Coup de vieux

Comme adjectifs, les formes vieil et vieux sont en concurrence depuis le 16e siècle. L’un et l’autre désignent une personne qui a vécu longtemps: vieil homme; ce qui a les caractères physiques ou moraux d’une personne âgée: vieilles mains, vieux de caractère; ce qui est relatif aux personnes avancées en âge: vieux jours. Qualifiant la durée d’un état, ils revêtent la valeur de « longue date »: vieux amis, vieille branche. En parlant de choses, ils désignent un objet dont l’origine est ancienne: vieux continent; ce qui appartient à une époque…

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Talle de bleuets

Bleu est issu du francique blao par l’intermédiaire du latin médiéval blavus. Il a produit les dérivés bleuir, bleuissement, bleuissage, bleuâtre, bleuté, bleusaille. Rare après le 16e siècle, l’adjectif bleuet, « un peu bleu », d’abord bluet, est repris par les poètes dans la seconde moitié du 19e siècle. Les filles ont dans leurs cheveux, aux promenades, Les bleuets, les jasmins et la fleur des grenades. Poème La vision du grand canal royal des Deux Mers. Charles Cros (1842-1888) Comme substantif, le mot se répand en botanique à propos d’une…

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Mots anciens, mots oubliés

« Les mots, ces gardiens du sens, ne sont pas immortels » (Arthur Adamov, L’Aveu, 1946). Si des termes nouveaux apparaissent chaque jour, pour des vies brèves ou durables, d’autres désertent nos livres et nos paroles. La Grande faucheuse emporte les mots rendus au bout de leur vie, ceux qui désignent des réalités disparues, mais aussi des termes qui, sans raison apparente, deviennent inactuels. « Le temps s’ébeausit », du verbe s’ébeausir « se mettre au beau », ne se dit plus. C’était là pourtant un terme utile, immédiatement compréhensible et…

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Chanter la pomme

Le mot pomme est issu du bas latin poma, pluriel neutre à valeur collective, du latin classique pomum désignant le fruit comestible d’un arbre, qu’il soit à noyau ou à pépins. Cette valeur générale de « fruit » est sortie d’usage, sous la concurrence d’une dénomination plus concise: pomme de paradis étant évincé par banane; pomme grenate par grenade, mais conservé dans l’anglais pomegranate; pomme d’orange étant éliminé au profit d’orange. Il prend le sens particulier de « fruit du pommier ». En cuisine, il forme divers syntagmes: pomme cuite,…

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Il y a un -ique

Le suffixe est un élément lexical qui s’ajoute à la fin d’un mot existant pour former un nouveau mot. Il change la catégorie syntaxique du mot de base de nom à verbe: zigzag, zigzaguer; d’adjectif à nom: robuste, robustesse; de verbe à nom d’action: renverser, renversement; de verbe à nom d’agent: chercher, chercheur; de nom à adjectif: crasse, crasseux. S’il ne la change pas, il y ajoute une nuance sémantique ou stylistique: tousser, toussoter, jaune, jaunâtre. L’élément –ique, du latin –icus, « relatif à, qui est propre à », est le suffixe…

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Nounouneries

Nono est hérité des parlers régionaux de France relevé en lorrain: nono « homme irrésolu »; et, sous des formes voisines, en bourguignon et en franc-comtois: nioniot, « nigaud »; en picard, en franc‑comtois et dans le parler populaire de Paris: gnogno « niais »; en poitevin, en bourguignon et en wallon: nonot; en picard et en français du 19e siècle: gnognote « personne de peu de valeur », « femme simple d’esprit ». Au Québec il est relevé depuis 1950 comme nom masculin dépréciatif pour désigner un imbécile, quelqu’un qui n’est pas très malin. Il est employé familièrement dans…

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Niveaux de lecture

PREMIER NIVEAU Le mot lecture est emprunté au latin médiéval lectura « fait de lire », « étude, érudition, commentaire juridique ». Les premières attestations réalisent le sens de « récit, enseignement » et la spécialisation religieuse de « texte liturgique » lu ou chanté: lecture de l’office. Le sens courant d’« action de prendre connaissance d’un texte en le lisant pour soi, pour l’instruction ou le plaisir », est attesté depuis le 16e siècle: salle de lecture, goût de la lecture. Par métonymie, il désigne « ce qu’on lit », des livres, des journaux, des…

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Chair à canon

Le français a emprunté à l’italien tout un vocabulaire relatif à la guerre. Certains mots ne sont plus que des souvenirs littéraires: mousquet, tromblon. D’autres sont restés usuels: soldat, de soldato, « celui qui touche une solde », sentinelle de sentire « entendre », estafette de staffa « étrier », bombe de bomba. Canon est issu de l’ancien italien cannone, augmentatif de canna « tube, conduit, tuyau ». Pièce d’artillerie, l’italianisme a remodelé le sémantisme du mot avec une phraséologie propre: poudre à canon, chair à canon. Il symbolise une politique belliqueuse. En…

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Dire amen

Amen est issu de l’hébreu āmēn « sincère, vrai ». Le mot se rattache au verbe amn « être fidèle », « être établi », « croire »; racine qui a aussi fourni les formes emouna « foi » et emana « confiance ». Il décrit une formule d’assentiment prononcée à la suite d’un discours général ou d’une prière. Qu’on retrouve dans la Bible hébraïque, les Évangiles et le Coran. Chez les Juifs, amen est une déclaration de foi et d’affirmation d’une assemblée pour marquer l’accord à ce qui vient d’être dit. Chez…

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Au compte-gouttes

Le mot goutte est issu du latin gutta « goutte de liquide », « tache en forme de goutte », et, au figuré, « petite partie, parcelle ». Il conserve le sens latin de « petite quantité de liquide » dans la locution adverbiale goutte à goutte et dans les expressions figurées se ressembler comme deux gouttes d’eau, ne pas avoir une goutte de sang dans les veines, avoir la goutte au nez. Par extension, il désigne une unité de mesure en pharmacie et une petite quantité de boisson alcoolisée.…

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Les affres de la création

Affres est issu du gotique aifr, « horrible, terrible » par l’ancien provençal afre, « horreur, épouvante ». Il signifie d’abord « effroi » puis, par extension, « angoisse née d’inquiétudes intellectuelles, morales, psychologiques »: les affres du désespoir, les affres du doute, les affres de l’amour, les « tourments provoqués par l’amour ». L’emploi au singulier est limité au domaine littéraire, notamment en poésie. (La ville) Victorieuse, elle absorbe la terre Vaincue, elle est l’affre de l’univers. (Émile Verhaeren, Les villes tentaculaires) Dans les romans, les personnages y sont « en proie » à tout propos, plongés dans les affres de…

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Ligne de départ

L’emploi du verbe départir, au sens ancien de « partager, faire le départ entre deux choses, distinguer nettement », s’est progressivement restreint puis est sorti d’usage au profit de répartir et départager. Le sens de « se séparer d’un lieu », « s’en aller » ne survit que dans le déverbal départ qui est devenu le nom d’action correspondant à partir, créant une anomalie morphosémantique. Le mot exprimant le « fait ou le moment de partir » est entré dans quelques locutions usuelles: heure du départ, préparatifs de départ, être sur son départ, « prêt à partir », départ à…

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Jeux de hasard

Hasard représente un emprunt à l’arabe az-zahr, « jeu de dés », par l’intermédiaire de l’espagnol azar. Le /h/ est ajouté au 13e siècle, les mots à initiale vocalique d’origine étrangère, étant régulièrement reproduits avec cette consonne en français du Moyen Âge. Le mot évoque un jeu où le vainqueur est désigné à l’issue d’une série de coups aléatoires, où le calcul, l’habileté n’ont aucune part: jeux de hasard (pile ou face, roulette, baccara, loterie). Il prend le sens figuré de « circonstance périlleuse »: hasards de la guerre; puis s’étend à « événement fortuit »:…

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Portrait-robot

Robot a été créé en 1924 par le dramaturge tchèque Kariel Capek dans sa pièce Les Robots universels de Rossum pour qualifier des « ouvriers artificiels ». Le mot vient du tchèque robota, « travail forcé, corvée », issu du vieux slave rabota dont le premier sens est « esclavage », d’où « travail pénible de l’esclave » puis « travail physique » et par extension « activité laborieuse ». Dans les œuvres de fiction, le mot désigne un androïde artificiel capable d’agir et de parler comme un être humain. Il est employé par métaphore…

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Longueur d’onde

Onde est issu du latin unda, qui désigne l’eau mobile et, au figuré, l’agitation, le tumulte, en parlant des mouvements de la foule et de l’air. Le mot évoque l’idée de « mouvement alternatif » lorsqu’il désigne le soulèvement de la surface d’un liquide formant des rides concentriques qui se soulèvent et s’abaissent à la suite d’un choc. Il acquiert le sens abstrait de « ce qui affecte une personne de manière intermittente »: ondes de la colère. Il exprime l’idée de « propagation » dans le vocabulaire scientifique et technique à propos de l’expansion d’un…

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Mise en chantier

Chantier résulte de l’évolution phonétique du latin canterius, proprement « mauvais cheval de charge ». Le mot réalise, par métaphore, les sens techniques de « chevron, support, étai », désignant, en particulier, les morceaux de bois sur lesquelles on pose les tonneaux dans un cellier, dans une cave: mettre du vin en chantier; la pièce servant à stabiliser des ballots; la cale supportant l’objet que l’on veut fabriquer: navire sur le chantier. Par figure, mettre en chantier signifie « commencer un ouvrage, mettre en train »; la locution est remotivée avec l’idée de « vaste travail en…

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Festivaleries

Festival est issu de l’anglais festival, « période de fête », bien que cette langue l’ait emprunté au français médiéval festival, « de fête, joyeux », dérivé du latin festivus, « où il y a une fête, divertissant ». Ce sens premier est considéré comme vieilli en français standard, sauf au Québec où il revêt les valeurs de « période de réjouissances » et « activité commerciale festive ». Ces célébrations ont lieu particulièrement l’été sur des thèmes variés : festivals de la crevette, de la gourgane, du gibier, du homard,…

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La vie d’astheure

Dans le Thresor de la langue françoyse de Jean Nicot, premier dictionnaire de la langue française à être publié en 1606, on donnait la définition suivante au mot astheure : Adverbe du temps present. Composé de deux entiers, sçavoir de A preposition, et heure nom substantif, et d’un corrompu, qui est St, dont l’entier est ceste, pronom demonstratif, qui coarcte l’adverbe au temps present, Si que le mot entier est A ceste heure, et par syncope des letres C E, Astheure, laquelle syncope est apherese, quand hastant et couppant le parler…

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Accent aigu

Accent est issu du latin accentus « intonation ». Terme de linguistique et de grammaire, il décrit l’ensemble des inflexions de la voix: accent d’intensité, accent tonique, « prononciation plus appuyée d’une syllabe dans un mot », accent rythmique. Au 17e siècle, il désigne les traits de prononciation d’une langue qui révèlent l’appartenance d’une personne à un pays, une province, un milieu déterminés: accent québécois, accent pointu (parisien), accent du Midi. Emporter de chez soi les accents familiers C’est emporter un peu sa terre à ses souliers Emporter son accent d’Auvergne ou de Bretagne…

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Le monde est petit

Petit est un mot gallo-roman présent en ancien provençal et en catalan, avec le /t/ prononcé. Il désigne un être animé de taille inférieure à la moyenne et, par extension, une jeune personne. Au figuré, il indique une condition modeste: petites gens. Il s’applique à une chose sous un rapport de grandeur temporelle: petit jour, « aube ». Pris adverbialement, il a laissé des traces dans les locutions usuelles petit à petit, « progressivement » et en petit « sur une petite échelle ». Il prend une valeur dépréciative particulièrement dans l’ordre…

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La belle saison

Saison représente l’aboutissement de sationem, accusatif du latin satio « semailles ». Le mot est attesté au sens de « temps qu’il fait », la période caractérisée par un climat relativement constant et par l’état de la végétation: saison des pluies, saison sèche; puis désigne chacune des quatre grandes divisions de l’année : printemps, été, automne, hiver. Il évoque spécialement la période où poussent certains produits de la terre, la saison des feuilles: feuillaison; des fleurs: floraison; des fruits: fructification; où se font certains travaux agricoles, la saison des semailles: semaison; des…

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Le mot de la fin

Fin, pris adjectivement, correspond au latin médiéval finus « raffiné ». Il s’applique à ce qui représente un caractère de perfection, au propre et au figuré: or fin, fine fleur. Il qualifie ce qui est délicat, gracieux: traits fins. Il désigne une personne habile et rusée: fin renard. Il s’applique à ce qui est très petit: pointe fine; cette valeur correspond aussi à un emploi adverbial: écrire fin. Au Québec, le mot a développé d’autres acceptions. Il désigne une personne sympathique, gentille, charmante: fine comme une soie. Il qualifie quelqu’un…

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Quel toupet!

« Toupee or not toupee », s’interroge cet Anglais devant des postiches, éprouvé par la fuite du temps et les progrès de sa calvitie. Le Français, lui, ne sera qu’irrité par ce toupet rebelle, cette touffe de (vrais) cheveux, qui rebique sur le sommet de son crâne. Toupet est dérivé de l’ancien français top, toup « touffe de cheveux qui surmonte le front », issu du francique top « bout » auquel est apparenté l’anglais top, « houppe de cheveux au haut du crâne », « crête, sommet ». Le sens dominant de « mèche de cheveux relevée au-dessus du front »…

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Château de cartes

Carte est issu de charta, « papier », un emprunt latinisé au grec khartês « rouleau de papyrus ». Le mot apparaît dans le vocabulaire des jeux: carte à jouer; domaine qui lui offrira plusieurs emplois figurés en locutions: brouiller les cartes, jouer cartes sur table, jouer sa dernière carte, donner carte blanche, à la carte en restauration, tirer les cartes en divination, à côté de la carte, perdre la carte, mêler les cartes, carte de mode. Petit rectangle de carton, il développe de nombreux autres sens dans les syntagmes…

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Pas assez simple

En français, le passé simple exprime un fait complètement achevé à un moment précis du passé et qui est sans continuité avec le présent. L’expression figée s’il en fut, au passé simple, signifie « comme il n’y en a pas d’autre »: « Rosella, une femme chaleureuse, s’il en fut! » Le temps est rare en dehors de la 3e personne à cause de la bizarrerie, de la complexité et de l’aspect démodé de certaines désinences aux autres formes, notamment au pluriel: -âmes, –îtes, -irent, -ûmes, -ûtes, -urent, -înmes, -întes, -inrent; ce…

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Zone d’influence

Zone est un emprunt au latin classique zona qui reprend le grec zônê « ceinture », dérivé du verbe zônnunai « ceindre ». Rare jusqu’au 11e siècle, le mot est considéré comme savant au 17e siècle. Il désigne un espace en forme de bande soit, en géographie, chacune des parties de la sphère terrestre divisée selon les cercles polaires et les tropiques et caractérisée par un climat particulier: zone torride, zone froide, zone tempérée, zone glaciale. Par extension, il s’emploie pour « surface, région, contrée, secteur »: zone sismique, zone littorale, zone…

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Hors du commun

Hors, tiré de dehors, est rare et archaïque comme adverbe de lieu : « L’ourque s’évadait dans l’écume, comme au galop, toutes voiles hors, vent arrière, bondissant de vague en vague, avec rage et gaieté. » (Victor Hugo, L’homme qui rit, 1869). Comme proposition, il signifie « en dehors de » et prend un sens physique ou temporel d’extériorité: hors murs, hors saison, hors piste. Désuet, il a pourtant formé, par emploi métaphorique ou figuré, un nombre insoupçonné de locutions courantes exprimant l’exclusion, la négation: hors budget, hors catégorie, hors mariage,…

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Cadre enchanteur

Cadre est un emprunt à l’italien quadro, substantivation de l’adjectif quadro « carré », représentant du latin quadrus, dérivé de quattuor « quatre ». Le mot est attesté au 16e siècle avec le sens usuel de « bordure », à l’origine carrée, entourant un objet plat, puis, par métonymie, un châssis fixe fait de pièces assemblées: cadre de bicyclette. L’idée de « délimitation » est appliquée, sur un plan abstrait, à ce qui circonscrit un espace, un milieu, une pensée: cadre champêtre, cadre familier, cadre de vie; à ce qui impose une contrainte: cadre…

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Beau brun

Brun de brunus est la latinisation de brun, introduit dans la Romania par les mercenaires germaniques, sans doute comme épithète de la robe du cheval. Il signifie également « brillant » en parlant des armes. Le double sens de l’étymon germanique est passé en français avec la valeur dominante de « couleur sombre entre le roux et le noir » et de « luisant, poli » qui survit dans une série de dérivés techniques: brunir, brunissage, brunisseur, brunissoir, brunissure. Brun, brune et le diminutif brunette, substantivation de l’adjectif, désignent une personne qui…

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Boîte à lunch

Lunch, de l’anglais lunch, signifie d’abord dans sa langue d’origine, « morceau, tranche épaisse » puis « léger repas pris entre le petit déjeuner et le dîner », sens qu’il emprunte à luncheon au 19e siècle. Dans les dictionnaires français, le mot est présenté comme « d’origine anglaise » au lieu d’un anglicisme, ce qui signifie qu’il se classe parmi les mots anglais utilisés depuis longtemps en français et que son emploi est jugé utile. Il désigne le repas souvent rapide et léger pris au milieu de la journée dans les pays de culture…

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Feu vert

Vert est issu du latin viridis. « vert » et, par figure, « vigoureux », dérivé de virere « être vert » en parlant des plantes, puis « être florissant ». Couleur dominante de l’été, intermédiaire entre le bleu et le jaune, il s’applique à plusieurs syntagmes: arbre vert, tapis vert, billet vert; à ses diverses nuances: vert émeraude, vert pomme, vert bouteille; à ce qui n’est pas mûr: fruit vert; aux végétaux qui ont encore de la sève: bois vert. Exprimant la valeur vitale de la croissance végétale, il décrit ce qui a de la vigueur: rester…

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Heures d’achalandage

Ça y est. À Montréal, les commerces rouvrent leurs portes… L’adjectif achalandé est formé sur chaland qui, au 16e siècle, revêt plusieurs sens dont celui de « personne qui achète habituellement chez le même marchand ». Dès l’origine, le mot signifie « fréquenté par les chalands, les clients ». Par métonymie, il acquiert le sens de « qui est bien approvisionné en marchandises diverses » puis « qui est fréquenté par une nombreuse clientèle ». Ce dernier sens, en voie de disparition en France, demeure bien vivant au Québec où il désigne plus largement « un endroit où il…

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Coups de raquette

Le mot raquette est issu du latin médiéval rasceta, qui l’a lui-même emprunté à l’arabe classique rahat « paume de la main ». L’espagnol et le portugais raqueta, l’italien rachetta ont la même origine. Son sens actuel s’est implanté dès le 15e siècle lorsqu’on est passé au jeu de paume, pratiqué à main nue, au gant de cuir, au battoir de bois couvert de parchemin, puis à l’instrument de forme ovale, adapté à un manche, permettant de frapper la balle. Les extensions de sens procèdent essentiellement d’une analogie de forme. Il…

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Bain de soleil

Soleil est issu du latin populaire soliculus, dérivé du latin classique sol, solis, astre et divinité, qui remonte à swol, une forme indo-européenne aussi à l’origine de l’italien sole, de l’espagnol, du portugais et de l’ancien français sol. Le mot désigne l’astre, producteur et émetteur d’énergie, qui donne la lumière et la chaleur à la Terre et rythme la vie à sa surface: éclipse du soleil. Il désigne plus spécifiquement la lumière du soleil: soleil de plomb, coup de soleil. Au figuré, il décrit ce qui brille, éclaire, répand son…

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Défilé de mode

Mode est emprunté au latin modus « manière ». Il apparaît en français comme nom féminin en raison de sa terminaison en /e/ avec le sens de « manière de vivre, de penser, propre à un pays, à une époque »: mode hippie. L’usage moderne a retenu le sens dérivé de « goûts passagers en matière d’habillement, ce qui touche aux apparences », réalisé, suivant les canons changeants de l’élégance, dans les locutions à la mode et passer de mode. Au masculin, le mot exprime une manière d’être ou d’agir: mode de…

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La vieille école

Le français école, l’italien scuola, l’espagnol escuela, le portugais escola, l’allemand Schule et l’anglais school sont tous issus du latin classique schola, « loisir studieux », lui-même pris au grec skholê, exprimant l’idée de « temps libre consacré à l’activité intellectuelle ». Le mot désigne un établissement où l’on donne un enseignement général: école publique; supérieur: école polytechnique; spécialisé: école d’art dramatique. Par métonymie, il se dit de l’ensemble des élèves, du personnel et du local lui-même: user ses fonds de culotte sur les bancs de l’école, « faire ses études ». Il décrit ce que…

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Casser le phon-

Les éléments phon-, phono-, -phone, –phonie sont empruntés au grec phônê « voix », « cri », « son », « langage », « parole ». Ils entrent, comme préfixes, dans la composition de noms et d’adjectifs de linguistique, de médecine, de physique: phonème, phoniatrie, phonon. Ils forment, comme suffixes, des mots relevant du domaine du langage parlé: aphone, francophonie; des instruments de musique: saxophone; de la diffusion, de la retransmission ou du traitement des sons: téléphone, microphone, gramophone. La phonétique est la partie de la linguistique qui étudie les sons du langage. L’un de ses principes est le maintien…

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Danse du ventre

Ventre est issu du latin venter, ventris, terme général pour l’estomac, le siège du fœtus, le réceptacle des entrailles, un renflement ou les flancs d’un objet. Chez l’être humain, il désigne la partie du tronc sous la taille opposée au dos: dormir sur le ventre; spécialement, chez certains bipèdes « légèrement enveloppés », comme dirait Obélix, la proéminence que forme la paroi antérieure de l’abdomen, familièrement appelée bedaine, bedon, panse. Par figure, il revêt des valeurs liées au comportement humain: avoir du cœur au ventre, « avoir du courage », se mettre à plat…

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Quel tohu-bohu

Tohu-bohu, d’abord toroul boroul, est l’altération de la locution hébraïque tohû webohû qui désigne, dans la Genèse, le chaos primitif précédant l’ordre de la création du monde. En dehors de cet emploi décrivant le paysage originel, on retrouve les deux termes séparément chez les prophètes Jérémie et Isaïe pour qui tohu traduit le néant et la désolation et bohu, l’informe et le vide. En 1552, Thohu et Bohu désignent deux îles dans le Quart Livre de Rabelais. En français, sous sa forme composée, le mot est relevé pour la première…

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Sauce tomate

Cette solanacée provient d’Amérique précolombienne comme la pomme de terre. Exportée en Europe comme elle, elle est également boudée, crainte, réputée dangereuse pour l’être humain durant deux siècles. Aujourd’hui, l’une et l’autre sont considérées des aliments essentiels sur une grande partie de la planète. Tomate est emprunté à l’ancien espagnol tomata, calque de tomatl dans la langue des Aztèques. Le mot désigne une plante herbacée annuelle: plant de tomates; et son fruit comestible, autrefois appelé pomme d’or, particulièrement dans le Midi de la France, une forme apparentée à l’italien pomodoro.…

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Confiner le temps

En cette période de confinement, les locuteurs français usent et abusent du verbe confiner. Qu’arrivera-t-il si cette quarantaine se prolonge? La mémoire étant une faculté qui oublie, chacun pourrait perdre l’usage d’expressions imagées pourtant fort populaires et ancrées dans l’imaginaire. Faut pas. Je vous invite donc à vous livrer à un exercice simple. Remplacer le verbe confiner dans chacune des expressions suivantes par le verbe que vous auriez utilisé, les doigts dans le nez, avant le confinement. J’ai choisi dix expressions propres au français standard et dix autres propres au…

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Tout le kit

Kit est un emprunt à l’anglais kit, par le néerlandais kitte « récipient en bois ». En anglais du 14e siècle, le mot désigne un baquet en bois servant à transporter du lait, du poisson, le linge de la lessive. Le sens s’étend, par métonymie, à un lot d’articles, articles of kit, constituant l’équipement du soldat, puis à un nécessaire de voyage et à un assortiment d’outils, notamment en cordonnerie. En français, le mot est introduit à propos d’un objet vendu en pièces détachées accompagnées d’un plan de montage et que l’on…

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Règles de grammaire

Le mot grammaire est issu, par évolution phonétique irrégulière, du latin grammatica, emprunté au grec grammatikê, « art d’écrire et de lire les lettres ». Il désigne d’abord l’étude du langage correct et de la littérature. En linguistique, il se spécialise au sens d’ensemble des formes et des fonctions (morphologie et syntaxe) d’une langue: grammaire générale, grammaire générative. Les mots et leurs agencements étant les signes de nos idées et les véhicules de la pensée, la grammaire en règle le fonctionnement, ralentissant les processus de changement qui affectent les langues vivantes d’une…

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Gratter la guitare

Le mot guitare est issu de l’espagnol guitarra, un emprunt à l’arabe kittàra, pris au grec kithara. Il est un doublet de cithare, formé aussi sur l’étymon grec kithara lui-même d’origine orientale, puisqu’il se rapproche du persan sih tar « trois cordes ». Il désigne un instrument de musique à cordes que l’on pince avec les doigts, muni d’un manche et d’une caisse de résonance: jouer de la guitare. Par extension, plusieurs instruments à cordes pincées ou grattées, à caisse de résonance arrondie sont désignés par ce nom: guitare arabe, dont…

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Danse de la pluie

Bulletin météo : le mauvais temps qui nous apporte, depuis des semaines, averses, orages, déluges, débordements humides, ondées abondantes, flotte et flaques de toute nature, devrait se maintenir jusqu’à la fin de l’été. Le mot pluie est issu du latin populaire ploia, réfection du latin classique pluvia, d’après plovere, « pleuvoir ». Il désigne l’eau qui tombe des nuages: gouttes de pluie, grosse pluie, pluie battante, pluie diluvienne; un phénomène météorologique: saison des pluies, pluies acides, « pluies chargées d’ions acides d’origine industrielle, nuisibles à la végétation ». Au 16e siècle, chez les poètes de…

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Plate-forme

Plat est issu du latin populaire plattus, lui-même emprunté au grec platus « étendu, large, plan ». Le mot qualifie un objet dont la surface est unie et plane: sol plat, toit plat; dont la courbure, le modelé ou le relief sont peu accentués: nœud plat, nez plat, téléviseur à écran plat. Au figuré, il qualifie un état, une situation où rien de notable ne se produit: calme plat; ce qui manque d’originalité, d’attrait, de saveur: style plat, manière plate, vin plat; le caractère d’une personne qui montre de la servilité:…

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Vie de chien

Il existe plus de 600 races de chien. Domestiqué 14 000 ans avant notre ère, nul autre animal n’a été à ce point modelé pour répondre aux besoins de l’homme. Compagnon fidèle, le chien ne parle pas mais il aboie, glapit, gronde, hurle et jappe. Il est le nez du chasseur, du douanier ou du sauveteur, l’oreille du vigile, l’œil de l’aveugle: chien courant, chien de garde, chien d’agrément. Issu du latin canis, il désigne le quadrupède de la famille des canidés, son nom formant de nombreux syntagmes: chien de berger,…

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Déguisement

L’influence germanique du /w/, rendu en français par le /g/, a grossi l’inventaire des mots commençant par cette consonne initiale: gabarit, gaffe, gant, garçon, gâteau, gaufre, gazon, gifle, gigot, grappe, grêle, groupe, gruau, guide, guirlande. Guise est issu directement du germanique ancien wisa, auquel correspond l’allemand Weise, « manière ». D’abord attesté en emploi libre au sens de l’étymon, le mot reste courant dans la locution prépositive en guise de, « en manière de, à la place de », usitée depuis le 11e siècle, comme à ma (ta, sa) guise, « selon mon (ton, son)…

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Mesures de confinement

Le nom masculin pluriel confins est issu du latin confinium « limite commune à des champs, à des territoires », d’où, par métonymie, « voisinage » et, au figuré, « état intermédiaire ». Le français reproduit ces valeurs de « parties d’un territoire situées à l’extrémité, à la frontière: aux confins du Sahara; de « point extrême, espace éloigné »: aux confins de l’univers; de « transition »: des cheveux aux confins de la rousseur, « presque roux » (Louis Aragon, 1897-1982). Le dérivé confiner, verbe transitif indirect, signifie d’abord « enfermer », puis réalise…

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Rebondissements

Bondir appartient à une famille de verbes latins bombitire, bombitare, bombire exprimant le bourdonnement, le bruit continu. Le passage du sens initial de « résonner » au sens actuel de « sauter » s’expliquerait par un changement de registre : à l’impression auditive des sons qui montent et descendent se serait substituée une impression visuelle. Le verbe signifie « s’élever promptement en l’air par une brusque détente musculaire », « s’élancer précipitamment »: bondir sur ses pieds; et, par figure, « réagir soudainement et fortement sous l’effet d’une émotion vive »: bondir de colère. Moyen de déplacement réservé aux animaux, le…

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