappeler la forme « frette », familière en français québécois. Le mot adopte sa graphie définitive au 12e siècle. Il est employé au sens concret de « qui est à une température inférieure à celle du corps humain »: coup de froid, attraper froid. Par analogie, il s’applique au domaine visuel: lumière froide, couleur froide; puis à la cuisine: manger froid; et, au 19e siècle, à la mécanique: moteur froid. Au sens…

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Envie de dormir

Le verbe dormir, du latin dormire, signifie « reposer dans le sommeil ». Cet état léthargique peut être profond ou paisible: dormir comme un loir, une marmotte, une taupe, un ours, une souche, à poings fermés, sur ses deux oreilles, comme un bienheureux, d’un sommeil de plomb, du juste; ou léger: ne dormir que d’un œil, d’une oreille, les yeux ouverts, à demi. Il développe le sens de « rester inactif ou improductif »: dormir sur son travail, laisser dormir son argent, valeur rendue, au Québec, par les expressions familières dormir…

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Voie express

L’adjectif exprès, expresse au féminin, est issu du latin expressus « mis en relief, exprimé clairement ». Il est relevé au sens de « précis, formel » conservé en droit en parlant d’un ordre, d’une loi: (à la) condition expresse. Il qualifie, dans l’usage moderne, une expédition postale très rapide, à laquelle on veille particulièrement: colis exprès; en ce sens, l’adjectif est invariable en genre et en nombre: lettres exprès. Il s’emploie adverbialement dans le sens de « faire une chose qui semble délibérée »: faire exprès. Les Anglais ont emprunté le mot dont ils…

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Révolutions françaises

Durant le Régime français (1608-1760), la langue du Canada et de Paris est la même. Séparés de la France après la conquête anglaise, la langue des Canadiens, qui deviendront des Québécois, reste collée à la terre et aux gestes quotidiens, coupée de la modernité, constamment frottée à la langue et aux modes de faire du conquérant, se ressourçant pour survivre à son fonds ancestral. À Paris, l’entrée en scène de la classe intellectuelle des Philosophes et des Encyclopédistes, soutenue par la grande bourgeoisie, marque la fin de l’influence de la…

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Charallégorix

L’ensemble des termes français venus des Gaulois, nos ancêtres, forme, curieusement, une courte liste d’environ 70 mots. Ils reflètent surtout le mode d’existence de populations vivant des produits de la culture, de la pêche et de la chasse: crème, cervoise, ruche, mouton, castor, brochet, guenille, braguette. Char est issu d’un mot gaulois désignant le char à quatre roues, par le latin carrus « chariot, fourgon ». Il sert à nommer la voiture à deux roues qu’utilisaient les Anciens dans les combats, les jeux, les cérémonies publiques: course de chars; un type de voiture…

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Premiers flocons

Le mot flocon, de l’ancien français floc « petite houppe », est issu du latin floccus « flocon de laine ». Il désigne une petite masse peu dense d’une matière légère, de forme à peu près sphérique, d’abord une petite touffe de fibres textiles: flocon de laine, flocon de coton, flocon de soie; et, par extension, des particules en suspension dans l’air: flocons de fumée, flocons de brume, flocons de neige. « Les flocons d’écume, volant de toutes parts, ressemblaient à de la laine » (Victor Hugo, Les travailleurs de la mer, 1866). Par analogie de…

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Vache à lait

Le mot vache est issu du latin classique vacca, « femelle du taureau », d’origine indoeuropéenne. Il conserve le sens de l’étymon: vache laitière. Mais il est employé très tôt dans des locutions illustrant le comportement ou les caractères physiques de l’animal: manger de la vache enragée, « être de mauvaise humeur » ou « souffrir de dures privations »; laisser la vache et le veau, « abandonner une femme enceinte »; il pleut comme une vache qui pisse, « beaucoup »; vache sacrée, « personne, chose mise à l’abri de toute critique ». Le mot désigne la peau préparée de l’animal:…

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Mouvement d’immigration

« Tous les moyens de l’esprit sont renfermés dans le langage » (Émile-Auguste Chartier, dit Alain). Le français qui emprunte des mots à d’autres langues profite de manières de dire et d’écrire liées à d’autres valeurs, à d’autres émotions. Pareillement, un peuple qui accueille des étrangers s’enrichit de la singularité de leurs voix. Migration est emprunté au latin migratio « passage d’un lieu à un autre », dérivé de migrare, « s’en aller, sortir », verbe issu de la racine indoeuropéenne mei-, « changer ». Dès le 16e siècle, le mot revêt le sens de « déplacement d’une population qui…

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Reste de la trâlée

Trôler est la forme moderne de troller, signalé dans la 1re édition du Dictionnaire de l’Académie française (1674). Le verbe est issu du latin populaire tragulare « suivre à la trace », dérivé du latin classique trahere « tirer ». Trôler est d’abord employé avec le sens de « aller, courir ça et là », « traîner, promener partout »: trôler sa femme. Il s’est maintenu dans les parlers régionaux de l’Ouest et du Centre de la France. Le déverbal trôlée et ses variantes trollée, trâlée, tralée, a beaucoup voyagé puisqu’il est attesté, dans l’usage général et familier,…

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Coup de fatigue

Fatiguer est emprunté au latin classique fatigare, « épuiser, harasser » qui, en latin impérial, développe le sens de « vexer, importuner ». En français, le verbe signifie « diminuer les forces » (d’un organisme, d’un organe) en lui faisant fournir des efforts excessifs: fatiguer la voix; et, par analogie, « peiner, forcer », en parlant de mécanismes: fatiguer le moteur. Il reprend le sens latin de « rebuter par l’ennui »: fatiguer les téléspectateurs. En agriculture, fatiguer la terre signifie « retourner la terre en la travaillant ou en l’épuisant par la culture répétée d’une même plante ». Fatigue a subi…

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Enfiler les perles

Le mot perle est issu du latin populaire pernula, diminutif de perna « cuisse » et, par analogie de forme, « coquillage ». Il décrit cette petite concrétion ronde, dure et brillante, d’un blanc argentin à reflets irisés, qui se forme par sécrétion de couches concentriques de nacre autour d’un corps parasite entré dans la coquille de certains mollusques marins: huître à perle. Par analogie d’aspect et d’usage, il se dit d’une petite boule de matière dure, percée de part en part, utilisée pour confectionner des bijoux ou diverses garnitures: collier de perles, perles…

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Parties de l’oraison

Le mot oraison est emprunté au latin oratio, « langage », spécialement « langage préparé, éloquence, style », oratio étant formé sur le supin oratum de orare, qui appartient à un ensemble de mots exprimant l’idée de parole solennelle. Terme religieux, il évoque une prière méditative centrée sur la contemplation divine: faire oraison; et une invocation collective qui termine les heures canoniales ou qui ponctue une célébration liturgique: oraison de la messe. En grammaire, il décrit un assemblage des mots et expressions dont est composé le langage écrit ou parlé: parties de l’oraison. Vieillis,…

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Montée de lait

On ne doit pas s’étonner que les mots latins, prononcés par des populations devenues bilingues sous l’occupation romaine de la Gaule, aient tout naturellement connu des altérations. Ainsi, certaines consonnes de syllabes prononcées de plus en plus faiblement ont fini par disparaître comme le /s/ de bestia, « bête » ou celui de testa « tête », comme le /s/ initial de schola, « école » et le /c/ de lactem, « lait ». La plupart des mots de la famille de lait ont été créés sur la base du mot français: laiterie, laitier, laitière, laitage, laitance, laiteron,…

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Débit de bière

Les premières mentions écrites de boissons fermentées à base de céréales datent de tablettes retrouvées en Mésopotamie, 4000 ans avant l’ère chrétienne. Il y a donc belle lurette que les êtres humains se nourrissent de ces décoctions qui leur ont permis de consommer l’eau même lorsqu’elle était corrompue ou d’utiliser le grain longtemps après la période de récolte. Le mot bière est un emprunt au moyen néerlandais bier ou au moyen haut allemand bier, les deux formes remontant au latin ecclésiastique biber « boisson ». Dans ces langues germaniques, il désigne…

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À l’abordage

Le mot bord est issu du francique bord (d’un vaisseau). Il est repris dans le parler des marins pour désigner l’extrémité supérieure de chaque côté d’un navire, puis chacun des côtés considéré par rapport au vent: bâbord, tribord, virer de bord; et, par extension, le navire lui-même: monter à bord, journal de bord, moyens du bord dont l’usage dépasse le contexte maritime. Par analogie, il se répand avec le sens de « contour, ligne formant l’extrémité d’une surface »: bord de mer, bord de l’eau. Au figuré, la locution au bord de…

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Subjonctif présent

Subjonctif est emprunté au bas latin grammatical (modus) subjunctivus « qui sert à lier », de subjunctum, supin de subjungere « atteler », d’où « subordonner ». Le mot désigne d’abord un mode personnel du verbe considéré comme propre à exprimer une relation de dépendance. Puis une action ou un état senti comme virtuel marquant la supposition, la prière, la volonté, l’obligation, l’affectivité, l’incertitude, l’éventualité, la crainte, l’interdiction, le doute, le désir: mode subjonctif. Son emploi est fréquent dans les phrases subordonnées introduites par « que » à l’un ou l’autre de ses quatre temps. Le présent: Joséphine…

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En caucus

Malgré son air latin, le mot caucus est issu de l’algonquin cau‑cau‑as‑u « celui qui conseille », par l’anglo-américain caucus, désignant, dans les années 1750, une alliance politique, le Caucus Club of Boston. Il est exclusif au corpus québécois, figurant dans les dictionnaires canadiens-français du début du 20e siècle et dans Le Petit Larousse illustré du 21e siècle, au sens de « réunion secrète de partisans d’un même parti politique ». Son usage courant se justifie du fait qu’il est à la fois utile, fonctionnel et qu’il dispense de recourir à des périphrases encombrantes et…

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Ligne à hardes

Le substantif féminin hardes s’écrit exclusivement au pluriel. Il est issu de l’ancien français farde « charge, bagage », emprunt à l’arabe farda « balle de vêtements, de marchandises ». Comme le catalan alfarda « pièce d’habillement qui couvrait le buste des femmes au Moyen Âge, l’espagnol alfarda et le portugais alffarda, de même sens. Il résulte de la formulation gasconne et béarnaise du mot où le /f/ se prononce /h/. Hardes se dit encore régionalement pour désigner l’ensemble des effets personnels (linge et meubles) que l’on emmenait dans ses…

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Ouvrir les guillemets

« L’âge ne compte pas, à moins d’être un fromage » (Billie Burke). Le mot guillemet représente le diminutif de Guillaume formé d’après le nom ou le prénom de l’imprimeur inconnu qui inventa ce signe typographique, apparu en 1527 mais reconnu sous cette appellation en 1672. Presque toujours au pluriel, il désigne le petit chevron double placé au début, guillemets ouvrants, et à la fin, guillemets fermants, d’une citation, d’un discours direct, d’un mot ou d’une locution que l’on désire rapporter ou mettre en valeur : « Non fortiter in re, Madame, sed…

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