À l’abri

Abrier est issu du latin apricus, « exposé au soleil ». Le verbe existe en français depuis le 11e siècle avec le sens de « couvrir ». Au 16e siècle, Montaigne s’en sert encore dans ses Essais : « …Je leur donne loy, de me commander de m’abrier chauldement, si je l’ayme mieux ainsi, que d’autre sorte… » (Livre 2, chap.37). Vieilli, le verbe reste toutefois en usage dans les parlers régionaux du Nord de la France. Le Petit Larousse illustré le considère comme un particularisme au Québec et en Acadie où il…

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Magasin général

Le mot magasin est emprunté à l’arabe makhâzin, « entrepôt », du verbe khazana « rassembler, amasser », par l’intermédiaire de l’italien magazzino ou du provençal. Ce premier sens, « entrepôt de matières premières, de produits, de pièces », s’est maintenu jusqu’à nos jours : magasin à grains, magasin des décors, magasin d’armes. Il s’applique ensuite à un établissement commercial où l’on expose des marchandises en vue de les vendre : magasin d’alimentation, magasin de disques, grand magasin. Il s’enrichit d’emplois techniques, désignant la cavité d’une arme à feu recevant les cartouches : magasin d’un fusil; et le boîtier…

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All hallow’ s even

Halloween vient de l’anglais all hallow’s even, « veille de tous les saints », une fête d’origine celtique. Chez les Celtes, la veille du nouvel an était célébrée le 31 octobre, nuit de Samhain, dieu de la mort. Cette nuit-là, les fantômes des morts rendaient visite aux vivants. En signe de bienvenue, les Celtes déposaient des offrandes devant leurs portes. Ils allumaient de grands feux revêtus de costumes d’épouvante et maquillés de façon effrayante pour éloigner les mauvais esprits qui accompagnaient les proches disparus. Peu à peu, la culture celte perd de…

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Bon débarras

Le verbe transitif débarrasser est attesté depuis 1584. Il est précédé du participe passé debaracee, « debaracee de mon enfantement », lui-même issu, par contraction, de desembarasser, un verbe emprunté à l’espagnol desembarazar signifiant « enlever, retirer ce qui encombre ». En français, il revêt d’autres significations : « déblayer, dégager », débarrasser la voie publique; « partir », débarrasser le plancher; « filtrer, purifier », débarrasser des impuretés; « délester, soustraire », débarrasser de son argent; « décharger, soulager », débarrasser d’un poids; « être délivré d’une personne que l’on écarte », débarrasser de quelqu’un. Son emploi est elliptique dans le sens d’enlever le couvert : débarrasser…

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Théorie du complot

Le mot complot est d’origine incertaine. Le Dictionnaire historique de la langue française rapporte qu’il serait apparu à la fin du 12e siècle par tripotage du mot pelote. D’une forme intrigante, com peloter, signifiant « mettre ensemble de petits bouts de corde en les serrant autour de l’un d’eux »; ces trois éléments, « assemblage », « serré » et « recouvert », donc « dissimulé », revêtant les premiers sens du mot complot : « foule serrée autour de quelqu’un », « mêlée » et « union en vue d’atteindre un but caché ». De nos jours, il décrit un dessein secret concerté entre plusieurs personnes,…

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Vue sur la véranda

Le mot véranda est issu du latin varus, un adjectif qui désigne un homme ou un animal dont les jambes ne sont pas droites. Par analogie, il est employé pour désigner un bâton fourchu, un assemblage de bois vaguement semblable, par sa forme, à une paire de jambes, puis toute pièce de bois d’un échafaudage. Dans le sens de « barre d’échafaudage », il passe au portugais sous la forme vara. Un composé, varanda, désigne dans cette langue une galerie soutenue par une charpente formée de perches le long des murs…

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Prendre ses distances

L’adjectif distant dérive du latin distans, participe présent de distare « être éloigné » dans l’espace ou le temps. Qu’il s’agisse d’objets ou d’individus : partie la plus distante de la maison, couple distant par l’âge. Spécialement, il désigne quelqu’un qui décourage la familiarité : personne distante. Le nom correspondant distance recouvre la notion d’écart, d’intervalle mesurable qui sépare deux points dans l’espace ou le temps : distance entre Québec et Montréal, à quelques mois de distance. Les locutions, au concret comme au figuré, sont nombreuses : à courte distance, « à deux pas »; à distance « de…

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Sacré Charlemagne

Au départ, le français n’est qu’une des formes prises par le latin parlé dans une région donnée, comme les autres langues romanes. En somme, c’est un patois qui a réussi. Au 8e siècle, sous Charlemagne, le français n’est plus seulement un idiome qui vit et se modifie au rythme des besoins des usagers. Des instances supérieures, ecclésiastiques ou nationales, vont chercher à l’améliorer, à le protéger et à l’enrichir. Sous l’impulsion de l’empereur, la renaissance carolingienne marque le renouvellement du vocabulaire français. Quantité de nouveaux mots sont empruntés au latin…

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Salon de massage

Le verbe masser est un emprunt à l’arabe massa « toucher, palper ». En français, il se manifeste d’abord dans les relations de voyage des explorateurs se rendant en Orient au 18e siècle. Cet art se rapportant au fait d’exercer, avec les mains ou à l’aide d’appareils spéciaux, des pressions, des vibrations, des percussions sur les chairs d’une personne, dans un but thérapeutique ou hygiénique. Par plaisanterie, il signifie « donner des coups violents. » : masser les côtes (de quelqu’un). Les dérivés masseur et masseuse, spécialistes de ces techniques, apparaissent au début du 19e siècle. Après…

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Multimédia

Le développement de la communication de masse au 20e siècle entraîne une plus large diffusion et l’unification des usages de la langue française. Les mots prononcés à la radio et à la télévision ou écrits dans les journaux par un petit nombre de personnes sont écoutés ou lus chaque jour par des millions d’autres qui, par la suite, prennent l’habitude de les utiliser. Mass média reprend l’anglais américain mass media, formé du français masse, « grande quantité » et du latin medium « milieu, à la portée de tous ». L’abréviation média, avec ou…

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Soins infirmiers

Le mot infirme, orthographié d’abord enferm en ancien français, est l’aboutissement du latin classique infirmus; le préfixe in- signifiant « sans » dans cette langue et firmus « ferme », soit « sans fermeté » au physique comme au moral. Avant le 16e siècle, il s’applique à ce qui représente des défauts ou des faiblesses graves chez une personne avant de revêtir son sens moderne de personne atteinte de diminution physique, handicaps et autres incapacités : corps d’infirme; et au figuré, ce qui présente des déficiences ou des imperfections : nature infirme. Infirmité désigne d’abord une indisposition physique, puis…

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Sautes d’humeur

Le mot humeur est emprunté au latin classique humere « être liquide ». Il désigne d’abord l’eau comme élément nécessaire à la vie, symbolisant l’amour, puis est employé pour « humidité ». Il revêt ensuite dans la médecine ancienne, le plus souvent au pluriel, le sens de « liquide organique » pour distinguer les quatre « humeurs » du corps : la bile, l’atrabile, le flegme et le sang. Ce dosage était supposé déterminer le tempérament, l’état d’âme de l’être humain. Par extension, dans un emploi littéraire, il désigne l’ensemble des tendances dominantes qui forment le caractère, puis…

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Je me moi

Ego est un mot latin, francisé tel quel, nominatif du pronom personnel de la 1ère personne, et qui a un correspondant exact dans le grec ego. Calque de l’allemand das Ich « le je », employé par Kant à la fin du 18e siècle, il est introduit en philosophie désignant en allemand, en anglais et en français, l’unité transcendantale du moi, le sujet pensant dans son unicité et son unité fondamentale. Le dérivé égocentrique désigne une personne centrée sur elle-même : attitude égocentrique. Puis l’adjectif produit le substantif égocentrisme : tendance à ne considérer…

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Dire non

L’emploi de la double négation ne… pas se fixe définitivement au 16e siècle, ce qui, au regard des autres langues romanes, fait figure d’innovation. En français on dit alors « je ne vois pas », mais simplement non vedo en italien, no veo en espagnol et não vejo en portugais. La particule /ne/ peut aussi être renforcée par un autre terme désignant un objet de peu de valeur ou de valeur nulle, comme mie, ail, clou, miette, grain, goutte et point : on n’y voit goutte, on n’y voit point. Curieusement, point appartient à la fois à la…

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Parler dans le beurre

Beurre est une variante dialectale de l’Ouest de la France. Il est issu du latin bútyrum. Le /t/ latin est préservé dans l’anglais butter, l’allemand Butter et le néerlandais boter. Au Québec plus qu’en France, le mot et ses dérivés ont donné lieu à des locutions familières faisant allusion à la consistance de cette matière grasse alimentaire obtenue en battant la crème du lait. Passer dans le beurre, attesté depuis 1906, signifie « manquer son coup » ou, plus largement, « ne pas atteindre l’objectif visé »; tourner dans le beurre, « tourner sans se fixer »(en parlant…

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Caractère rétif

L’haplologie est un processus phonétique par lequel une des deux séries de phonèmes successifs et semblables disparaît, parfois en raison d’une erreur d’écriture. Ainsi, pa est issu de papa, tragi-comique de tragico-comique et ectricité d’électricité. Le mot rétif s’écrit restif au 11e siècle. Il remonte au latin populaire restivus, formé par haplologie sur resitivus, proprement « qui s’arrête », lui-même issu du latin classique restare, « demeurer sur place ». Le lien sémantique avec rester s’affaiblissant, le /s/ s’est amuï. Toutefois, contrairement au nom commun, le nom propre a conservé le sien : Restif de…

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Colonne de chiffres

Chiffre, est un emprunt, par le latin médiéval cifra, à l’arabe sifr, « vide », calque du sanskrit sunya, de même sens. D’abord attesté au sens étymologique de zéro, le mot en est venu à désigner tous les signes du système numérique. Cette innovation fait partie des grandes notions mathématiques empruntées à la civilisation arabe, rendant infiniment plus simple la notation chiffrée. Comparez 88 en chiffres arabes et LXXXVIII en chiffres romains! Le passage de l’initiale latine /c-/ à /ch-/ s’explique par le picard, dialecte des villes industrielles du Nord de la…

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Supplément d’information

Informer est issu du latin informare, « donner une forme » et, au figuré, « représenter idéalement ». En français, le verbe signifie « mettre au courant quelqu’un de quelque chose ». Le dérivé informateur prend le sens de « rapporteur », « qui est chargé de faire enquête », puis de personne dont le métier est de recueillir de l’information. Informeur avait le même sens mais ne s’est pas maintenu. Information est attesté au sens juridique d’ensemble des actes qui tendent à établir la preuve d’une infraction, puis désigne des renseignements…

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Bander mou

Mol, au 12e siècle, et mou, au 13e siècle, dérivent du latin mollis « tendre », au physique comme au moral, et, par extension, « souple, sans rudesse ». D’une base indoeuropéenne, aussi à l’origine de l’anglais mild et malt « doux ». Le mot, dans ses deux acceptions, désigne ce qui cède facilement à la pression, ce qui se laisse entamer sans effort : crème glacée molle, caramel mou. Ce qui est dépourvu de rigidité : chapeau mou. Ce qui s’enfonce au contact : oreiller mou. Ce qui s’oppose à ferme, le plus souvent avec une nuance péjorative :…

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Fort bien

Bien est issu du latin bene, adverbe correspondant à bonus, bon. Dès le 11e siècle, il exprime la manière et la quantité. Comme adjectif invariable, il reste usuel dans l’appréciation sociale et morale : des gens bien. Le substantif recouvre la notion de ce qui est juste, honnête, louable : faire le bien. Il exprime un avantage : grand bien vous fasse; ce qu’on possède : les biens; et une chose créée par le travail : les biens et les services. Le mot est entré dans plusieurs locutions courantes telles que fort bien, de bien…

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Substantifique moelle

Le mot moelle, orthographié d’abord mëule au 12e siècle, est issu du latin medulla. Dans cette langue comme en français, il désigne la substance grasse et molle qui remplit les différentes cavités et aréoles des os. Puis le cordon nerveux qui, parti de l’encéphale, est abrité dans le canal rachidien et protégé par la colonne vertébrale : moelle épinière. En boucherie, il qualifie la partie comestible des os de certains animaux, notamment le bœuf : os à moelle. En botanique, il s’emploie à propos de la substance molle contenue au centre de…

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Corne d’abondance

Le mot corne, du latin corna, se rattache à la racine indoeuropéenne kor-, désignant des objets protubérants. Proprement « excroissance dure d’animaux », il s’est étendu aux bois des cerfs, aux pédicules des limaçons et aux appendices des insectes. On l’emploie en parlant d’êtres imaginaires: la licorne, l’unicorne ou narval. L’expression corne d’abondance renoue avec le symbolisme de la fertilité et de la richesse dont la corne est porteuse depuis l’Antiquité. Par métonymie, le mot qualifie un instrument servant à avertir: cor; et compte divers substantifs à valeur acoustique: corneur, cornettiste, cornemuse.…

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Détrempé

Tremper est l’altération, par métathèse du /r/, de l’ancien verbe temprer, en usage au 11e siècle. Son étymon latin, temperare, signifie « mélanger », « modérer ». Dès les premiers textes, il prend le sens d’« imbiber d’un liquide »: tremper la soupe, « verser du potage sur une tranche de pain dans une écuelle ». Puis, « plonger dans un liquide »: tremper du linge. Le mot hérite du latin le sens de « modérer par un mélange » sortie d’usage sauf dans la locution tremper son vin, le couper d’eau. À compter du 12e siècle, il prend une acception technique:…

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Mi-août

La racine latine aug- évoque l’idée de croissance comme dans augmenter et augure, littéralement « celui qui permet le développement », le prêtre de l’avis duquel dépendait la croissance d’une entreprise. Augustus, « celui qui a reçu l’avis favorable des augures », fut l’épithète de l’empereur Octave et le nom du mois désigné en son honneur, sextilis (mensis), le sixième mois de l’ancienne année romaine. Du latin populaire agustus, altération de augustus, la forme bisyllabique aüst, aoust, oust, puis août apparaît au 12e siècle. En français, le mot désigne le huitième mois de l’année,…

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Haut de gamme

Avant Guido d’Arezzo au 11e siècle, il fallait mémoriser les mélodies, parfois des années durant, pour que, à force de répétition, tout finisse par rentrer. Puis, le moine bénédictin d’Italie, théoricien de musique liturgique, crée la gamme, de gamma, troisième lettre de l’alphabet grec, pour désigner une suite de notes comprises dans l’intervalle d’une octave. Cette première gamme comporte six notes issues de l’hymne à Saint-Jean-Baptiste, composée par Jean Diacre (720-799). Guido d’Arezzo les nomme arbitrairement, en détachant la première syllabe au début de chaque verset: « Ut queant laxi, Resonare…

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Pot-pourri

Pot est issu d’un radical préceltique pott, exprimant la rondeur, par le latin populaire pottus. Le mot désigne concrètement un récipient de ménage destiné à contenir liquides et aliments. Avec cet usage, il entre dans des expressions du type pot d’eau, pot de chambre, pot de vin qui, en moyen français, prend le sens, au figuré, de « pourboire, argent récompensant un service ». En cuisine, il désigne une marmite où l’on fait bouillir la viande en pot, le pot-au-feu. Faire la popote signifie « cuisiner ». Au sens général de récipient,…

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Overdose

Le mot dose est issu du latin médiéval dosis, lui-même pris au grec dósis « action de donner ». L’anglais dose adopte la graphie française ainsi que l’italien, le portugais et le norvégien. D’autres langues admettent des transcriptions proches en raison de la présence de la racine indoeuropéenne dō- « don » : le suédois dos, le turc doz, le lituanien et le yiddish doze; l’albanais, l’azerbaidjanais, le bulgare, le croate, le macédonien, le roumain, l’ouzbek et le russe doza; le bosniaque, le serbe et l’ukrainien dozu; l’afrikaans, l’espagnol et le…

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Swingne la baquaise

Le mot swing, relevé à la fin du 19e siècle, est emprunté à l’anglais swing, « oscillation ». Il est issu d’une base germanique qu’on retrouve dans l’allemand shwingen, « basculer ». Il est spécialement employé comme terme de sports. En boxe il désigne un coup de poing donné par le balancement du bras; au golf, c’est le mouvement du bâton pour frapper la balle. En musique, le mot prend le sens de « qualité rythmique propre au jazz ». Il désigne spécifiquement une danse rétro, le swing, mais aussi une manière de…

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Infrastructure

Le mot structure est issu du latin structura, dérivé de struere « lever, empiler ». Dans cette langue il revêt plusieurs sens : « arrangement des os d’un squelette », « disposition des pierres d’un mur », « construction, maçonnerie » et, en rhétorique, « disposition des mots dans la phrase pour produire un rythme. » En français, le mot révèle ces deux usages basiques fournis par l’architecture de « charpente, dispositif matériel » et « plan, schéma d’explication. » Il décrit la manière dont un édifice est construit, l’agencement de ses…

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Boule et bille

Le mot bille, au sens de petite boule, est issu du francique bikkil, « dé ». Il désigne, en particulier, ces petites boules en verre utilisées dans les jeux d’enfants, les boules d’ivoire avec lesquelles on joue au billard et les sphères métalliques servant à divers usages techniques par des procédés de rotation: roulement à billes, stylo à bille. Bille, au sens de pièce de bois, est issu du gaulois bilia « tronc d’arbre ». Le mot a été synonyme de bâton. Il a désigné un morceau de chocolat avant d’être supplanté par…

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La dureté du mental

Le mot mental vient du bas latin mentalis « de l’âme, de l’intellect », dérivé de mens, mentis « principe pensant, activité intellectuelle ». Mens est issu lui-même de la racine indoeuropéenne men- « penser ». Comme adjectif, il décrit ce qui se fait dans l’esprit, sans expression orale ou écrite: calcul mental, exercice mental. Ce qui fait appel aux facultés intellectuelles en ce qui concerne sa santé et éventuellement son aspect pathologique: étal mental, aliénation mentale, maladie mentale. En psychologie, il révèle le degré de développement attribué à un individu, généralement…

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Abracadabra

Abracadabra est un mot monosémique aux origines cabalistiques. Il désigne une formule magique pour guérir les maladies. Présent dans la tradition grecque et attesté en latin tardif dès le 3e siècle, le mot est une altération de l’hébreu arba dak arba. En boustrophédon, une écriture primitive utilisée par les Grecs et en Asie mineure dont les lignes vont sans interruption de gauche à droite puis de droite à gauche, la formule hébraïque signifie littéralement « Que le quatre anéantisse le quatre », c’est-à-dire que Dieu – quatre étant un cryptogramme représentant…

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Du tac au tac

Le mot tac, relevé au 16e siècle, est d’origine onomatopéique : takk- qui exprime, en emploi unique, un bruit sec, comme ses variantes tikk- et tokk-. Redoublé, il décrit un bruit sec émis à intervalles réguliers et rapprochés, particulièrement le tir ininterrompu d’une mitrailleuse, d’une arme automatique: tac, tac, tac, tac ou tactactactac. En escrime, dans une passe d’armes, il décrit le frottement métallique d’une lame contre une autre. La parade du tac est l’action d’écarter le fer adverse d’un mouvement sec et rapide du poignet terminé par un battement. La…

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Air bougon

Bougonner est un régionalisme orléanais du 17e siècle qui signifie « exécuter un ouvrage de manière malhabile ». Les dialectes normand et du centre de la France l’utilisent encore aujourd’hui avec ce sens, tandis que ceux de Vendée, du Vendôme et du pays de Chaux l’emploient dans des acceptions dérivées. Le verbe ressemble à l’anglais to bungle « bâcler, faire les choses n’importe comment », attesté d’abord en 1530 sous la forme to bongyll. En 1798, dans le Dictionnaire de l’Académie française, bougonner signifie « gronder entre ses dents ». Son emploi est successivement…

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À poil

Le mot poil s’écrit d’abord peil en 1080. Il est issu du latin pilus, « poil ou cheveu pris isolément ». Distinct du collectif capillus qui désigne plusieurs poils et une chevelure abondante ou dégarnie. En biologie humaine et animale, il décrit le phanère cutané ayant l’aspect d’un filament flexible et résistant, dont l’extrémité libre est plus ou moins effilée, alors que celle qui est enchâssée dans la peau est légèrement renflée et excavée en son milieu pour loger une papille dermique : touffe de poils. Plus simplement chez l’être humain, il…

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Avoir du coffre

Le latin impérial cophinus « corbeille », transcription du grec kophinos, a produit en français les mots coffre et couffin; ce dernier désignant un meuble en forme de caisse, comme on le retrouve en latin médiéval. Utilisé pour nommer une pièce maîtresse du mobilier au Moyen âge, coffre a reçu plusieurs spécialisations fonctionnelles: coffre-fort, coffre à bijoux, coffre (d’automobile), coffre à bagages, coffre à outils, coffre de bord, coffre au trésor, coffre de cèdre. Par analogie de forme, le mot est passé dans le domaine de l’anatomie pour désigner le…

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Ci-gît

Le verbe défectif gésir apparaît au passé simple dans la seconde moitié du 10e siècle. Il vient du latin classique jacere « être couché, être étendu », sens qui se rattache à la racine indoeuropéenne ye- « jeter ». Aujourd’hui, il ne se conjugue plus guère qu’au présent de l’indicatif : je gis sur mon lit; à l’imparfait : nous gisions dans nos effluves; et au participe présent : gisant, nos deux corps tout flasques. Le verbe reprend le sens latin d’« être couché, immobile » par suite d’un malaise, d’une blessure, d’une maladie, d’une…

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Kesse tu fa dbo

Le « texto » est la langue abrégée des courriels et des cellulaires. Sigles, mots tronqués, utilisation phonétique des chiffres et des lettres, « émoticônes » – binettes créées avec les signes de ponctuation qui se lisent en penchant la tête pour ajouter une émotion aux propos échangés –, tout est permis. Cette forme de communication suscite un engouement auprès des jeunes. Elle est aussi représentative de notre société axée sur la rapidité et la concision des échanges. En plus de permettre de jouer avec le langage sans se soucier de l’orthographe ou de…

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Langue d’oïl

« Chose inouïe, la naïade laissa sa pagaïe et sauta naïvement du canoë. Stoïque héroïne face au caïman. L’aïeul l’accompagnant pensa: sans doute est-ce une blonde humanoïde venue d’un astéroïde lointain. Puis il sentit égoïstement ses spermatozoïdes archaïques se raidir dans son membre phalloïde; se rappelant, coïncidence aigüe et bizarroïde, que son dernier coït remontait à il y a 30 ans aux Caraïbes, avec une collectionneuse de bonsaïs. Et il plongea sans ambiguïté sa baïonnette dans la bête. » Le mot tréma, orthographié trematz au 17e siècle, est issu du…

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Faire la baboune

Baboune est une déformation de babouine, un archaïsme attesté dans le Larousse universel au 19e siècle, lui-même issu de babine « lèvre pendante de certains animaux ». Au pluriel, le mot évoque par plaisanterie des lèvres charnues: avoir de grosses babounes, une paire de babounes. Au singulier, il décrit avec une connotation amusante la partie inférieure du visage: recevoir une tape sur la baboune, avoir la baboune enflée. Faire la baboune est une expression populaire au Québec qui exprime du mécontentement ou de la contrariété par une attitude maussade ou boudeuse. Le…

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Galantiškumas

La Lituanie est un pays balte où l’on parle principalement lituanien, russe et polonais. Mais aussi français, sans même que ses habitants le sachent. Depuis le Moyen Âge jusqu’à aujourd’hui, quantité de mots français ont circulé à travers l’Europe. Sous l’impulsion, principalement, des alliances, des conquêtes territoriales, des motivations religieuses ou par les voies commerciales, de tout temps favorables aux échanges linguistiques. Des mots apportés au-delà des frontières de la France par les chevaliers, les pèlerins, les clercs, les poètes, les artistes, les philosophes, les étudiants, par des princes, des…

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A-B-C-D-E-F-G

Alphabet est un emprunt au latin tardif alphabetum, employé par l’Église au 12e siècle en même temps que abecedarium. Le mot est un calque des deux premières lettres du grec alpha et bêta, deux formes elles-mêmes empruntées aux langues sémitiques, l’hébreu ‘aleph et l’araméen beta. Il a toujours désigné un « système ordonné de signes graphiques dans une écriture » appliqué aux systèmes latin et grec, mais aussi à un grand nombre d’écritures depuis le phénicien, premier modèle d’alphabet syllabique. Au 16e siècle, il prend le sens usuel de « livre d’apprentissage à…

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Tam ti delam tam ti dela ditam

D’origine médiévale, turluter apparaît au 12e siècle en France sous la forme turlueter qui signifie « jouer de la cornemuse ». Au 18e siècle, turlutter prend le sens d’« imiter le chant du turlut, un oiseau, et « contrefaire la musique du flageolet », une flûte. Aujourd’hui, en français standard, le verbe signifie « chanter comme un oiseau », en particulier comme le pipit des arbres et le pipit des prés. Au Québec, il revêt le sens spécifique de « fredonner, chanter sans paroles en répétant un motif sonore sur un…

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Babouches aux pieds

Une babouche est une pantoufle orientale sans contrefort au talon. Le mot constitue un emprunt au turc papus « chaussure », lui-même pris au persan papus de pa « pied » et pus « couvrir », duquel s’est inspiré l’arabe babuš. L’espagnol babucha vient du français. L’italien babbùccia a aussi emprunté le mot turc. Dans les langues romanes, l’alternance p/b est fréquente dans l’adaptation de mots empruntés aux langues orientales, particulièrement à l’Empire ottoman. En France, une tong est une sandale de plage, inspirée de la gheta japonaise, en plastique…

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Mare aux canards

Canard est un sobriquet expressif dérivé du même radical onomatopéique que l’ancien verbe caner qui, au 13e siècle, signifiait « caqueter ». Le mot est formé avec le suffixe –ard, d’après malard, la plus ancienne désignation du canard mâle. Il désigne l’oiseau aquatique au bec jaune, large, aux ailes longues et pointues, aux pattes palmées dont les activités principales, sur la surface de l’eau, consistent à cancaner, barboter, se dandiner, nager et plonger : canard sauvage, canard domestique; lesquels s’avèrent savoureux en bouche : canard laqué, canard à l’orange. Les particularités physiques du…

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Un jour sans

La préposition sans, issue du latin sine, s’écrit d’abord sen, sens, senz, seinz et sainz, avant d’adopter sa forme définitive vers 1200. Placée devant un nom ou un pronom, elle marque l’absence: être sans argent; l’exclusion: chambre d’hôtel sans petit-déjeuner; ou un tour à valeur hypothétique: sans cela, sans quoi. Elle exprime l’idée de négation dans de nombreuses locutions adjectives ou adverbiales: sans égal, sans pareil, sans précédent, sans arrêt, sans conséquence, sans crainte. Suivie d’un infinitif, elle sert à éliminer une circonstance: sans compter, sans mentir, sans s’arrêter, sans…

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Jeu de rôle

Rôle est issu du latin médiéval rollus « rouleau », dérivé du bas latin rotulus « petite roue », diminutif de rota « roue ». En français, le mot adopte diverses orthographes entre les 12e et 16e siècles : rolle, role, roole, roolle, avant d’adopter sa graphie définitive vers 1550. Ses premiers emplois sont les mêmes qu’en latin : « parchemin roulé », « liste, énumération ». Puis, dans la langue administrative et juridique de l’État, « titre, page d’acte notarié, d’expédition de jugement, charge fiscale, relevé officiel » : rôle d’impôt, rôle d’équipage, «…

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C’est un joli nom, camarade

Camarade vient de l’espagnol camarada « chambrée », de camara, « chambre », ce qui rappelle qu’à l’origine les camarades étaient ceux qui partageaient la même chambre. Le sens de « personne qui partage le sort d’une autre » s’est dégagé dans un contexte militaire espagnol: camarade de régiment. Il s’est répandu dans l’usage avec la valeur de « personne qui a les mêmes habitudes ou occupations qu’une ou plusieurs autres personnes, et contracte avec elles des liens de familiarité », fournissant des appellatifs aujourd’hui quasi-désuets: camarade de jeux, camarade de travail, vieux camarade. Dans un contexte lié…

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Mordre à belles dents

Mordre est issu du latin mordēre, « entamer avec les dents » et, au figuré, « tourmenter »à propos de paroles ou de l’action du froid. Le verbe est repris par l’italien mordere, l’espagnol, le catalan et le portugais morder. En français, il conserve le sens latin de « saisir avec les dents » : mordre dans une pomme, se mordre la langue; parfois avec l’intention d’attaquer, de se défendre ou de blesser : mordre jusqu’au sang, mordre jusqu’à l’os; et, en particulier chez les animaux : se mordre la queue. Au figuré, la…

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Prêt à partir

Partir est issu du latin classique partiri « diviser en parts ». Ce sens est concurrencé puis éliminé par partager et par ses préfixes verbaux répartir, impartir et départir. Il survit toutefois dans la locution vestige avoir maille à partir qui s’est fixée au 17e siècle. La maille – la moitié d’un denier – était la plus petite monnaie sous les Capétiens, donc indivisible. La locution signifie littéralement « se quereller au sujet d’un partage impossible ». Cette notion de « diviser » a donné, par dérivation, le sens de « se…

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