Babouches aux pieds

Une babouche est une pantoufle orientale sans contrefort au talon. Le mot constitue un emprunt au turc papus « chaussure », lui-même pris au persan papus de pa « pied » et pus « couvrir », duquel s’est inspiré l’arabe babuš. L’espagnol babucha vient du français. L’italien babbùccia a aussi emprunté le mot turc. Dans les langues romanes, l’alternance p/b est fréquente dans l’adaptation de mots empruntés aux langues orientales, particulièrement à l’Empire ottoman. En France, une tong est une sandale de plage, inspirée de la gheta japonaise, en plastique…

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Mare aux canards

Canard est un sobriquet expressif dérivé du même radical onomatopéique que l’ancien verbe caner qui, au 13e siècle, signifiait « caqueter ». Le mot est formé avec le suffixe –ard, d’après malard, la plus ancienne désignation du canard mâle. Il désigne l’oiseau aquatique au bec jaune, large, aux ailes longues et pointues, aux pattes palmées dont les activités principales, sur la surface de l’eau, consistent à cancaner, barboter, se dandiner, nager et plonger : canard sauvage, canard domestique; lesquels s’avèrent savoureux en bouche : canard laqué, canard à l’orange. Les particularités physiques du…

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Un jour sans

La préposition sans, issue du latin sine, s’écrit d’abord sen, sens, senz, seinz et sainz, avant d’adopter sa forme définitive vers 1200. Placée devant un nom ou un pronom, elle marque l’absence: être sans argent; l’exclusion: chambre d’hôtel sans petit-déjeuner; ou un tour à valeur hypothétique: sans cela, sans quoi. Elle exprime l’idée de négation dans de nombreuses locutions adjectives ou adverbiales: sans égal, sans pareil, sans précédent, sans arrêt, sans conséquence, sans crainte. Suivie d’un infinitif, elle sert à éliminer une circonstance: sans compter, sans mentir, sans s’arrêter, sans…

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Jeu de rôle

Rôle est issu du latin médiéval rollus « rouleau », dérivé du bas latin rotulus « petite roue », diminutif de rota « roue ». En français, le mot adopte diverses orthographes entre les 12e et 16e siècles : rolle, role, roole, roolle, avant d’adopter sa graphie définitive vers 1550. Ses premiers emplois sont les mêmes qu’en latin : « parchemin roulé », « liste, énumération ». Puis, dans la langue administrative et juridique de l’État, « titre, page d’acte notarié, d’expédition de jugement, charge fiscale, relevé officiel » : rôle d’impôt, rôle d’équipage, «…

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C’est un joli nom, camarade

Camarade vient de l’espagnol camarada « chambrée », de camara, « chambre », ce qui rappelle qu’à l’origine les camarades étaient ceux qui partageaient la même chambre. Le sens de « personne qui partage le sort d’une autre » s’est dégagé dans un contexte militaire espagnol: camarade de régiment. Il s’est répandu dans l’usage avec la valeur de « personne qui a les mêmes habitudes ou occupations qu’une ou plusieurs autres personnes, et contracte avec elles des liens de familiarité », fournissant des appellatifs aujourd’hui quasi-désuets: camarade de jeux, camarade de travail, vieux camarade. Dans un contexte lié…

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Mordre à belles dents

Mordre est issu du latin mordēre, « entamer avec les dents » et, au figuré, « tourmenter »à propos de paroles ou de l’action du froid. Le verbe est repris par l’italien mordere, l’espagnol, le catalan et le portugais morder. En français, il conserve le sens latin de « saisir avec les dents » : mordre dans une pomme, se mordre la langue; parfois avec l’intention d’attaquer, de se défendre ou de blesser : mordre jusqu’au sang, mordre jusqu’à l’os; et, en particulier chez les animaux : se mordre la queue. Au figuré, la…

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Prêt à partir

Partir est issu du latin classique partiri « diviser en parts ». Ce sens est concurrencé puis éliminé par partager et par ses préfixes verbaux répartir, impartir et départir. Il survit toutefois dans la locution vestige avoir maille à partir qui s’est fixée au 17e siècle. La maille – la moitié d’un denier – était la plus petite monnaie sous les Capétiens, donc indivisible. La locution signifie littéralement « se quereller au sujet d’un partage impossible ». Cette notion de « diviser » a donné, par dérivation, le sens de « se…

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Démasqué

Le mot masque est un emprunt à l’italien maschera « faux visage », d’un radical préroman maska signifiant « noir »et « sorcière ». Il apparaît en français à la Renaissance (1514) avec le sens italien de « faux visage que l’on met pour se déguiser ». Déguisement facial qui connotera les plaisirs mondains et érotiques de la haute société un siècle plus tard, à l’époque classique. De nos jours, il décrit un objet souple ou rigide couvrant le visage, d’apparence humaine, animale ou imaginaire, à fonction expressive, festive ou magico-religieuse et possédant souvent une…

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Sortir du nid

Nid est issu du latin nidus dont la racine indoeuropéenne ni-zdo- se manifeste dans diverses langues notamment l’anglais nest, l’arménien nist et le sanskrit nidah. Le mot a le sens d’« abri construit par les oiseaux ». Par extension, il désigne le lieu où logent différents animaux et insectes: nid de souris, nid de guêpes; puis, par métaphore, les occupants du nid, la nichée. Son sens s’étend à l’« habitation de l’homme dans son aspect d’intimité »: nid d’amour. Au figuré, il désigne un endroit où se trouvent rassemblées plusieurs personnes ou…

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Fête des Mères

Le mot mère est issu du latin mater « femme qui a mis un enfant au monde ». Mater vient lui-même d’une famille de langues indo-européennes antérieures au latin. Ce qui explique les étonnantes similitudes de l’étymon chez plusieurs langues vivantes ou éteintes de même origine : l’anglais mother, l’allemand Mutter, le sanskrit matar, le vieux celtique mathir, le gaélique écossais et l’irlandais màthair, l’afrikans et le néerlandais moeder, le lithuanien moti, l’italien et l’espagnol madre. En français, le mot désigne une femme qui donne la vie, élève ou a élevé…

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Sauter dans l’arène

Arène, du latin arena « sable », semble, de par sa finale, être d’origine étrusque, ou très certainement autochtone de l’Italie. Le mot désigne l’aire sablée d’un amphithéâtre, d’un cirque, le lieu de combat des gladiateurs. Dans la langue classique, il est un synonyme noble de sable, plutôt réservé à la poésie : « J’aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène, En un pré plein de fleurs lentement se promène.» (Boileau) Au figuré, il désigne un espace de débat d’idées: arène politique. L’accentuation du /e/ donne aréna, un québécisme issu de…

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Rien à branler

Branler est issu, par contraction, du verbe brandeler qui, au 11e siècle, signifiait « vaciller, osciller ». Il partage le même radical bran- que brandir dans un contexte guerrier, son sens premier étant « secouer, agiter une arme. » Il prend la valeur plus générale d’« agiter, remuer en balançant »: branler la tête. Au 16e siècle, une réalisation particulière de ce sens correspond, dans la langue vulgaire, à « masturber », acception devenue usuelle aussi à la forme pronominale: se branler. Au figuré, branler signifie « manquer de stabilité, de…

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Le roi de la poutine

La poutine est un plat composé de frites et de fromage en grains nappés d’une sauce brune. L’origine du mot est incertaine. Il pourrait s’agir d’un emprunt à l’anglais pudding qui a, par ailleurs, pénétré tel quel en français québécois. Il pourrait aussi s’agir d’un héritage des parlers de France. En dauphinois, on relève poutingo « marmelade de prunes cuites au four »; en provençal on retrouve poutino « purée ». Potin est un « pâté » en normand, poutis une « purée épaisse » en bourguignon et poutiengo une « chose…

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Il faut savoir

Le verbe savoir est issu du latin populaire sapēre, altération du latin classique sapĕre, « avoir de la saveur », d’où « avoir de la pénétration », puis « comprendre ». Il revêt le sens général de « connaitre », avoir la révélation de l’existence, de la réalité, de l’identité, de la vérité, avoir présent à l’esprit un ensemble de connaissances, de concepts, d’idées, d’images, de représentations, acquises par l’expérience, l’étude et la réflexion : savoir des choses, savoir d’avance, savoir avec certitude, en savoir long, tout savoir. L’accent peut être mis sur…

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Ma cabane au Canada

Le mot cabane est emprunté au provençal cabana « maisonnette ». Il désigne une construction rudimentaire de petite dimension. Il a acquis des emplois particuliers en fonction de l’utilisation de l’objet, « abri pour animaux », « abri de haute montagne ». Sucre est un emprunt à l’italien zucchero, pris à l’arabe sukkar, mais d’origine indienne, le mot s’écrivant çârkara en sanskrit. Le sucre, qui vient en effet de l’Inde, a été introduit en Grèce au 1er siècle apr. J.-C., d’où le grec sakkharon et le latin saccharum. Les Arabes cultivèrent…

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Clins d’œil

Œil est issu du latin oculus « organe de la vue », qui a pour correspondant le grec ophtalmos. En ancien français, par formation populaire, il adopte diverses orthographes. Au singulier: ol, oil, uel, ueil, oeuil. Le pluriel se notant avec plus de variantes encore: olz, oilz, ialz, iauz, ieus, ieux, ieuz, yeus, yeulx. Le mot désigne, comme en latin, l’organe de la vue: globe de l’œil, blanc de l’œil. Et un élément du visage: œil injecté de sang, yeux bridés. Symbole de vision, d’attention, de perspicacité, de vigilance, de…

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Enlever une pelure

Peler est issu du bas latin pilare, dérivé de pilus qui désignait le poil ou le cheveu. Le sens premier du verbe est « ôter les poils, poiler le cuir ». Par étymologie seconde, il est associé à l’ancien français pel « peau », développant le sens de « ôter la peau » et, par extension, « enlever l’enveloppe d’un végétal ou de quelque chose ». Dès le 12e siècle, il prend le sens figuré de « dépouiller ». L’adjectif pelé, tiré du participe passé, est substantivé au sens ancien de « chauve »;…

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Mon oncle d’Armorique

La langue bretonne fait partie du groupe des langues celtiques de la branche brittonique, avec le gallois et le cornique. C’est entre 450 et la fin du 7e siècle que des populations chassées de leur île, la « grande Bretagne », s’implantèrent en Armorique, patrie d’Astérix, formant aujourd’hui la Bretagne française. Le breton, formé de quatre variétés – cornouaillais, léonais, trégorrois et vannetais – est l’une de ces langues minoritaires non issues du latin qui survécurent à la périphérie du territoire français; le basque, le flamand, le lorrain et l’alsacien…

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Congé de Pâques

Pâques est issu du latin chrétien pascha, emprunté au grec paskha, lui-même pris, par l’intermédiaire de l’araméen pashã, à l’hébreu biblique pèsah, « passage ». La pâque désigne la fête judaïque. Pâques, par ellipse pour jour de Pâques, évoque la fête chrétienne, célébrée chaque année le premier dimanche suivant la pleine lune de l’équinoxe de printemps, pour commémorer la résurrection du Christ. Malgré le /s/ final, Pâques est masculin singulier mais, accompagné d’un adjectif, il devient féminin pluriel: Joyeuses Pâques. Par métonymie, le mot désigne le fait de communier pendant…

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Poisson d’avril

Poisson est issu du latin piscis et désigne tout animal aquatique à corps fusiforme. Puis il est employé dans le contexte de nourriture, « du poisson », par opposition à « viande ». Au 15e siècle, la locution poisson d’avril a d’abord le sens figuré d’« intermédiaire, jeune garçon chargé de porter les lettres d’amour de son maître », le début du printemps étant propice aux amours illégitimes. Le sens moderne de « plaisanterie », attrape qui se fait traditionnellement le 1er avril, s’est implanté avec une coutume qui remonte à la fin…

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Savez-vous planter des choux?

En latin, planta désigne primitivement la plante du pied. Le verbe plantare, devenu planter, signifie d’abord « enfoncer en terre avec le pied ». Cette technique de plantation, décrite dans la chanson Savez-vous planter les choux?, consiste à creuser dans le sol avec le pied le trou qui doit recevoir la jeune pousse, autour de laquelle la terre est ensuite ramenée et tassée par ce même pied. Les adeptes du jardinage savent bien que le pied a toujours son usage en horticulture. Mais dans les langues romanes, la référence au…

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Après-concile

Concile est issu du latin concilium « convocation » et « assemblée délibérante ». En latin chrétien, il développe le sens de « réunion des évêques de l’Église catholique, légitimement convoquée pour statuer sur des questions de dogme, de morale ou de discipline »: Conseil œcuménique. Au pluriel, il décrit les décrets et canons de ces assemblées: recueil des conciles. L’ancien français, celui du 14e siècle, donnait au mot la valeur dérivée de « conversation entre personnes » et « diffusion d’une nouvelle ». Sens laïque conservé en français moderne,…

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Couvre-chef

Chef est issu du latin classique caput qui désigne la tête des hommes et des animaux. L’évolution du mot en italien, capo, en espagnol et en portugais, cabo, est moins sentie qu’en français. Ce sens de « tête » est concurrencé puis éclipsé par testa « crâne ». Au 17e siècle, il ne subsiste que dans le composé couvre-chef « qui couvre la tête, chapeau ». Le mot évoque aussi le sommet, la source, la pointe dans une acception géographique de cap. ll prend le sens imagé de celui qui est à…

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Porter la moustache

On peut la porter, la tailler, la tortiller, la retrousser, la lisser, la cirer, la couper. Elle pousse par paire, rugueuse, hérissée, frisée, tombante, à la gauloise, à la tartare, à l’impériale, en brosse, en croc. La moustache est la partie du système pileux qui garnit la lèvre supérieure de l’homme. Le mot, issu du grec byzantin mustakhion, est emprunté au napolitain mustaccio, correspondant à l’italien mostaccio « museau », « visage ». Il est usité au singulier comme au pluriel. Par analogie, moustache désigne les grandes soies tactiles que de nombreux…

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Pour un flirt

Flirter, « avoir un flirt avec quelqu’un », est la francisation du verbe anglais to flirt « s’agiter », puis « folâtrer », qui a été rattaché au moyen français fleureter « voler de fleur en fleur, faire la cour ». L’expression galante conter fleurette date du 17e siècle. Flirter prend, au figuré, le sens de « se rapprocher d’adversaires politiques ou idéologiques ». Au Québec, on l’emploie dans le sens de « caresser l’idée », un calque de l’anglais to flirt with an idea. En français standard, flirt, de l’anglais flirt, désigne une amourette, une…

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Aller tout croche

Croc est issu du francique krok « crochet ». Les dérivés sont nombreux: crocheter, crochetage, crocheteur, crocher, croc-en-jambe, accrocher, accrochement, accroc, accroche, accrochage, accrocheur, accroche-cœur, raccrocher, raccrocheur, raccrochage, décrocher, décrochage, décrocheur, anicroche, escroc, recroqueviller. Féminin, croche désigne les tenailles du forgeron, puis la note de musique dont la queue porte un crochet. Adjectif, il décrit ce qui est recourbé en forme de crochet: nez croche, doigts croches; et, au figuré, une personne malhonnête, un être avide et rapace. Son synonyme crochu l’a supplanté en français standard. Au Québec, croche est…

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On achève bien les chevals

La formation des pluriels en –aux est très ancienne. Elle semble remonter au 7e siècle, traversant différents stades sur le plan de la graphie et de la prononciation : chevals, chevaus, chevax, chevaux. Pour comprendre comment on a pu passer de –als, pluriel de chevals, où la voyelle /a/ et les deux consonnes /l/ et /s/ étaient prononcées, à la succession –aux de chevaux qu’aujourd’hui nous prononçons /o/, il faut savoir qu’à l’époque de la formation de la langue française, l’articulation du /l/ était teintée, devant une voyelle, d’un écho…

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Bouillon de culture

Le mot culture est issu du latin cultura « action de cultiver la terre » et, au figuré, « action d’éduquer l’esprit ». En vieux français, il s’écrit couture, une forme conservée en France dans quelques parlers septentrionaux et en Normandie où il a fourni les noms de famille Couture et Lacouture. Par extension, le mot décrit l’action de tirer du sol les végétaux utiles à l’homme: agriculture; et, ultérieurement, l’élevage de certains animaux: culture des huîtres; puis l’action de faire croître des micro-organismes en milieu approprié: culture in vitro.…

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Vraie bargaine

Barguigner, attesté en latin médiéval sous la forme barcaniare, « faire du commerce », est un emprunt au francique borganjan, formé au 12e siècle du croisement de borgen « prêter, emprunter », encore vivant en allemand contemporain, et waidanjan « gagner ». Dans son acception première, le verbe signifie « marchander longuement » mais par référence à la durée de certains marchandages, il prend le sens d’« hésiter » ou « avoir de la peine à déterminer », particulièrement quand il s’agit d’un achat, d’une affaire, d’un traité. Ce sens a survécu dans…

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Les mots pour le dire

Dire est issu du latin dicere. Sa valeur principale équivaut à « parler » mais le mot prend très tôt de nombreux sens particuliers correspondant à confirmer, affirmer, soutenir, exposer, conter, appeler, nommer, réciter. De nos jours, sa liste de substituts est incroyablement abondante. Ainsi, au lieu de dire, on peut, « comme un humain »: crier, s’écrier, hurler, brailler, éructer, vociférer, s’égosiller; ou « comme un animal »: rugir, mugir, meugler, aboyer, miauler, glapir, glousser, gronder, coasser, croasser, chuinter, hululer. On peut « faire un bruit d’instrument »: claironner,…

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Chasse à l’orignal

L’orignal est ce cervidé d’Amérique du Nord, de grande taille, à pelage brun, pourvu de longues pattes robustes, de hautes épaules surmontées d’une bosse et, chez le mâle, de larges bois plats et palmés. Son nom est l’altération de orignac, une variante ancienne, empruntée au basque oregnac, pluriel de orein « cerf », un mot appris des pêcheurs et émigrés basques venus en Nouvelle-France. L’émergence de la forme « orignal » au détriment de « orignac » s’explique par le fait qu’au 17e siècle les finales –ac et –al étaient souvent confondues.…

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Vaccinothérapie

Vaccine est la francisation du latin moderne médical vaccina, féminin de l’adjectif latin classique vaccinus, dérivé rare de vacca « vache ». Au 18e siècle, le mot désigne la maladie infectieuse des bovins mais aussi des chevaux, inoculée pour les immuniser contre un virus proche de la variole, la « petite vérole des vaches ». La découverte de l’immunisation par la vaccine explique le développement de la famille du mot. Début 19e siècle, vaccin désigne le virus de la vaccine puis, par extension, toute substance préparée à partir de microbes, virus…

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Plein d’essence

Le mot essence est emprunté au latin essentia, dérivé de esse « être ». Il est d’abord un terme de philosophie et s’emploie pour désigner l’ensemble des caractères constitutifs d’un être, d’une chose. Par analogie, il désigne en alchimie la substance la plus pure que l’on tire de certains corps. Il prend le sens de « substance odorante volatile extraite des plantes »: essence de violette. Par spécialisation, on l’emploie pour « espèce d’arbre »: essence à feuilles caduques. Au sens d’« extrait », il désigne le produit de la distillation du pétrole, utilisé…

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À bout portant

« Boutez les Anglais hors de France » (Jeanne d’Arc). Bouter est issu du francique botan, « pousser, frapper ». La dérivation du verbe n’a pas souffert de sa disparition. Exceptionnellement abondante, elle s’explique par les développements sémantiques originaux de plusieurs dérivés. Le plus important est le déverbal bout qui a perdu le sens dynamique de « coup ». Sa signification moderne correspond à la valeur d’« extrémité d’un objet ». Dans l’usage général, il a donné une phraséologie riche en locutions adverbiales: à tout bout de champ, à bout de souffle, bout à…

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Sortez les mouchois

C’est sans y penser que nous prononçons hier, enfer, sac ou net, en faisant sonner la consonne finale mais que nous ne le faisons pas pour cahier, fusil, tabac ou bonnet. Dans tous ces cas, l’usage oral est aujourd’hui parfaitement fixé et ne tient pas compte de l’orthographe. Il en va de même de certains mots comme péril, bonheur ou nef qui ne sont jamais soumis aux phénomènes de liaison : leur consonne finale se prononce toujours. Mais des mots comme trop, tout, petit, qui se terminent également par une…

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Sauce Worcestershire

Quel amoureux n’a pas sué à grosses gouttes au cours d’un souper intime chez sa bien-aimée, en cherchant à prononcer correctement le nom du plat servi, un délicieux yakitori au poulet mariné à la « sauce … Worchterteshire »? Certains mots en langues étrangères sont pratiquement imprononçables pour un francophone. Même en les détachant complètement de la forme écrite. Ou en les décomposant en plusieurs syllabes et en les articulant séparément. Geschwindigkeitsüberschreitung: « excès de vitesse » en allemand. Pilkunnussija: littéralement « baiseur de virgules » ou « personne trouvant…

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Vrai barda

Barda est un emprunt à l’arabe d’Algérie barda’a « bât rembourré pour un âne ou une mule » et « couverture de bât ». Le mot s’est répandu par l’intermédiaire des soldats français ayant servi en Afrique. Il désigne d’abord l’équipement du militaire porté sur son dos puis il devient un équivalent familier de « bagage ». Le québécisme et homonyme barda signifie « ensemble des travaux ménagers » mais cet emploi est vieilli. Le mot, toutefois, est employé familièrement avec le sens de « bruit, tapage, vacarme, remue-ménage » et « désordre…

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S singulier

En français, le singulier s’emploie pour désigner un seul être ou une seule chose: une personne, un meuble. Au pluriel, on ajoute généralement un « s » à la fin: des personnes, des meubles. Sauf s’il s’agit d’un singulier à valeur générique: la veuve et l’orphelin, le boire et le manger, l’utile et l’agréable. Ou un singulier à la terminaison en « s »: rabais. Ces mots sont plutôt nombreux. Ils peuvent être issus d’un étymon latin avec le « s » final qui se prononce: consensus, omnibus, rictus. Ou…

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Oh ma divine!

En 1580 dans les Essais, au chapitre « Des prognostications », Montaigne dresse une liste des arts divinatoires. Après avoir cité ceux qui ont disparu, dont l’« anatomie des bêtes aux sacrifices » et le « trépignement des poulets », il évoque les modes de divination encore pratiqués. Généralement, ces pratiques sont désignées par des substantifs féminins d’expression savante construits avec l’élément formant –mancie, tiré du latin –mantia, emprunté au grec manteia « divination ». Ainsi, la chiromancie se pratique à partir des lignes de la main et la cartomancie avec des cartes.…

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Se regarder le nombril

Le nombril est cette cicatrice arrondie formant une petite cavité ou une saillie, placée sur la ligne médiane du ventre des mammifères, spécialement l’être humain, à l’endroit où le cordon ombilical a été sectionné. L’« accouchement » du mot fut difficile. Il est issu, par une série d’altérations du latin populaire umbiliculus, diminutif du latin classique umbilicus, ombilic. Umbiliculus a donné régulièrement umblil qui, par agglutination de l’article défini élidé /l’/, a abouti à la forme lonblil; celui-ci, par dissimilation, a donné lonbril et, par agglutination du /-n/ de l’article…

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Question de feeling

De nos jours, la terminaison –ing, empruntée à l’anglais, s’est intégrée parfaitement au système consonantique français et le nombre de ces emprunts est en progression constante: happening, kidnapping, parking, timing, rewriting, training, shopping, camping, footing, looping, jogging, karting, yachting, curling. Ces mots peuvent désigner une activité: briefing, meeting; une technique: dispatching; une pratique économique: dumping; une activité de gestion: marketing, planning; une société: holding; un sport: bowling; un procédé technologique: pressing; un vêtement: smoking; un immeuble: building. Certains substantifs prennent la forme de mots composés: punching-ball, sparring-partner, starting-bloc, touring-club, chewing-gum,…

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Donner le OK

O.K. s’écrit en majuscules avec ou sans points. L’expression est un exemple frappant d’erreur populaire qui a été reprise dans presque toutes les langues de la planète. À l’origine, elle est l’abréviation d’orl korrect, épellation fautive de l’anglo-américain all korrect, altération de all correct, littéralement « tout est bien », équivalent familier de l’anglais all right. Ce type d’altération fantaisiste paraît avoir été usuel dès le début du 19e siècle sur la côte Est des États-Unis où l’on a écrit O.W. pour all right, interprété oll wright. Attestée à Boston en 1839,…

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Jouer gagnant

Gagner est la réfection graphique de gaigner au 16e siècle et de gaaignier au 12e siècle. Le verbe est issu du francique waidanjan qui signifie, à l’origine, « se procurer de la nourriture », « faire paître le bétail », sens conservé dans l’allemand Weide « pâturage ». Il prend rapidement la valeur de « s’assurer un profit » par un travail, par une activité: gagner sa vie; ou par le jeu, par un hasard favorable: gagner à la Bourse. Par extension, il signifie « acquérir un avantage »: gagner du temps, gagner au change; d’où « mériter », « obtenir les dispositions…

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Soumettre à la tentation

Le verbe tenter vient du latin classique temptare « toucher, tâter », d’où « essayer » et « assaillir ». En français, il s’emploie d’abord dans un contexte religieux: tenter Dieu « mettre à l’épreuve la résistance de quelqu’un au péché »; et par extension, « se mettre dans une situation périlleuse. »: tenter le diable. Il revêt ensuite le sens laïc de « donner envie » à la construction passive: se laisser tenter par quelque chose; et « expérimenter »: tenter fortune, tenter sa chance. Tentation, est formé sur temptatio,…

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Bachi-bouzouk, cercopithèque, iconoclaste

Le mot icône est un emprunt au russe ikona, du grec byzantin eikona, issu du grec classique eikôn « image ». Il décrit une peinture religieuse sur panneau de bois dans les églises de rite chrétien oriental: icône de Notre-Dame de Vladimir, en Russie. Calque de l’anglais icon, il désigne le symbole graphique affiché sur l’écran d’un ordinateur correspondant, au sein d’un logiciel, à l’exécution d’une tâche: icônes « copier coller ». Il décrit, par un signe, le rapport de ressemblance avec la réalité: icône d’une maison. L’élément icon- a formé un…

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Bon an, mal an

An, du latin annus, est autochtone de l’Italie, proche de l’osque akenei et de l’ombrien aenu. Il désigne une période de douze mois. Il donne lieu à plusieurs locutions qui marquent le temps: jour de l’an, premier de l’an, bon an mal an, le poids des ans, une fois l’an. Le dérivé année, plus moderne, remplace le mot dans de nombreux emplois antérieurs: année sainte, année civile, année scolaire, d’année en année. Une année-lumière est une unité de mesure en astronomie. Bonne année est une formule de souhait qui s’est…

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Sur l’heure

Le mot heure est issu du latin hora par le grec hôra, qui désigne toute division du temps. Il est d’abord attesté sous les formes ure, ore, puis heure avec le rétablissement du /h/ étymologique. En français, il conserve les deux sens généraux du latin pour distinguer un « moment dans le temps » ou une « durée ». De ces sens viennent de nombreuses locutions et acceptions: à toute heure, à la bonne heure, à la première heure, sur l’heure, de bonne heure, d’heure en heure, pour l’heure, tout à l’heure, l’heure…

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Esprit de Noël

Noël est issu, par évolution phonétique et modification vocalique, du latin natalis « de naissance ». Le /o/ s’explique par dissimulation des deux /a/ de natalis et le tréma, attesté en 1718, note la diérèse marquant, en linguistique, une prononciation en deux syllabes distinctes de deux voyelles successives d’un même mot: ma‑ïs, nu‑age. Le mot désigne la fête chrétienne célébrée le 25 décembre, en commémoration de la naissance du Christ: crèche de Noël, cantique de Noël, veille de Noël; célébration qui s’est superposée à la fête païenne du dieu babylonien Mythra, descendu sur…

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Après-ski

Ski est emprunté au norvégien ski (prononcé chi), issu de l’ancien scandinave skid « billette de bois fendu ». Le mot, relayé par l’anglais et l’allemand, se répand en Europe à la fin du 19e siècle et désigne des lames de bois allongées, à l’extrémité relevée, servant à glisser sur la neige, concurrençant puis éliminant dans ce sens patin, patin norvégien et ski norvégien. Dès 1892, le mot désigne, par métonymie, l’activité sportive donnant lieu à diverses expressions: ski de piste, ski de slalom, ski de fond, ski nordique, ski de…

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S’il vous plaît

Pronom personnel de la 2e personne du pluriel, vous sert à s’adresser à plusieurs personnes ou à une personne que l’on vouvoie, remplaçant le singulier tu, plus familier, dans certaines situations marquant une distance du locuteur et exprimant en général le respect. Le verbe transitif vouvoyer signifie « s’adresser à quelqu’un à la 2e personne du pluriel ». Il est formé, comme tutoyer, du pronom répété avec un suffixe verbal. Il est en concurrence avec les formes plus anciennes vousoyer et voussoyer. Pareillement, le dérivé vouvoiement côtoie les formes vousoiement et voussoiement.…

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