À fleur de peau

« Seule la peau sépare l’amour de l’amitié. C’est mince. » (Éric Emmanuel Schmitt). Peau, au 12e siècle, est d’abord orthographié pel au singulier, pels, peals, peaus au pluriel. Du latin populaire pellis « peau d’animal », « fourrure », « cuir », « parchemin », qui supplante le latin classique cutis, étymon qui formera cutané. En français, le mot désigne la membrane résistante, étanche, lavable, élastique qui recouvre le corps des humains et des animaux. Formée du derme en profondeur, richement innervé et vascularisé. Et de l’épiderme en surface, qui joue un rôle de protection des organes et des tissus…

Suite ...

Clins d’oeil 6-10

Au Moyen âge, damoiseau désigne un gentilhomme qui n’est pas encore chevalier, puis, par ironie, un jeune homme empressé et galant, surtout envers les damoiselles, forme archaïque de demoiselle, jeune fille de noble condition, puis, de nos jours, jeune femme célibataire. Garçon qualifie un jeune homme de basse condition et, depuis la Renaissance, un employé subalterne, généralement dans l’hôtellerie. Son féminin garce est pratiquement sorti d’usage au sens de « jeune fille », ne revêtant aujourd’hui que la valeur de femme de mauvaise vie ou désagréable. Désamour s’est employé du 13e au 17esiècles…

Suite ...

Guide de voyage

« Je respons ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sçay bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cerche. » (Montaigne, Essais, 1580) La marche à pied, la charrette, l’auto, la gare et plus tard l’aéroport, constituent, pour les nomades sédentarisés de force, des plates-formes pour se rendre ailleurs, le voyage conduisant à la découverte du monde en passant par la découverte de soi. Le mot vient du latin viaticum, « ce qui sert à faire la route », dérivé de via « voie, chemin. » En…

Suite ...

Route de la soie

« Elle m’a apporté d’autres french toasts […]. D’autre café. Elle m’a appelé dear. S’est inquiétée de mon bonheur, de ma santé, de ma sécurité (Sois prudent sur la route), et elle m’a dit de revenir… Une vraie waitress. Une perle. Une soie. » (Pierre Foglia, La Presse, 23 juin 1989). L’ouverture pré-trumpiste des routes de la soie,  depuis des millénaires, l’une terrestre traversant l’Asie centrale, l’autre maritime contournant l’Inde, marque le rayonnement culturel de l’Orient et l’expansion des échanges commerciaux avec l’Occident mais aussi la transmission de la pensée et de…

Suite ...

Hit-parade

« La délation est l’une des choses les plus répandues dans l’humanité. Moins tout de même que la bêtise, en tête du hit-parade. » (Michel Rigaud, dit Paul-Jean Hérault, 1934-2020). Hit-parade vient de l’anglais hit « succès » et parade « défilé ». Attesté en français depuis 1937, le mot composé, bien que vieilli prématurément, désigne le palmarès des meilleurs succès de vente dans le domaine musical, particulièrement des disques, utilisé pour mesurer la popularité des chansons et des albums : hit-parade de Françoise Hardy. Puis, par extension, le classement des films, spectacles, ouvrages littéraires par ordre…

Suite ...

Clins d’oeil 1-5

Au 11e siècle, affubler signifie « couvrir quelqu’un d’un vêtement de dessus » puis, au 16e siècle, « habiller de façon bizarre » et, au figuré, « pourvoir d’une caractéristique loufoque », son sens actuel. Qualification qui rend aussitôt cette personne intéressante : affubler sa fille de vêtements criards, affubler son garçon d’un sobriquet rigolo. La mère elle-même s’étant affublée de grosses lunettes à monture d’écaille. Verbe singulier qui remplace avantageusement munir, équiper, pourvoir et doter dans une conversation à bâtons rompus ! Les aventures d’Astérix. Quarante albums publiés depuis 1959, traduits en 107 langues, vendus à 365 millions…

Suite ...

Le secret est dans la sauce

« Un cannibale est un homme qui aime son prochain avec de la sauce. » (Jean Rigaux, 1909-1991). Sauce au 13e siècle, d’abord salce, saulce, saulse et sausse, vient du latin salsa « chose salée ». Le provençal, l’espagnol et l’italien conservent la forme latine. Le mot s’emploie d’abord pour « eau de mer », sens sorti d’usage lorsque sa valeur dominante s’affirme. « Composition culinaire fluide et souvent émulsionnée, salée, épicée ou aromatisée, destinée à accompagner un mets. »: sauce à pauvre homme, au 17e siècle sauce froide à base d’eau, de ciboule et de sel, sauce tomates, synonyme…

Suite ...

Lever le coude

« Le coude appuyé sur la table. Le menton dodelinant dans sa main au bout de son bras. Fragile équilibre qui se maintient toute la matinée. Puis, juste avant l’heure de la pause, la tête de l’homme se décroche de la paume et vient frapper lourdement le bureau. Risques du métier, me direz-vous, mais une fois encore un fonctionnaire s’est tué au travail. » (Source : Les Nuls, 1987-1992). Coude, d’abord sous les formes cute, cote et code, vient, au 14e siècle, du latin cubitus « pliure du bras » et « mesure de longueur », qui, en…

Suite ...

Retour aux sources

« Pour remonter à la source, il faut nager à contre-courant. » (Stanislaw Jerzy Lec, 1909-1966). Source s’écrit d’abord sorse et surse au 12e siècle; substantivé d’après l’ancien participe passé sors ou sours du verbe sourdre de même sens que son étymon latin surgere « surgir ». Le latin classique fons, fontis fournira quant à lui fontaine. Le mot décrit dès le départ l’eau qui « sourd » du sol et, par métonymie, le lieu où cette eau jaillit : source claire, source fraîche, eau de source, source minérale, dont l’eau contient des sels minéraux en proportion importante…

Suite ...

Ordre de grandeur

« Moi je dors dans mon lit et mon petit frère dans le sien. Maman et papa dorment ensemble parce qu’ils sont de la même grandeur. » (Mot d’enfant). Grand, grande vient du latin grandis « grand », « avancé en âge » et, appliqué au style, « sublime, imposant ». L’adjectif rivalise avec magnus « grand », qui produira magnifique, magnificence, magnanimité. En français, il est usuel dans la langue parlée dès le 9e siècle, son sens étant d’abord d’ordre qualitatif : grand honest « grande honorabilité. » Il revêt ensuite les autres valeurs de son étymon, « qui dépasse la moyenne », « qui a…

Suite ...

Arrêt sur image

« Je photographie pour conserver l’éphémère, fixer le hasard, garder en image ce qui va disparaître : gestes, attitudes, objets qui sont des témoignages de notre passage. » (Sabine Weiss, 1924-2021). Selon les Anciens, pour situer les jeunes, c’était il y a très longtemps, bien avant la création de Mario Kart World, les images seraient nées de la « disette des langues », qui, à leur commencement, étaient trop pauvres pour tout exprimer. De nos jours, l’image, dans le discours, constitue une arme de séduction mais contribue aussi à la clarté de la pensée. Le…

Suite ...

Conférence au sommet

« Il leva les yeux vers la girouette plantée au sommet du clocher. Je rêve, dit-il, ou ce coq a pondu une église? » (Éric Chevillard). Sommet, d’abord sumet et somet, est le diminutif, au 12e siècle, du provençal som « point le plus élevé », issu du latin classique summum « le plus haut » et, au figuré, « le plus parfait ». En français, le mot désigne le point culminant, la partie la plus élevée, la plus extrême d’une chose considérée dans sa verticalité: sommet d’un arbre ou cime, sommet d’un mât, sommet d’une tour. Spécialement, à…

Suite ...

Coups de dé

Alea jacta est, citation latine attribuée à Jules César. Il l’aurait prononcée en traversant avec son armée le Rubicon, petit fleuve à la frontière entre la Gaule cisalpine et l’Italie, acte qui déclenchait une guerre civile à Rome. En français, l’expression devient « le sort en est jeté » ou « les dés sont jetés » et se dit d’une résolution audacieuse sur laquelle, quoi qu’il arrive, on ne reviendra pas. Dé, le terme de jeu, vient du latin dare « jeter »,  par référence à datum, « ce qui est jeté sur la table. » Il décrit…

Suite ...

Lieu de débauche

« Voici dont la mélodie, vénéneuse et bouffonne, de la chair exhibée, offerte, captée. L’indécence des corps tordus, défaits, cambrés, remodelés, traversés. L’illumination de la fièvre, de la débauche, du débordement. » (Guy Scarpetta). Débaucher, d’abord desbauchier, dérive du français du 12e siècle bauc, bauch « poutre »; bauche ayant le sens de « maison » mais aussi de « lieu de travail, atelier ». Outre le sens de « dégrossir du bois » pour en faire des poutres et construire des bâtisses, le verbe signifie « disperser, éparpiller (des gens) », se desbaucher équivalant à « se disperser. » Au 15e siècle, par spécialisation, il prend…

Suite ...

Langage des fleurs

« Papillon, ce billet doux plié cherche une adresse de fleur. » (Jules Renard, 1864-1910). Leurs jardins sont aussi anciens que les carrés de légumes. Et dans toutes les régions du monde, sa culture dépasse toute finalité pratique et économique, se chargeant plutôt de revêtir des valeurs symboliques liées à sa forme, sa couleur, son parfum : la fleur. Le mot vient du latin florem, accusatif de flos, floris « fleur » et, par analogie, « partie la meilleure de quelque chose », la fleur étant la sommité de la tige. Le français reprend les sens du…

Suite ...

Crème de champignons

« Les champignons poussent dans les endroits humides. C’est pourquoi ils ont la forme d’un parapluie. » (Alphonse Allais, 1854-1905). Remarquable par son aspect singulier, par l’absence de chlorophylle, de tiges, de feuilles, de racines, de vaisseaux, de fleurs, de graines et de fruits, le champignon a toujours été perçu comme un végétal à part dans le monde de la flore. Le mot vient du latin populaire campaniolus, littéralement « produit de la campagne » qui, en gallo-roman, supplante fungus « champignon », le représentant du latin classique. Il adopte sa forme actuelle au 14e siècle par…

Suite ...

En beau tabarnak

« Barreau de chaise de sac à papier de sirop de calmant de sainte bénite à poil. » Jurons que mon père, Roméo Robichaud (1925-2003) enfilait souvent à la maison, restitués grâce à ma sœur, Louise, qui a bonne mémoire de ces choses. Partout dans le monde, à toutes les époques et dans toutes les langues, on jure ou on insulte. En Nouvelle-France, colonie française d’Amérique du Nord (1608-1760) tout comme dans la métropole, jurer consiste à invoquer le nom de Dieu en blasphémant : sacredieu, mort Dieu, ventre Dieu, nom de Dieu,…

Suite ...

Pelote de laine

« Ces vieux matelas en laine, une fois qu’ils sont creusés au centre… Il faut choisir : camper chacun sur la bordure ou sombrer ensemble dans la fosse commune. » (Didier Van Cauwelaert). Laine vient du latin lana de même sens, mot formé sur welna, élargissement de la racine indoeuropéenne wel- « arracher ». Ce qui atteste son utilisation très ancienne, l’homme du néolithique ayant appris à tirer parti de la toison des bêtes lanifères en leur arrachant des touffes de poils à la main. Méthode douloureuse pour les animaux qui ont souffert jusqu’à l’invention…

Suite ...

Têtes de lama

« L’esprit, c’est comme un parachute. Ça marche mieux quand c’est ouvert. » (Dalaï-Lama le quatorzième). Lama, l’animal, vient du quichua llama. Mot de la langue des Quechuas, peuple dépositaire de la civilisation inca précolombienne qui s’étendait, à son apogée, sur la partie occidentale de l’Amérique du Sud, le long de l’océan Pacifique et à cheval sur la cordillère des Andes. Il passe au français par l’intermédiaire de l’espagnol llama avec différentes adaptations : glama, lhama, lahma. Acclimaté par les relations de voyage des premiers touristes, qui ont cours au 17e siècle, sa forme…

Suite ...

Goût de pacanes

« Le gibier de toutes especes y est des plus communs [à Kaskacias]. A une lieu du bourg sont les prairies ou l’on va tuer du bœuf sauvage, chevreuil et ours que les chasseurs aportent sur des chevaux. Le bois raporte toutes sortes de fruits sauvage, comme plaquemine, jasmines, prunes, paquanne, et raisains en abondance dont on en fait du vin assés bon et en quantité. » (Journal de Vaugine de Nuisement, commandant de fort en Louisiane française, 1765). Les peuples algonquiens habitaient l’Amérique du Nord avant l’extinction des derniers mammouths il…

Suite ...

Amalgame complexe

« Tout être humain est un amalgame complexe formé de l’enseignement reçu, des événements vécus et des prédispositions génétiques particulières à son clan, sa famille, son pays, leurs traditions et leurs ancêtres. » (Alice Parizeau, 1930-1990). Amalgame vient du latin des alchimistes amalgama formé, au 15e siècle, sur l’arabe ’amal al-djama’a, « œuvre de l’union charnelle », proche d’al modjam’a, « consommation du mariage », par analogie avec l’alliage du mercure et d’un autre métal. Du français, plusieurs langues européennes adoptent des correspondants proches : l’anglais, le bosniaque, le croate, le danois, l’islandais, le norvégien, le roumain, le…

Suite ...

Échec et mat

« Un joueur d’échecs c’est comme de la peinture, s’il n’est pas brillant il est mat. » (Philippe Geluck). Échec adopte d’abord les formes eskec, eschac et eschec sous l’influence du francique skâk « butin ». Son sens primitif d’interjection s’applique au jeu inventé en Inde au 6e siècle : l’avertissement par suite d’une manœuvre d’un joueur avisant son adversaire que son roi est en danger immédiat de capture. Les Arabes le répandent en Europe au 11e siècle où il devient la distraction favorite des chevaliers et de la noblesse chrétienne. Au pluriel, le mot désigne le…

Suite ...

Ruée vers l’or

« Quand la merde vaudra de l’or, le cul des pauvres ne leur appartiendra plus. » (Henry Miller, 1891-1980). Chair du soleil pour les Égyptiens, sueur du soleil pour les Incas : l’or. Le mot vient du latin aurum ce qui explique que son symbole chimique soit Au. Dans cette langue, il prend le sens de « métal précieux de couleur jaune », en particulier « objet, monnaie de ce métal », et, au figuré, « richesse ». Valeurs retenues en français dès ses premières attestations au 9e siècle. Pour décrire le métal précieux, jaune brillant, mou, très dense, très…

Suite ...

Quelle plaie!

« Que la perle naisse d’une plaie prompte à se protéger, et que brille la nacre pour cacher la purulence, voilà l’angélique présent de la nature. » (Robert Mallet, Apostille ou l’amour et le futile, 1972). Le mot plaie vient du latin plaga « coup » et, par métonymie, « blessure qui en résulte ». Au 11e siècle, le français reprend le sens usuel de « blessure », spécialement « blessure ouverte », l’ouverture dans les chairs, dans les tissus par brûlure, coupure, déchirure, écorchure, morsure, contusion, taillade ou tout autre traumatisme : plaie béante, plaie infectée, plaie tuméfiée, panser une plaie,…

Suite ...

Crier au loup

« Le jour où l’homme cessera d’être un loup pour l’homme, il n’y aura plus de famine, de taudis ni de guerre, plus d’enfants sans amour, de vieillards sans foyer, tous ceux qui vivront auront le droit de vivre. » (Raoul Follereau, 1903-1977). Loup est un mot fondamental de l’indoeuropéen, vocabulaire reconstruit considéré comme l’origine unique des langues indo-européennes actuelles. La racine wĺ̥kʷos formera l’anglais wolf, le néerlandais wolf, l’allemand Wolf, le polonais wilk, le slovène wolk. La racine lukʷos formera le latin lupus, étymon duquel dérivent l’espagnol lobo, l’italien lupo, le…

Suite ...

Don d’orgasme

« Le X, c’est le seul métier où l’on peut avoir un orgasme sur son lieu de travail. » (Ovidie, star du X, 1999-2003). Durant l’acte sexuel, le corps subit plusieurs réactions. Les pupilles se dilatent, les vaisseaux se contractent, la température augmente, le cœur s’emballe, la pression artérielle crève le plafond. La respiration s’accélère, devient haletante, le cerveau envoie des impulsions électriques dans tous les sens qui se butent aux parois du crâne et des sécrétions jaillissent de toutes les glandes. Les muscles se tendent et se crispent comme si on…

Suite ...

Partie de quilles

« Nous aimons la musique des quilles, le choc sourd de la boule sur les pommes, sa façon de tourner (…) et cette manière raide et stupéfaite qu’ont les quilles de s’abattre sur le sol ou de se renverser entre elles. » (Joseph de Pesquidoux, Chez nous : Travaux et Jeux rustiques, 1923). En Égypte, 5000 ans av. J.-C., on s’adonne déjà à un jeu similaire qui consiste à faire tomber des colonnettes au moyen d’une boule lancée à la main. Au 13e siècle, le mot lui-même, quille, est formé d’après le vieil allemand…

Suite ...

Notes de musique

« La musique est un formidable langage qui peut circuler sans être traduit. » (Jane Birkin, 1946-2023). De l’abîme primordial, le Tout-Puissant sortit le souffle, le murmure et le cri, énonçant ainsi sa volonté d’offrir une essence vibratile et rythmique à ce monde qu’il allait créer. Il commença par les bruits du vent, de la mer et les échos des créatures de la terre. Puis il donna une voix aux humains et leur façonna des mains pour qu’ils puissent jouer d’un instrument de musique. Musique vient, au 12e siècle, du latin musica, lui-même…

Suite ...

Pâte à modeler

« S’il y a un plat universel, ce n’est pas le hamburger mais bien la pizza, parce qu’elle se limite à une base commune – la pâte – sur laquelle chacun peut disposer, agencer et exprimer sa différence. » (Jacques Attali). Le mot pâte est issu, au 12e siècle, du latin tardif pasta « farine détrempée et pétrie », lui-même emprunté au grec pasta « mets constitué à partir d’un mélange de céréales et de fromage ». En français, il s’écrit d’abord paste. Au singulier, il décrit une préparation alimentaire plus ou moins consistante à base de…

Suite ...

Crampe en masse

« La timidité est une contraction de la sensibilité, une crampe de l’esprit. » (Henri de Régnier, Donc, 1927). Cranpe vers 1100, puis crampe vers 1250, vient du francique krampa « courbé ». Le mot évoque « ce qui accroche » dans la langue des Francs dont les royaumes se succèdent ou cohabitent en Europe de l’Ouest au cours du 5e siècle après la conquête et l’occupation de ces territoires, au moment du déclin de l’Empire romain d’Occident. Il désigne une contraction musculaire soudaine et douloureuse, survenant souvent au niveau des jambes et des pieds : avoir une…

Suite ...

Festival du film

« La durée d’un film devrait être directement liée à la capacité de la vessie humaine. » (Alfred Hitchcock, 1899-1980). Film vient de l’anglais du 11e siècle film « membrane » qui se rattache à la racine indoeuropéenne pel « envelopper ». En anglais, le mot signifie « feuille très mince », puis « couche de gélatine étendue sur la plaque ou le papier », d’où vers 1880, « pellicule pour la photographie ». Le français reprend ce dernier sens de « bande pelliculaire de celluloïd ou de nitrocellulose, recouverte d’une émulsion photosensible, sur laquelle on enregistre des vues à l’aide d’un appareil cinématographique » :…

Suite ...

Régime minceur

« Chéri, je commence la cure minceur, il faut que tu m’encourages. » « Vas-y ma grosse! » Mince vient du latin minutiare « réduire, affiner », dérivé de minutus « petit, menu ». Déverbal, fin 11e siècle, de l’ancien verbe mincer « couper en petits morceaux », d’usage surtout culinaire, qui s’est effacé au 16e siècle au profit d’émincer. L’adjectif s’oppose à épais : mince comme pelure d’oignon. Et à large : mince rayon du jour. Il qualifie une personne aux formes étroites lui donnant une impression de finesse : femme mince. Depuis le 19e siècle, il s’applique comme exclamation d’étonnement, de surprise, souvent employée…

Suite ...

Ohé! du canot!

« La commodité de ces canots est grande dans ces rivières qui sont toutes pleines de cataractes ou cheutes d’eau et de rapides par lesquels il est impossible de passer aucun bateau, auxquels, quand on est arrivé, on charge canot et bagage sur les espaules, et on va par terre jusques à ce que la navigation soit belle; et pour lors on remet son canot à l’eau et on se rembarque. » (Récit [en Nouvelle-France] du Sulpicien René de Bréhant Galinée (1645-1678). Qui de mieux qu’un Sulpicien ou un Jésuite pour parler du…

Suite ...

Bain turc

« Les nuits sont enceintes et nul ne sait ce que sera le jour qui naîtra. » (proverbe turc). Turc vient, au 13e siècle, du grec byzantin Tourkos mais son étymon se rattache au mongol türküt « force, puissance », pluriel de « Türk »; nom propre s’appliquant à l’origine à divers peuples nomades de Haute-Asie. Son usage se réfère à l’Empire ottoman (1300-1919) et à ce qui est propre à la Turquie moderne, grandement influencée par l’arrivée au pouvoir de Mustapha Kemal Atatürk au 20e siècle : sérail turc, café turc, tabac turc, tapis turc, bain…

Suite ...

Pan de mur

« La vie mettra des pierres sur ton chemin. À toi de décider si tu en fais un mur ou un pont. » (Coluche, 1944-1986). Mur vient du latin murus « enceinte d’une ville », sens sans doute influencé par les rites de fondation d’une cité chez les Étrusques, et, au figuré, « défense, protection ». Le français l’adopte dès le 10e siècle pour désigner l’ouvrage de fortification qui enclot une ville. Au 13e siècle, dans des expressions adjectives et adverbiales : defors li mur « hors les murs » et « dans les murs », concurrencées tardivement par les latinismes extra-muros et…

Suite ...

Tour de magie

« La lecture a été quelque chose de magique pour moi. Il faut une vraie magie pour envisager un autre monde et essayer de le comprendre. Et une fois qu’on l’a compris, le changer. » (Gisèle Halimi, 1927-2020). Magie vient du latin magia de même sens. Dès le 16e siècle, le mot s’impose en Europe, sous des formes identiques ou proches, dans les langues romanes et germaniques : l’allemand Magie, l’anglais magic, le danois, le norvégien et le suédois magi, le roumain et le néerlandais magie, le corse, l’italien, l’espagnol, le portugais et le…

Suite ...

So so so, solidarité

« La dissemblance des doigts de la main est la preuve de la solidarité. » (Kheira Chakor) Solidaire est formé, au 15e siècle, à partir du latin juridique in solido, proprement « pour le tout ». En droit français du 17e siècle, l’adjectif signifie « complet, entier ». Il s’emploie pour « commun à plusieurs personnes de manière que chacune réponde du tout » : obligation solidaire. Par extension, il s’applique aux personnes liées par une responsabilité et des intérêts communs : être solidaire de (avec) quelqu’un, se déclarer solidaire de quelqu’un. Le substantif solidarité, en concurrence un temps avec solidité, revêt…

Suite ...

Quai des brumes

« Pris de froid, le temps se couvrit d’une écharpe de brume. » (Sylvain Tesson, Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages, 2008). La journée la plus courte de l’année se disait brevima (dies) aux premiers temps de Rome. Brevima devient bruma, avec le sens de « solstice d’hiver » puis « hiver », « temps froid. » En 118 av. J.-C., la Provence est conquise, intégrant la nouvelle province romaine de Narbonnaise. L’ancien provençal adopte bruma mais lui substitue le sens de « brouillard », caractéristique de l’hiver des régions méridionales. C’est par l’intermédiaire de ce dialecte qu’au…

Suite ...

Bourré de complexes

« Il faut une personnalité complexe pour vivre en toute simplicité dans un monde rempli d’ambigüités. » Complexe vient du latin complexus « fait d’éléments imbriqués », participe passé adjectivé de complecti « contenir. » À compter du 14e siècle, le mot désigne, comme adjectif ou substantif, un composé d’éléments hétérogènes qui entretiennent des rapports nombreux, diversifiés, difficiles à saisir par l’esprit, et présentant souvent des aspects différents : personnalité complexe, œuvre complexe, problème complexe, caractère complexe, relation complexe, nature complexe, système complexe. Sens tendant, dans l’usage courant, à se rapprocher de compliqué. Plus spécifiquement, il décrit un…

Suite ...

Rumeur publique

« La rumeur approche, l’écho la redit. » (Victor Hugo, Les Orientales, 1829). Outre qu’elle se propage, la rumeur peut aussi se déclencher, s’attiser, se confirmer, se démentir, se dissiper, s’étayer, s’étouffer, s’apaiser, bourdonner, circuler, s’assourdir, s’éteindre, monter, gronder. Le mot vient du latin rumor « bruits vagues », « propos colportés » mais sa racine attestée serait le sanskrit ruváti « il crie ». En français du 11e siècle, il s’écrit rimur, « bruit produit par une armée en marche », puis rumor comme en latin vers 1180. Il adopte sa forme actuelle au 13e siècle. Généralement, au singulier, il décrit…

Suite ...

Multitude de gens

« Tous les gens morts qu’on a aimés un peu, beaucoup, passionnément, restent vivants en nous. » Gens a la particularité d’être du genre féminin ou masculin et de nombre essentiellement pluriel, une catégorie grammaticale qui correspond à l’expression d’une pluralité des êtres et des choses. Son étymon latin gens, gentis, d’une racine indoeuropéenne signifiant « engendrer, naître », désigne un groupe de personnes qui se rattache par les mâles à un ancêtre commun, la communauté d’origine de tous les membres se révélant du nom de cet ancêtre éponyme, puis par spécialisation et extension,…

Suite ...

Vertus éjaculatrices

« Si c’est les meilleurs qui partent les premiers, que penser alors des éjaculateurs précoces ? » (Pierre Desproges, 1939-1988). Éjaculer est un emprunt savant du16e siècle au latin ejaculari « lancer avec force », dérivé de jaculum « arme de jet », lui-même issu de jacere « lancer ». En français, le verbe se spécialise au sens physiologique de « projeter hors de soi un liquide secrété par l’organisme. » Comme chez certains reptiles qui éjaculent leurs humeurs caustiques. Valeur qui évolue en « libérer le sperme lors de l’orgasme de l’homme » : (…) « c’est une admirable façon de partir, vieux, son nom…

Suite ...

Bonheur d’occasion

« Le bonheur, c’est 40 % physique et 80 % mental. » Il est où le bonheur, il est où? Il résulte simplement de la fusion de bon et heur. Heur étant issu par évolution phonétique du latin classique augurium « présage »; favorable comme bonheur, mauvais comme malheur. En français du 12e siècle, le mot est attesté au sens de « fatalité heureuse », bonne fortune, chance favorable, occasion propice, événement propre à apporter quelque satisfaction : par bonheur, porte-bonheur, marchand de bonheur, au petit bonheur : « Le reste se casa où il put, les femmes sur les genoux des…

Suite ...

Légende vivante

« Une légende dit que quand vous ne pouvez pas dormir la nuit, c’est que vous êtes éveillé dans le rêve de quelqu’un d’autre. » (Source : Facebook, août 2024). Le mot légende vient du latin legenda, proprement « ce qui doit être lu ». Au 12e siècle, il désigne le récit de la vie d’un saint qu’on lisait au réfectoire, dans les couvents et le texte qu’on prononçait à l’église durant l’office des matines, extrait, par exemple, du Martyrologe de saint Jérôme ou des Acta martyrum et sanctorum, réédités au 19e siècle par Theodorico…

Suite ...

Jeu de jambes

« Le matin, un unijambiste sait tout de suite quand il se lève du mauvais pied. » (Source : Facebook, octobre 2024). Jambe se disait crus en latin classique. Mot supplanté en latin populaire par gamba « jarret de cheval », lui-même pris au grec kampê « courbure, flexion, articulation d’un membre ». En français du 11e siècle, ce sens s’étend à tous les quadrupèdes, puis aux bipèdes. En anatomie humaine, pour désigner le segment du corps qui s’étend du genou au pied, servant de soutien dans la station verticale et d’organe de la marche : os de la…

Suite ...

Plier l’échine

« Personne ne vous marchera dessus si vous ne courbez pas l’échine. » (Martin Luther King, 1929-1968). Le mot échine vient du francique skina, « baguette de bois », d’où « aiguille, os long »; le francique étant la langue germanique des Francs, qui apporta de nombreux mots au latin populaire des Gaules entre 750 et 1050. Que l’allemand moderne a conservé sous les formes Schienbein « tibia » et Schiene « rail ». En français, dès le 11e siècle, il désigne la colonne vertébrale d’un animal : « Il prit le temps de dire bonsoir à ses bêtes, caressant des mufles, tapotant…

Suite ...

Boîte de sardines

« Sardine : petit poisson sans tête qui vit dans l’huile. » (Léo Campion, 1905-1992). Région autonome de l’Italie, la Sardaigne forme l’une des grandes îles de la Méditerranée occidentale. Fréquentée sur terre par de nombreux touristes et sur mer par de nombreux pêcheurs ramenant aux ports sardes des moissons de poissons. Le plus petit étant la sardine. Mot pris au latin sardina, littéralement « poisson de Sardaigne », repris par l’ancien provençal sardina au 12e siècle. Forme conservée par l’italien, l’espagnol, le catalan et le basque. Copiée sur la graphie française par l’anglais et l’allemand.…

Suite ...

Odyssée de l’espace

« Communiquer suppose aussi des silences, non pour se taire, mais pour laisser un espace à la rencontre des mots. » (Jacques Salomé). Espace au 12e siècle vient du latin spatium « champ de course, arène », puis « surface libre, étendue, distance » et aussi « laps de temps, durée. » De genre neutre en latin, le mot s’utilise d’abord en français indifféremment au féminin ou au masculin. Il décrit l’étendue sans limites perceptibles qui englobe tout ce qui existe, tant au niveau universel que conceptuel. En sciences, le milieu, dans lequel se situe l’ensemble de nos perceptions…

Suite ...

Mélange des genres

« Si les règles et les genres ont jamais été imaginés, c’était pour assurer à l’esprit humain sa pleine liberté, pour lui permettre les cris, et la surprise, et le chant profond. » (Jean Paulhan, 1884-1968). Le genre des noms est la catégorie grammaticale fondée sur la distinction naturelle entre les sexes ou sur des critères établis par convention : genre féminin, genre masculin, genre inanimé, genre neutre, genre épicène. Propriété qui se communique, par le phénomène de l’accord, au déterminant, à l’adjectif épithète ou attribut, parfois au participe passé, ainsi qu’au pronom…

Suite ...

Mots d’esprit

« L’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne. » (Pierre Desproges, 1939-1988). Merci à ma sœur Louise de me l’avoir rappelé. Esprit vient du latin spiritus « souffle, air ». Il s’écrit d’abord espirit et esperit au 12e siècle. Sa forme moderne ne se répandra qu’à partir du 16e siècle. Mot complexe qui revêt de multiples acceptions, c’est par l’intermédiaire des textes chrétiens d’inspiration divine qu’il est introduit en français : Sanctus Spiritus, Saint-Esprit, la troisième personne de la Trinité, qui procède du Père par le Fils. Le souffle vital, l’action créatrice et bienfaisante de Dieu.…

Suite ...